On a tenté d’explorer l’algorithme YouTube

ALEATOIRE Neuf journalistes de « 20 Minutes » ont suivi pendant des heures les recommandations de la « lecture automatique » de YouTube…

Benjamin Chapon

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Capture d'écran YouTube — YouTube

Peut-on écouter YouTube les yeux fermés ? La plateforme vidéo est très utilisée pour écouter de la musique. Dans ce cas-là, les utilisateurs font parfois confiance à l’alléchante proposition de « lecture automatique. » Officiellement, l’algorithme de YouTube analyse vos goûts à partir de votre historique de recherche et vous propose les musiques idoines. Coupe-coupe et casques audio en main, neuf journalistes de 20 Minutes sont partis à la découverte de l’impénétrable algorithme YouTube. Certains sont partis groupés, d’un même titre. Certains ont volontairement choisi des chemins escarpés. Voici leurs récits de voyage.

Les explorateurs Constance Cortès, Aude de Gama, Laurent Polo et Romain Vespucci sont partis à la recherche de l’eldorado avec pour point de départ commun Lemon tree de Fool’s Garden. Il leur a fallu affronter les marécages de la pop des années 1990, franchir le Wonderwall d’Oasis, ne pas céder aux sirènes de Bitter Sweet Symphony de The Verve et garder la foi face à Losing my religion de R.E.M. Après s’être perdus de vue les uns les autres, ils se sont retrouvés et se sont demandés What’s up ?

C’est là aussi qu’ils ont retrouvé Benjamin de Lapérouse, autrefois l’explorateur zélé de la jungle des BO dont personne n’est jamais sorti, et qui était cette fois parti des sombres collines des années 1980 avec pour point de départ, Aphaville. Ensemble, ils se sont abreuvés au grand lac de la pop des années 2000 pour ensuite découvrir la grande source sacrée. Pour certains, il s’agira du Nirvana, pour d’autres restera le goût d’un Red Hot Chili Peppers.

Anne Amundsen est partie de l’île du rap Old Scholl avec le titre Tres Delinquentes de Delinquent Habits. Après avoir longtemps erré, sans découvrir grand-chose à part la discographie intégrale de Delinquent Habits puis de Kid Frost, YouTube lui a affrété un navire. A bord du Killing Me Softly With His Song du capitaine The Fugees, elle a rallié le continent mainstream en accostant sur la plage du rap MTV. Au bout d’une heure à marcher en compagnie 50 Cent, elle tente de lui fausser compagnie avec Eminem. Puis se lasse également du blondinet. Elle n’aura jamais rallié les terres de la pop.

Nicolas Cartier avait choisi pour base de départ le bon vieux village de la chanson française avec Le chasseur de Michel Delpech. Son chemin a été paisible avec Nino Ferrer notamment puis, il a emprunté l’isthme de Noir Désir pour déboucher lui aussi dans les terribles marécages des années 1990, poussant même jusqu’aux terres désolées du hard rock FM. Arrivé chez AC/DC, il a cherché à rebrousser chemin. Le Rock’n’Roll Train passe par Led Zep et Pink Floyd puis le conduit vers les collines des années 1980. Perdu dans les steppes de la disco, il survit aux Bee Gees mais succombe avec Boney M et ne traversera jamais les Rivers of Babylon.

Annabelle David-Néel n’a pas eu froid aux yeux et est partie à la conquête des noires collines des années 1980 en débutant son voyage plein ouest (Go West des Pet Shop Boys). Perdue des heures durant dans le dédale Depeche Mode, elle en sort pour mieux se perdre dans l’immense canyon David Bowie, dont elle ne sortira jamais, YouTube lui proposant les mêmes titres en boucle.

Joël Cook a débuté son périple avec le morceau Rej de âme, un classique de la minimale techno allemande, sorti en 2005.

Il a longtemps erré sur l’île de la techno minimale où il a découvert de nombreuses espèces méconnues : Boris Brejcha, Dusty Kid, Ten Walls. Au bout de trois heures, « c’est le drame », notre explorateur embarque sur le navire pirate Sail (vidéo non officielle), de la flotte Awolnation et rejoint le continent mainstream par le château de l’alternatif américain. Après avoir survécu à Imagine Dragons, il tombe nez à nez avec Uptown Funk puis Maroon 5. Il rend les armes.

Tous nos explorateurs ont constaté qu’arpenter la terre YouTube peut être franchement monotone avec des dizaines de titres d’un même artiste proposés les uns après les autres. Quand on a mis le pied sur les sentiers Madonna ou Queen, difficile d’en sortir. Et quand on ose un pas de côté, en cliquant sur une vidéo proposée en colonne de droite et non plus en lecture automatique, l’algorithme nous ramène vite dans le droit chemin du mainstream. Ensemble, ils ont affronté Bon Jovi, Aerosmith, The Cranberries….

Contrairement aux dires d’un autochtone anonyme (a.k.a. un utilisateur professionnel « certifié » YouTube), l’algorithme semble mal connaître les goûts passés de l’internaute. Nos expériences l’ont prouvé, YouTube ne prend en compte que les recherches très récentes pour vous guider.

Nos explorateurs ont beaucoup tourné en rond pour, finalement, ne rien découvrir et ne jamais se laisser emmener vers des territoires inconnus. Le niveau de sérendipité est proche de zéro.