« Les Evangiles Ecarlates » ressuscitent Pinhead, la créature d'horreur des Hellraiser

Fantastique Dans son dernier roman, le Britannique Clive Barker met en scène la créature démoniaque de son «Hellraiser»...

Joel Metreau

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Doug Bradley, interprète de Pinhead, en 1987, dans Hellraiser. Lancer le diaporama
Doug Bradley, interprète de Pinhead, en 1987, dans Hellraiser. — RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Freddy Krueger, Jason Voorhees, Jigsaw… Ce mois-ci, une autre figure de l’horreur fait son retour dans Les Evangiles Ecarlates (Bragelonne, 25€) de Clive Barker. C’est Pinhead [prononcer « pinède »], judicieusement nommé ainsi en raison de sa tête en pelote d’aiguilles. Pinhead fait une entrée remarquée dans la pop culture en 1986, dans Hellraiser, court roman de Clive Barker.

L’auteur britannique est à l’époque adoubé par Stephen King comme étant « le futur du genre horrifique ». Il faut dire que Clive Barker n’y va pas de main morte dans cet ouvrage dérangeant et morbide. Il fallait y voir un « exorcisme » de la fin de sa relation amoureuse avec un certain John Gregson, selon le biographe de Clive Barker. Si la rupture est une blessure, Clive Barker l’a bien écartée, triturée, boursouflée…

Le plus célèbre des Cénobites

Hellraiser raconte l’histoire d’un homme qui a acquis une boîte au contenu et mécanisme mystérieux. En l’ouvrant, il découvre qu’elle sert de porte interdimensionnelle entre notre monde et l’enfer à des êtres mutilés, les Cénobites, attirés par les plaisirs sexuels et les souffrances extrêmes. Celui qui va rester à la postérité, c’est Pinhead. D’autant plus que Clive Barker porte lui-même son roman au cinéma un an plus tard et donne à ses Cénobites les allures de sado-maso fétichistes de crochets, de chaînes et de cuir.

« Bien que Pinhead est à l’écran pour peu de temps dans Hellraiser, son visage a fait la promotion du film sur l’affiche, raconte Phil et Sarah Stokes, fondateurs du site Revelations Clive Barker. Et le public demandait à en connaître davantage sur son histoire à partir du deuxième film. Pour Hellraiser III, il devient le personnage principal. » Pour le meilleur et pour le pire.

Candyman, un cousin lointain

Dans le 9e et dernier film, en 2011, réalisé par-dessus le moignon pour que la maison de production Dimension Films évite de perdre les droits sur la licence, Pinhead n’est plus que l’ombre de lui-même : Clive Barker a jeté l’éponge depuis longtemps, se désolant de la tag-line « sorti de l’esprit de Clive Barker » : « Je n’ai rien à voir avec ce putain de truc (…). Ce n’est même pas sorti de mon truc du cul », rage-t-il sur Twitter en 2011. Même l’acteur Doug Bradley, qui a incarné Pinhead pendant huit films, s’était défilé.

Pourtant selon Phil et Sarah, son interprétation a donné un tour terrifiant au personnage, par exemple, grâce « au ton calme avec lequel il prononce les mots, loin des blagues débitées à la va-vite par Freddy Krueger ou du silence de Jason Vorhees ». Le spectre aux abeilles Candyman, également imaginé par Clive Barker avant d’être adapté trois fois au cinéma, n’aura pas marqué autant les spectateurs.

Près de trente ans après sa naissance, Pinhead côtoie également dans Les Evangiles Ecarlates une autre ancienne création littéraire de Clive Barker, le détective spécialisé dans l’occultisme Harry d’Amour (joué au cinéma par Scott Bakula, le héros de Quantum Break). Après avoir longtemps écrit pour la jeunesse, Clive Barker revient au roman d’horreur gore, où l’Enfer sert désormais de principal décor. « Pinhead va être confronté à Lucifer en personne, remarque les fondateurs du site dédié à l’auteur. Le roman avance à toute allure et projette le lecteur dans un voyage en enfer où les personnages sont en danger mortel à chaque coin. »

Mais leur enthousiasme doit être tempéré : outre-Manche et de l’autre côté de l’Atlantique les fans de Hellraiser ont réservé un accueil très tiède à cette suite au roman de 1987. C’est plutôt la déception qui domine. On est loin par exmple de l’engouement pour Docteur Sleep, suite tardive de Stephen King à son chef-d’œuvre Shining. Tant pis. « Clive nous montre qu’il n’y a pas de lumière sans obscurité, ajoute Phil et Sarah. Sa peur la plus forte, c’est la banalité, l’absence terrifiante de stimulus, l’absence d’imagination et d’amour. » En 2013, il annonçait sur Facebook qu’il avait rencontré Bob Weinstein afin de réaliser un remake de Hellraiser au cinéma. Depuis, plus de nouvelles du projet. Clive Barker s’est retiré dans un autre art, la peinture. On attend qu’il remue encore le couteau dans la plaie.