«Le mot «bravitude» n'a pas son entrée dans le dictionnaire»

INTERVIEW Marie-Hélène Drivaud, directrice éditoriale du Petit Robert...

Propos recueillis par Alice Antheaume
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Le dictionnaire Petit Robert, édition 2008
Le dictionnaire Petit Robert, édition 2008 — DR

Chaque année, les dictionnaires sortent une édition réactualisée, dans laquelle de nouveaux termes font leur entrée. Explications avec Marie-Hélène Drivaut, directrice éditoriale du Petit Robert.


Chaque année, en découvrant les nouvelles entrées dans les dictionnaires, on a presque un baromètre des mentalités. Quelles tendances voyez-vous se dégager pour 2008?

Après le 11 septembre 2001, nous avions vu apparaître des mots assez anxiogènes tels que «Anthrax», mais cette année, les sources sont tellement diverses qu’aucune tendance ne se dégage vraiment. Nous avons des nouveaux mots familiers («zigounette»), des nouveaux mots en cuisine, en médecine («addictologie», «bêtalactamines», «anisakiases») parce que nous avions besoin de réviser ce domaine, face à une espérance de vie est plus élevée, des allergies qui deviennent fréquentes et une population qui se soumet à davantage à des tests médicaux. Par ailleurs, ont été intégrés des éléments francophones venus des Antilles («habitation» au sens d’exploitation agricole), d’Afrique («deuxième bureau», c’est-à-dire la maîtresse des hommes mariés) ou de Belgique («frotter la manche» pour dire cirer les pompes). Enfin, un juriste a mis le dictionnaire à jour sur le fonctionnement de la Commission européenne en insérant les locutions telles que «critères de convergence», «médiateur européen» ou «trois piliers». 


Les nouvelles technologies fournissent du vocabulaire aussi, non?

L’informatique fournit plus de sens nouveaux que de mots nouveaux. Car au fond, la plupart des termes (page, écran, site, forum) existaient déjà et ne sont que des transpositions du monde concret vers un monde virtuel. 


Comment repérez-vous les mots susceptibles d’entrer dans le dictionnaire?

Toute l’année, les employés du Robert font des propositions de mots via une base de données assez informelle: ils notent ce qu’ils ont lu ou entendu, dans leur entourage, dans la presse, à la télévision. Parallèlement à cela, une autre base de données plus complète recense à la fois mots nouveaux et orthographes nouvelles, nouveaux sens et nouvelles expressions, à partir de laquelle on fait une première sélection discutée ensuite par le comité éditorial. De plus, des spécialistes à l’extérieur nous proposent des ajouts, sans oublier notre abondant courrier des lecteurs.


400 mots nouveaux dans l’édition 2008 du Petit Robert. 500 nouvelles entrées l’année dernière. Inversement, est-ce que certains mots sont supprimés?

Nos lecteurs ont un rapport très affectif avec leur Petit Robert: ils voudraient qu’il y ait tout dedans. Alors nous gardons presque tous les mots, même ceux qui, devenus obsolètes, ont laissé des places dans la littérature. Nous signalons juste que c’est «vieux» ou «vieilli». «Flouze» par exemple, est «vieilli», mais «thune», que les jeunes croient avoir inventé, est en fait un mot qui date, il désignait l’ancienne pièce de cinq francs.


Comment faites-vous face à la concurrence de Wikipédia?

Wikipédia n’est pas forcément fiable et il est arrivé que certains internautes y écrivent de façon idéologique. Il n’y a donc pas vraiment de concurrence pour Le Petit Robert qui reste un outil fait par des experts. Certes, Wikipédia a une réactivité très grande, mais au final, le recul que permet le rythme annuel d’un dictionnaire est positif. Souvenez-vous du tapage qu’avait fait le mot «bravitude» sur le Net au moment où Ségolène Royal l’a sorti. Plusieurs mois plus tard, ce n’est pas un mot qui circule mais un lapsus ou un mot d’auteur. A ce titre, il n’a pas d’entrée dans le dictionnaire.