Et si Paris était le nouveau Broadway?

SPECTACLE Les comédies musicales frenchy se multiplient et s'exportent dans le monde... 

Aude Massiot

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Le spectacle Singin' in the rain en VO, au Théâtre du Châtelet, à Paris. Lancer le diaporama
Le spectacle Singin' in the rain en VO, au Théâtre du Châtelet, à Paris. — Marie-Noëlle Robert

Cats, Singin’ in the rain, Kiss me Kate, leurs affiches essaiment les couloirs de métro et les rues parisiennes. Que ce soit au théâtre du Châtelet ou au Mogador, on n’a qu’un mot à la bouche : Broadway. Mais pas de pâle copie des spectacles new-yorkais. Nouveaux costumes, danses et mise en scène, elles renaissent à la française. Et ces adaptations remportent un tel succès que certaines ont été exportées à New-York. Un comble.

La marque française se renforce

C’est ainsi que Singin’ in the rain (Chantons sous la pluie en français) la dernière production du Châtelet, dirigée par le Canadien Robert Carsen, quittera la scène parisienne le 15 janvier, pour partir de l’autre côté de l’Atlantique.

Devant la beauté de l’adaptation française, la société américaine Harvey Weinstein Live Entertainment a signé, en novembre, un accord pour la produire à Broadway et peut-être plus tard à travers tout le pays.

Un an plus tôt, An American in Paris, une autre création originale voyait le jour au Châtelet. C’était la première adaptation scénique du film avec Gene Kelly (1951). Ainsi dès l’origine elle était montée avec des producteurs de Broadway, avec pour but d’y être exporté. Programmée depuis avril, elle y fait un triomphe, et génère 1,36 millions d’euros par semaine.

Kathy Selden (Clare Halse) et Don Lockwood (Dan Burton) chantent sous la pluie sur la scène du Théâtre du Châtelet, à Paris. - Patrick Berger

Traduire, c’est créer

Au théâtre Mogador, dans le 9e arrondissement parisien, la création se fait différemment. Les programmes ne sont pas subventionnés, le directeur, Laurent Bentata, pioche alors dans le porte-feuille de spectacles de Stage Entertainment, la multinationale néerlandaise qui a racheté le théâtre en 2005. Et il a l’embarras du choix : Mamma Mia!, Le roi Lion, Sister Act, Cats.

Mais pas question de faire du copié-collé de ces best-sellers. « Un lourd travail se fait sur l’adaptation en français des spectacles, décrit Laurent Bentata. Nos traducteurs reprennent les textes pour leur donner une patte frenchy. C’est important de s’adapter à la culture locale. »

Le célèbre spectacle Cats est présenté au théâtre Mogador, à Paris, jusqu'au 3 juillet 2016. - Photo : Brinkhoff / Mögenburg.RUG.

Un public nostalgique

Et le modèle fonctionne. Le Mogador a déjà accueilli plus de 3 millions de spectateurs avec ses six productions. « Sur les trois premiers mois de représentations de Cats, nous avons vendu entre 90 et 95% des places. Nous étions proches de la perfection », se félicite Laurent Bentata. Au Châtelet, on se réjouit de même. Jean-Luc Choplin l’affirme : « Avec les 65 représentations de Singin’ in the rain, nous avons rentabilisé le spectacle. »

Si ces spectacles fonctionnent si bien, pourquoi ne pas faire de la création 100% Made in France ? La réponse est simple : le public n’en veut pas. « Nous considérons deux critères quand nous choisissons les programmes, expose Laurent Bentata, la notoriété du titre et le désir qu’il peut susciter auprès du public. » Car produire un spectacle musical coûte très cher. Pour Singin’ in the rain, les coûts de production et d’exploitation s’élevaient à 6 millions d’euros au total. Les programmateurs ne peuvent donc pas prendre le risque de monter un spectacle qui n’attirerait pas le public français.

 

喵一下 貓 音樂劇 #CATS

Une photo publiée par 蔡佳軒Chia-Hsuan,TSAI (@chia_hsuan_tsai) le 12 Janv. 2016 à 11h00 PST

 

Le Châtelet va fermer

Malgré son succès, le Broadway parisien connaît un futur incertain. Subventionné largement par la Ville de Paris, le théâtre du Châtelet va fermer ses portes en 2017 pour des travaux de deux ans. « Sa fermeture et le départ de Jean-Luc Choplin pourrait remettre en question la popularisation des spectacles musicaux en France. Le phénomène reste récent, et donc fragile », souligne Xavier Dupuis, enseignant-chercheur à l’université Paris-Dauphine et auteur de l’étude “ Le renouveau du spectacle musical en France ” ( 2013 ) pour le ministère de la Culture.

L’actuel directeur le reconnaît : « Mon successeur fera ce qu’il voudra ou plutôt ce qu’il pourra. » En attendant, la programmation 2016 de la salle devrait faire plaisir aux fans de comédies musicales. Quatre spectacles sont prévus d’ici avril, et du côté du Mogador Cats miaulera jusqu’au 3 juillet. En français, évidemment !