Lady Oscar
Lady Oscar — Riyoko Ikeda / TMS

DE RETOUR

«Lady Oscar»: Pourquoi cette troublante série d'animation est toujours culte, trente ans après

Diffusée en France à partir de 1986 dans Récré A2, la célèbre série d’animation japonaise sur la révolution française revient en coffrets DVD ou Blu-ray « ultimes »…

« Lady, Lady Oscar, elle est habillée comme un garçon/Lady, Lady Oscar, on parle d’elle dans toutes les chansons… » Voilà pour le générique d’une série d’animation japonaise qui revient toilettée en DVD et en Blu-ray dans des coffrets de toute beauté avec un format proche de celui d’un album vinyle, en plus épais.

« On avait énormément de croquis préparatoire, c’était le format idéal pour les mettre en valeur », s’exclame Sylvie Brevignon, la coordinatrice générale du label @Anime. Le coffret est à la mesure d’une série exceptionnelle à plus d’un titre.

Le coffret Lady Oscar - @Anime

 

C’est une bien curieuse série animée que cette Lady Oscar, devenue culte dès sa diffusion à la télévision japonaise dès 1979 et en France dans Récré A2 à partir de 1986. « A l’époque, l’animation japonaise n’avait pas très bonne réputation », rappelle Sylvie Brevignon. Et ce n’est pas tant la qualité du dessin qui a marqué, que son sujet même qui aborde de plain-pied les questions d’identité sexuelle et de genre.

Comme le titre le laisse entendre, Oscar est une jeune femme. Elevée comme un garçon par son père, elle se comporte du même coup comme un homme vis-à-vis de Marie-Antoinette, qu’elle est censée protéger, mais aussi comme une femme dès lors que ses rivaux masculins cessent de l’être pour devenir de potentiels partenaires sentimentaux. D’où le trouble chez certains spectateurs…

Programmer cette histoire de rivalités amoureuses et d’amitiés à trois, voire plus si affinités, dans une case jeunesse provoquerait à coup sûr un tollé aujourd’hui.

« La série ne fait pas dans l’allusion, l’ambivalence sexuelle est explicite », reconnaît Sylvie Brevignon, qui insiste : « Mais cette question ne fait-elle pas partie de celles qui intéressent les jeunes au moment de l’adolescence ? »

Une des cinq femmes qui ont marqué sa vie artistique

Le principal atout de cette série, « c’est qu’elle ne s’adresse pas seulement aux fans d’animation japonaise », reprend la coordinatrice du label @Anime. Une aventure romanesque rondement menée, qui intègre autant de scènes d’action que d’émotion, avec un zeste d’érotisme : rien de tel pour troubler le plus endurci des adolescents. Le musicien rémois Alb, aka Clément Daquin, estime que Lady Oscar est « l’une des cinq femmes » qui ont marqué sa vie artistique, aux côtés d’April March ou Sofia Coppola.

Les jeunes enfants ont-ils conscience de la dimension ambigue des amours d’Oscar ? Sans doute pas. En revanche, Sylvie Brevignon rappelle que la Révolution française est enseignée dès l’école primaire. Et la série, comme le manga de Riyoko Ikeda dont elle est l’adaptation (La Rose de Versailles, disponible en trois tomes chez Kana), est inspirée d’un épisode qui, souvent, passionne les plus jeunes : la vie de Marie-Antoinette, née comme l’héroïne de la série en 1755, au moment où elle devient reine de France.

« Ce n’est pas un récit historique, mais une romance historique », prévient Sylvie Brevignon, qui sourit quand on lui cite quelques invraisemblances. Comme le fait que Marie-Antoinette rencontre le comte suédois Fersen à l’Opéra, alors que le bâtiment avait été détruit des années auparavant et reconstruit que bien plus tard. La responsable de @Anime distingue deux niveaux d’anachronismes : « les erreurs d’approximation et les choix assumés ».

Riyoko Ikeda n’étant jamais venue en France - à l’époque elle n’était ni connue, ni assez fortunée, « elle a fait du mieux qu’elle pouvait, avec des recherches en bibliothèque, sur manuscrits, et d’après les quelques reproductions dont elles disposaient. N’oublions pas que Lady Oscar a été dessinée en 1972 et 1973, plus de vingt ans avant que les images se mettent à circuler sur Internet ».

L’exotisme de l’histoire de France vue du Japon

Du côté des inventions délibérées, on trouve la romance amoureuse, bien sûr, mais aussi les costumes, bien plus flamboyants qu’ils n’étaient dans la réalité. « C’était un choix artistique assumé pour rendre les personnages beaux et élégants », souligne Sylvie Brevignon. « Il fallait séduire les Japonaises et leur donner du rêve. »

Du rêve et du charme, qui ont traversé les frontières et le temps. « La série connaît toujours un grand succès en France, mais aussi dans d’autres pays comme l’Italie, note Sylvie Brevignon. Parce que c’est une œuvre majestueuse, avec une histoire d’amour et de trahison sur fond de Révolution française dont l’intérêt dépasse le seul événement historique. »