«Baron Noir»: Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps une vraie série politique française?

SERIES Canal + lance ce lundi « Baron Noir », une série politique qui ressemble à « House of cards », mais pas seulement… On y trouve Kad Merad, Anna Mouglalis et Niels Arestrup…

Benjamin Chapon

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Kad Merad et Niels Arstrup dans la série Baron Noir sur Canal+ Lancer le diaporama
Kad Merad et Niels Arstrup dans la série Baron Noir sur Canal+ — Jean-Claude Lother

Comme dans House of Cards, il y a un homme politique arriviste qui a soif de pouvoir et de vengeance. Comme dans House of Cards, la politique est un sport de combat sans limite. Comme dans House of Cards, les acteurs sont formidables. Comme dans House of Cards, le scénario est très bien fichu et la réalisation de qualité. Pour le reste, Baron Noir diffère beaucoup de sa cousine américaine. La nouvelle série de Canal + nous livre, enfin, une intrigue de qualité ayant la politique pour sujet.

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De L’Etat de Grace aux Hommes de l’ombre, les précédents dans le genre ont invariablement déçu et étaient très loin de se hisser au niveau de A la maison blanche ou Borgen. Sans être LA série politique géniale qu’attend la France, Baron Noir profite de différents facteurs pour devenir la fiction politique de référence à ce jour.

Anna Mouglalis et Niels Arestrup dans la série Baron Noir sur Canal + - Jean-Claude Lother

La politique française est devenue plus rocambolesque

« Ce qui nous a inspirés, c’est une génération d’hommes politiques qui viennent de l’école militante des années 1970 mais qui ont intégré les normes des grandes écoles de gestion publique, explique Eric Benzekri, coauteur de Baron Noir. Cette radicalité qui se confronte au sérieux des affaires, c’est une tectonique des plaques. »

Baron Noir, c’est le député Philippe Rickwaert (Kad Merad) bien décidé à se venger de son ancien mentor Francis Laugier, élu Président de la République. Amitiés, répudiations, trahisons, l’éventail des coups bas, magouilles et malversations à l’œuvre dans la série rappelleront forcément quelque chose aux téléspectateurs. « C’est vraiment une série sur la politique, explique Jean-Baptiste Defafon, coauteur. La politique n’est pas un prétexte, un décor, pour raconter l’histoire de personnages. Non, le personnage central, c’est la politique elle-même. »

Kad Merad et Niels Arestrup dans la série Baron Noir sur Canal + - Jean-Claude Lother


« Le monde politique français avait une image ringarde, très IVe République, un peu dans la rondeur, estime Sylvain Saada scénariste des Hommes de l’ombre. Sous la présidence de Sarkozy, avec ce qui s’est passé avec Cécilia, les diffuseurs se sont dits « il y a une férocité, il se passe des choses. » Cela devient des vrais enjeux dramatiques que les diffuseurs ne voyaient pas avant. »

Les chaînes sont moins frileuses sur le sujet

« La politique peut apparaître comme quelque chose de parisien et élitiste, expliquait à 20 Minutes Emmanuel Daucé, producteur des Hommes de l’ombre. Les journalistes et les communicants sont parmi les fonctions les plus détestées des Français. Quand on pense audimat, on prend beaucoup de risques. »

Avant de lancer Baron Noir, Canal + avait commencé à développer deux autres séries. « On attendait de trouver une qualité d’écriture qui rende justice à cette formidable matière qu’est la politique française, explique Dominique Jubin, directrice adjointe de la fiction française de Canal +. C’était paradoxal de ne pas avoir de série politique dans un pays aussi politisé. »

Les hommes politiques sont devenus des personnages

Longtemps cachés derrière leurs fonctions, les femmes et hommes politiques s’exposent de plus en plus médiatiquement. « Mais tout ça, ça reste de la com’, explique Eric Benzekri qui, en tant qu’ex-conseiller de ministres et d’un candidat à l’élection présidentiel. Les électeurs ont pris l’habitude qu’on leur raconte une vie rêvée des politiciens. Moi je la connais leur vie, elle est dure. Ce sont des personnes passionnantes parce qu’ambiguës. Par exemple, on montre l’impact de la corruption sur ces personnes, qui n’en sortent pas indemnes. »

Anna Mouglalis dans la série Baron Noir sur Canal + - Jean-Claude Lother


« On voulait être au plus près de l’animal politique, montrer les coulisses, le moment où se prennent les décisions par exemple », explique Fabrice De La Patellière, directeur de la fiction française de Canal +.

Les méchants sont devenus les vraies stars des séries

Après Dexter et Dr House, faux méchants, les séries américaines ont donné le premier rôle à de vrais salopards, tel Walter White ou Franck Underwood. Les scénaristes ont mis un peu de temps à intégrer ce que le public français a admis depuis longtemps : les méchants sont plus intéressants que les gentils. Les personnages de Baron Noir sont des ordures. Sans verser dans le « tous pourris », les auteurs dressent un portrait peu reluisant de nos élites politiques. « Ils sont tiraillés, c’est ça qui est intéressant. On voit des personnes dont les actes ont des conséquences directes graves. La politique, c’est une lessiveuse. Ces gens passent leur temps dans des voitures avec leur portable 24 heures sur 24. Dramatiquement, c’est un bonheur. »