VIDEO. Des Destiny's Child au Super Bowl, les Etats-Unis découvrent une Beyoncé engagée

MUSIQUE Hommage aux Black Panthers, dénonciation de la violence policière envers la communauté noire et affirmation de ses racines, Beyoncé s’engage et montre un nouveau visage…

Clio Weickert

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La chanteuse Beyoncé à la mi-temps du Super Bowl le dimanche 7 février 2016
La chanteuse Beyoncé à la mi-temps du Super Bowl le dimanche 7 février 2016 — SIPANY/SIPA

Quoi, Beyoncé est noire ? Dans un sketch du Saturday Night Live, baignant dans une atmosphère apocalyptique, des Américains blancs s’offusquent et paniquent après la découverte de la véritable couleur de peau de la chanteuse. Une vidéo parodique hilarante, illustrant parfaitement l’absurdité de la polémique qui secoue une partie des Etats-Unis actuellement.

Car depuis le clip engagé de son titre Formation et son hommage aux Black Panthers à la finale du Super Bowl, la chanteuse divise. Si certains louent son courage, d’autres dénoncent des « discours haineux », au point d’organiser une manifestation « anti Queen Bey » à New York ce mardi. Mais quel est ce nouveau visage que tend Beyoncé et qui dérange tant l’Amérique ? L’ex leader des Destiny Child aurait-elle pris un virage trop radical ?

L’affaire du « BeyoncéGate »

L’histoire remonte au dimanche 7 février dernier. A la célèbre mi-temps du Super Bowl, Beyoncé et son armée de danseuses succèdent à Bruno Mars sur la pelouse du Levi’s Stadium de Santa Clara en Californie, toutes de noir vêtues, poom poom shorts et vestes en cuir. Mais un détail n’est pas passé inaperçu : des bérets noirs délicatement posés sur les afros des amazones. Et c’était sans compter sur les poings levés frondeurs et la chorégraphie martiale. Beyoncé a ramené l’esprit des Blacks Panthers dans ses valises. Comme l’analyse le site du New York Times, « le spectacle de mi-temps est généralement un moment de pur divertissement, mais Beyoncé vient de le remplacer par un véritable moment politique »Et il n’en fallait pas moins pour enrager les conservateurs.

 

Si la forme ne laisse aucun doute, le fond non plus. « My daddy Alabama, Momma Louisiana, you mix that Negro with that Creole make a Texas bamma. I like my baby hair, with baby hair and afros. I like my negro nose with Jackson Five nostrils » (en français : « Mon papa vient d’Alabama, ma maman de Louisiane, tu mélanges ce nègre à cette créole et ça te donne une bombe texane. J’aime les cheveux de mon bébé et les afros. J’aime mon nez de nègre, avec ses narines à la Jackson Five »), clame Beyoncé dans Formation, le titre qu’elle a choisi d’interpréter au Super Bowl.

Une chanson engagée, et un clip on ne peut plus explicite, dévoilé par la chanteuse 24 heures avant l’événement sportif. L’artiste se met en scène dans une Louisiane tantôt coloniale, tantôt post-Ouragan Katrina. Sans oublier les références aux violences policières de la police envers la communauté noire, et ce graffiti qui clôture la vidéo : « Stop shooting us » (« Arrêtez de nous tirer dessus »).

Pour le Guardian, « son identité se retrouve désormais au centre de la scène. Sa peau noire, sa féminité, sa fierté et ses opinions ne sont plus une sorte de sous-texte mystérieux ».

Un engagement qui ne date pas d’hier

Désormais, Beyoncé chanterait ce qu’elle pense, « une ode à la puissance de la femme noire à travers le monde », souligne le site américain Mic.com. Mais est-ce vraiment un tournant politique notable dans sa carrière ? « Beyoncé a toujours eu une prise de position, relativise Olivier Cachin, journaliste au Mouv' et à Rock and Folk. Elle n’a jamais été une potiche, même à l’époque des Destiny Child. » Comme à l’époque de Survivor aux côtés de ses acolytes Kelly Rowland et Michelle Williams, il y a une quinzaine d’années, lorsqu’elle chantait : « Je suis une survivante, je ne vais pas renoncer, je ne vais pas m’arrêter ».

Et dix ans plus tard, en solo cette fois-ci, mais épaulée par son armée de guerrière, Queen Bey décrétait son désormais célèbre « Qui domine le monde ? Les filles ! », dans Run the World.

Si sur scène ses opinions n’ont jamais fait aucun doute, en coulisses non plus. Jay-Z et elle n'ont jamais caché leur attachement pour le couple Obama, Beyoncé allant jusqu’à chanter l’hymne américain pour la seconde investiture du président des États-Unis. Et dans l’ombre, les artistes ne sont pas en reste non plus. Comme le rappelle le Guardian, elle a donné près de sept millions de dollars pour aider les sans-abri de Houston, sa ville natale, et le couple aurait payé les cautions des protestants du mouvement Black Lives Matter qui dénonce les violences policières envers les Afro-Américains… Des actes généreux, mais discrets, que la star mondiale n’a pas étalé outre mesure sur le devant de la scène.

Star mondiale, femme, et noire

En rendant hommage au combat de Malcom X et en dénonçant les failles des services de secours durant le drame de l’ouragan Katrina, la chanteuse prendrait-elle un virage plus radical par rapport à ses anciennes prises de position ? « Beyoncé montre simplement qu’elle est attachée à ses racines », analyse Olivier Cachin. « Elle n’a pas un couteau entre les dents et n’invite pas non plus les gens à sortir dans la rue », ajoute-t-il.

Mais dans un contexte nourri de bavures policières et de crispation sur le racisme d’Hollywood envers les acteurs noirs aux Oscars, l’engagement de Beyoncé interpelle… et peut agacer. Ces positions pourraient-elles toutefois mettre en péril sa carrière ? Pour Olivier Cachin, « ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas de l’opportunisme car elle n’a pas besoin de ça, elle gagnerait plus à rester dans son rôle de féministe tout en étant sexy. Elle profite juste de son statut de superstar pour apporter son soutien et affirmer son identité. Et elle pèse tellement lourd que de toute façon, le risque est limité ». Pour résumer, ni radicalisation ni politisation excessive : Beyoncé se contente simplement d’être ce qu’elle est.

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