«Making a Murderer»: Pourquoi vous allez être accro à la série documentaire de Netflix

SÉRIE Mise en ligne en décembre, « Making a Murderer » est devenue un phénomène aux Etats-Unis avant de conquérir les spectateurs français...

Fabien Randanne

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Steven Avery, principal sujet de la série documentaire «Making a Murderer».
Steven Avery, principal sujet de la série documentaire «Making a Murderer». — Capture d'écran - Netflix - Morry Gash/AP/SIPA

Glacés d’effroi ou figés dans leurs convictions. Les Américains frissonnent et se passionnent depuis un mois pour Making a Murderer. Cette série documentaire disponible depuis le 18 décembre sur Netflix retrace le sidérant destin de Steven Avery qui a purgé une peine de dix-huit ans de prison pour un crime qu’il n’a pas commis et s’est retrouvé accusé d’un meurtre en 2005, deux ans après avoir recouvré la liberté. Les réalisatrices Laura Ricciardi et Moira Demos résument une dizaine d’années d’enquête et de procès en dix épisodes d’une heure. Le résultat est addictif, haletant et troublant comme les meilleures fictions. Sauf qu’ici, tout est bien réel. Thriller, films de procès ou affaires de famille... Making a Murderer mixe les ingrédients d'une recette qui rend accro.

  • 5 % D’ALFRED HITCHCOCK

Les faits : Comté de Manitowoc, Wisconsin, septembre 2003. Steven Avery, (très) modeste Américain, retrouve les siens après avoir passé les dix-huit dernières années derrière les barreaux pour un viol qu’il a toujours nié avoir commis. Un test ADN a fini par prouver son innocence. Celui qui s’affiche à la Une des médias fait trembler les autorités locales embarrassées par l’erreur judiciaire. Il compte bien obtenir une compensation se chiffrant en millions de dollars. Mais, en novembre 2005, coup de théâtre : Avery se retrouve accusé d’un meurtre dans lequel Brendan, son neveu de 16 ans serait aussi impliqué.

Quand la réalité imite la fiction… La figure de l’homme accusé à tort traverse l’œuvre d’Hitchcock (Les Cheveux d’or, La Cinquième colonne, La Mort aux trousses…). Steven Avery n’a ni l’élégance, ni le flegme d’un Cary Grant mais, lorsqu’au cours du premier épisode tous les manquements de l’enquête policière sont exposés, on ne peut que s’indigner et éprouver de l’empathie pour lui. On se réjouit de le voir innocenté mais la satisfaction est de courte durée.

Quand il apparaît une nouvelle fois comme un coupable tout désigné, on ne sait sur quel pied danser. S’agit-il d’un coup monté des forces de l’ordre pour le faire taire ? Ou a-t-il réellement quelque chose à se reprocher ? Ce que l’on voit dans Making a Murderer ne permet à aucun moment d’affirmer qu’Avery est innocent du meurtre dont on l’accuse. Le public se passionne pour l’affaire et échafaude toutes les hypothèses en partageant le fruit de sa réflexion sur le Web. L’ombre du doute n’est jamais entièrement dissipée. Hitchcock nous a rarement servi de telles fins ouvertes.

  • 30 % DE THRILLER

Les faits : Le 3 novembre 2005, Theresa Halbach, jeune photographe de 25 ans est portée disparue. Quelques jours plus tôt, dans le cadre de son travail, elle se trouvait à la casse automobile de la famille Avery. C’est là que la voiture et des fragments d’os de la jeune femme ont été retrouvés le 11 novembre. Steven Avery est inculpé de meurtre. En mars 2006, son neveu Brendan est écroué à son tour : il aurait participé à l’homicide.

Quand la réalité imite la fiction… Après un générique soigné, ressemblant à celui de True Detective, le spectateur se retrouve plongé dans un coin d’Amérique déprimant, qui aurait pu servir de décor au poisseux Killer Joe de William Friedkin. Battues pour retrouver la disparue, perquisitions de la caravane d’Avery, pièces à conviction… La série évite les reconstitutions et donne à voir les images tournées par le bureau du sheriff ou par les réalisatrices elles-mêmes et les complète avec des extraits de JT et des bandes sonores de conversations téléphoniques. Glauque comme Le Silence des agneaux, suffoquant comme Seven, ambivalent comme PrisonersMaking a Murderer n’a rien à envier à ces thrillers culte. Mais le sang, les ossements de la victime et les pleurs de sa famille n’ont rien de factice. Le mal de bide n’en est que plus intense.

  • 50 % DE FILM DE PROCES

Les faits : Steven et Brendan sont jugés chacun de leur côté en 2006 et 2007.

Quand la réalité imite la fiction… Les films de procès sont prisés par le cinéma américain. Le plus souvent, ils sont centrés sur les plaidoiries de la défense d’un innocent que tout accuse et se concluent sur un happy end rassurant prouvant que la vérité finit toujours par l’emporter. Cette dynamique anime, en partie, les épisodes consacrés aux procès des deux hommes. Les avocats de Steven Avery sont particulièrement éloquents et mettent en avant des éléments troublants, avançant ni plus ni moins que certaines preuves ont été manipulées au détriment de l’accusé, voire, fabriquées. Au spectateur de se faire son avis en son âme et conscience.

Il faut signaler que les réalisatrices ont été critiquées pour avoir omis d’évoquer certaines preuves paraissant accablantes afin de construire un scénario ne pouvant que convaincre le public de l’innocence des accusés. La seule certitude, c’est que Steven et Brendan n’ont pas bénéficié de la présomption d’innocence et que le système judiciaire américain n’en sort pas grandi.

  • 15 % D’HISTOIRES DE FAMILLE

Les faits : Les parents de Steven restent fermement convaincus de l’innocence de leur fils et de leur petit-fils. Mais, chez les Avery, il y a comme dans toutes les familles des brouilles et des secrets, des trahisons et des inimitiés.

Quand la réalité imite la fiction… Moutons noirs du comté de Manitowoc, cibles de rumeurs et stigmatisés (le soupçon de congénitalité colle à leur patronyme), les Avery suscitent sympathie et répulsion, à l’instar de la famille marginalisée du méconnu Coup de chaud, sorti l’été dernier. Au fil des ans et des rebondissements, la famille se déchire, s’accable ou se réconcilie. La mère, elle, reste inflexible. Comme le rôle-titre du Mother de Joon-ho Bong, elle a fait de la défense de son fils le combat de sa vie. Elle est l’une des figures les plus touchantes de la mini-série et restera dans la mémoire des spectateurs, à perpétuité.