David Bowie, mort de la légende glam-rock aux mille visages

PORTRAIT La chanteur britannique est décédé dimanche 10 janvier 2016 des suites d'un cancer à l'âge de 69 ans...

Benjamin Chapon

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David Bowie en 1973
David Bowie en 1973 — R BAMBER / Rex Features/REX/SIPA

Le rock a perdu l’une de ses icônes les plus insolites et incontournables. Le chanteur anglais David Bowie est mort dimanche des suites d’un cancer, à Londres, à 69 ans. De périodes de gloire tapageuses et brillantes en heures sombres et sordides, la destinée Bowie a épousé les vicissitudes des années 1970 à 2000. Sa période folk contestataire, sur la fin des années 1960, est largement méconnue. C’est pourtant là qu’il adopte son premier nom de scène, David Bowie plutôt que David Jones (sévissait alors Davy Jones, chanteur des Monkees).

Au cœur des années 1970, David Bowie incarne à lui seul la vague du rock glam. Devenu célèbre pour ses photos androgynes et ses attitudes décadentes, le chanteur connaît par la suite ses premiers succès discographiques avant le phénomène Ziggy Stardust.

Sous cette nouvelle identité, David Bowie invente un style vestimentaire outrancier, et un genre musical à part. Après plusieurs années de succès, la nouvelle idole traverse une période noire où cocaïne et mégalomanie détruisent sa réputation. C’est l’heure des déclarations nauséabondes du type : « Hitler était une meilleure rock star que Mick Jagger. »

Berlin puis l’Amérique

Il faut attendre 1977 pour retrouver un Bowie créatif. La trilogie berlinoise, trois splendides albums, enregistrés en partie à Berlin, réconcilie Bowie avec son public. Puis le chanteur se perd à nouveau. A la faveur de l’émergence de la chaîne américaine MTV, David Bowie devient, avec Madonna et Mickael Jackson, le héraut d’une époque consumériste et artistiquement pauvre. Paradoxalement, c’est là qu’il compose certains de ses titres les plus fameux, comme Let’s Dance ou Blue Jean.

Les années 1990 et 2000 seront consacrés à la redécouverte, par un nouveau public, de l’œuvre polymorphe de Bowie. Rééditions, compilations, participations à des projets parallèles, David Bowie se moque gentiment du mythe qui l’entoure : « Les grands artistes sont ceux qui ont toujours su s’arrêter à temps. Parfois je suis allé un peu trop loin, pas beaucoup, mais juste assez pour tout gâcher. » Ces dernières années, David Bowie était revenu sur le devant de la scène discographique avec deux albums salués par la critique, The Next Day et Blackstar, sans organiser de tournée au grand désespoir de ses fans.

Au-delà des inconditionnels de Bowie, l’ensemble de la communauté artistique lui reconnaît le talent d’avoir toujours su admirablement mettre en scène ses audaces musicales. Une récente exposition, montée à Londres et montré notamment à Paris en 2015 à la Philharmonie, avait d’ailleurs révélé l’étendue de son vestiaire, et son influence sur la mode. Auteur de plusieurs hymnes rock indémodables, voire éternels (The Man Who Sold the World, Life on Mars, Ashes to Ashes…), David Bowie a réalisé la synthèse entre phénomène de mode médiatique planétaire et artiste courageux et créatif, avec toute l’insolence de son talent.