Orelsan, la bête noire des féministes, ne s'est pas assagi

CULTURE Projets musicaux, cinéma et télé, Orelsan a réussi à imposer son culot et ses punchlines malgré la polémique de « Sale Pute » en 2009 et un procès engagé par cinq associations féministes…

Clio Weickert

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Le chanteur Orelsan au championnat de l'EuroBasket 2015 le 27 mai 2015
Le chanteur Orelsan au championnat de l'EuroBasket 2015 le 27 mai 2015 — SIPA

Ce jeudi, Orelsan sera fixé sur son sort, et saura s’il est condamné pour des chansons interprétées lors d’un concert à Paris en mai 2009. L’épilogue d’un procès engagé en 2013 par plusieurs associations féministes (Chiennes de garde, Collectif féministe contre le viol, Fédération nationale solidarité femmes, Femmes solidaires et Mouvement français pour le planning familial), quatre ans après avoir été relaxé pour Sale Pute en 2012.

S’il y a quelques années, ces multiples attaques lui ont valu divers boycotts et annulations de dates, elles n’ont au final, pas fait plier Orelsan. Depuis, les fans du rappeur ont pu l’apercevoir sur de nouveaux projets musicaux, au cinéma, mais aussi à la télé sur Canal. Pour surmonter les critiques et dégonfler la polémique, le Caennais a-t-il pour autant dû se racheter une conduite et arrondir les angles ?

Un retour en force

Depuis Sale Pute et son « je vais te mettre en cloque et t’avorter à l’opinel », de l’eau a coulé sous les ponts. Et loin de se laisser abattre, Orelsan a continué sa route. En 2011, soit deux ans après la polémique, le rappeur revient en force avec Le Chant des sirènes, son deuxième album, dans lequel il ne lâche pas le morceau. Dans Rael, en plus de passer un petit message aux associations féministes (« merci quand même pour le coup d’pub/Merci les Chiennes de Garde pour le coup d’pute »), Orelsan remue le couteau dans la plaie : « J’suis de retour avec ma sous culture, j’vais retourner l’opinel entre les points de suture. »

« Orelsan est très second degré », explique Olivier Cheravola, corédacteur en chef de SURL, spécialisé sur la culture hip-hop. « C’est quelqu’un de très lucide sur ce qu’il écrit, et de très réfléchi. » Et le pari du culot paye. Côté public, les fans sont au rendez-vous et l’album gagne son disque de platine. Le 3 mars 2012, le rappeur va même jusqu’à obtenir la « victoire du meilleur album de musiques urbaines de l’année » et la « Victoire de la révélation au public de l’année », à la 27e cérémonie des Victoires de la musique.

Côté justice, l’artiste obtient une relaxe, ses œuvres étant finalement reconnues en tant que pure fiction. « J’ai fait un clip qui justement montre que c’est une parodie, j’y ridiculise le mec bourré qui dit n’importe quoi, jusque dans le refrain R’n’B, il y a de l’ironie », a-t-il expliqué plus tard à Gala, concernant son Sale Pute.

Le carton des Casseurs Flowters

Fort de ce succès, Orelsan revient dans les bacs en 2013 avec son acolyte de toujours, Gringe. Le duo qui entonnait « suce ma b**e à la Saint-Valentin » quelques années plus tôt débarque avec Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters, leur premier album studio. Et une fois encore, disons que nos deux amis ne mâchent pas leurs mots. Si les punchlines ultra-violentes qui ont marqué à la fin des années 2000 ont disparu, les paroles pourraient en faire rougir plus d’un. « Les putes, c’est comme une séance chez le psy, le petit plus c’est que pour le même prix t’as une personne qui te consulte et qui te suce », chantonnent-ils dans Les putes et moi. Question arrondir les angles donc, on repassera.

Le succès est une nouvelle fois au rendez-vous et le binôme sort son second opus en 2015, Comment c’est loin, qui sera la bande originale d’un film éponyme. Celui-ci retrace l’histoire de deux trentenaires dans une ville de province, qui galèrent à écrire leur premier album.

Un album peut être un chouïa plus « mainstream », mais qui dévoile d’autres facettes du rappeur, notamment J’essaye, j’essaye, un duo avec sa grand-mère Janine, aussi surprenant que touchant.

Les Casseurs Flowters squattent Canal

Les polémiques du début n’ont donc pas freiné l’élan d’Orelsan. L’artiste a multiplié les projets, et depuis septembre dernier, il a même ajouté une corde à son arc en squattant Canal +. Les Casseurs Flowters, aux côtés de Kyan Khojandi (Bref) et de Bruno Muschio, dit Navo, ont créé Bloqués, une série au format court diffusée sur la chaine crypté dans le Petit journal. Le pitch ? Deux potes, Orelsan et Gringe qui discutent sur un canapé de glande, de filles et de cuite. Une série très « esprit canal », qui n’a pas évité la polémique. Après la diffusion d’un épisode intitulé Les Meufs, nos deux compères se sont une nouvelle fois fait taxer de « sexistes », à cause de punchlines du type « quand je vois une meuf bonne à côté d’une meuf moche, je peux pas m’empêcher de penser à un escalator à côté d’un escalier ». Rebelote.

Un supposé sexisme qui colle à la peau d’Orelsan. Si le rappeur a eu beau prôner la liberté d’expression et démontrer le facteur fictionnel de ses œuvres, les associations féministes n’ont pas lâché le morceau. « C’est un débat vieux comme le monde et qui est propre au rap », explique Olivier Cheravola, « ce sont des choses qu’on pardonne difficilement aux rappeurs, alors qu’on les autorise dans les fictions hollywoodiennes. Léo Ferré avait lui dit que "l’intelligence des femmes est dans les ovaires", et on est loin de lui faire un procès d’intention. » Orelsan quant à lui, sera jugé ce jeudi.