VIDEO. Japon: Le premier restaurant de nouilles ramen étoilé au Michelin victime de son succès

GASTRONOMIE Tsuta, un restaurant de ramen de Tokyo, est débordé par l'afflux de clients et les plaintes du voisinage...

Mathias Cena
— 
Les ramen de Tsuta, restaurant étoilé au Guide Michelin Tokyo.
Les ramen de Tsuta, restaurant étoilé au Guide Michelin Tokyo. — Facebook/Tsuta

De notre correspondant à Tokyo,

Un restaurant réservé à une poignée d’élus. Tsuta, un petit établissement tokyoïte de nouilles ramen, devenu début décembre le premier du genre à obtenir une étoile dans le prestigieux Guide Michelin de Tokyo, est pourtant très abordable, avec ses plats de nouilles servis dans un bol de bouillon à partir de 850 yens (6,50 euros).



Une longue file d’attente devant le restaurant, le 3 décembre

先日、ラーメン界で初のミシュラン一つ星を獲得した「ジャパニーズヌードル蔦」。行ったらもうこんな長蛇の列ですよ。諦めて帰る。 pic.twitter.com/1wIiVYpqkh
— 尾谷幸憲 (@otaniyukinori) December 3, 2015

C’est plutôt à la motivation et à l’endurance des gastronomes que le tri s’opère : alors que le spectacle d’une file de plusieurs dizaines de personnes devant un restaurant de ramen à l’heure du déjeuner fait partie du quotidien au Japon, Tsuta, « victime » de sa nouvelle notoriété, bat de nouveaux records. Depuis l’annonce de la prestigieuse récompense, cette ramen-ya (restaurant de ramen), qui compte en tout neuf sièges disposés autour d’un comptoir, est littéralement prise d’assaut.

Tsuta a dû mettre en place un système de tickets numérotés

明日には間に合いませんが整理券作ってます。 是非皆様のご協力を宜しくお願い致します。 pic.twitter.com/CrsnNkhN1a
— JapaneseSobaNoodles蔦 (@Yuki_Onishi_) December 2, 2015

Dès l’annonce de la récompense, des centaines de gourmets se sont rués vers le restaurant, ouvert seulement pour le déjeuner de 11h à 16h, et la durée d’attente, qui pouvait déjà atteindre deux heures en temps normal, a été multipliée par deux. Yuki Onishi, le propriétaire, a mis en place dès le lendemain un système de tickets numérotés pour éviter les longues queues. Pour tenter d’obtenir un sésame, d’insatiables clients se sont précipités dès 6h30 pour tenter leur chance, et la distribution, commencée une heure plus tard, a dû être interrompue à 10h30. Une scène qui se répète chaque jour.

Le restaurant affiche complet pour le déjeuner ce dimanche… à 8h08 du matin

蔦@巣鴨。日曜だからか、8時8分着でダメだった。まっ、寝坊した私が悪いんだけど。(^^ ;; デッドラインはどのあたりなんだろう pic.twitter.com/HpMlfZR7Rr
— 大崎自称日本一ラーメンを食べた男 (@oosaki1959) December 19, 2015

Cette agitation à Sugamo, dans le nord de Tokyo, un quartier prisé par le troisième âge où Tsuta occupe le rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation, n’est pas passée inaperçue. La voix de Yuki Onishi, qui signalait sur son blog les plaintes du voisinage avant même la sortie du guide, trahit son agacement au téléphone lorsqu’il prie les journalistes de ne pas venir prendre de photos du restaurant.

Près de 4.000 restaurants de ramen à Tokyo

Débordé par l’afflux et les sollicitations, le gérant a annoncé jeudi sur son blog sa décision de fermer temporairement le deuxième restaurant qu’il tenait dans le quartier, évoquant le manque de personnel. Il n’exclut pas non plus de déménager, tout en prenant garde de ne pas blâmer le guide Michelin : « L’équipe et moi sommes honorés » par cette distinction, écrit-il.

Cette première étoile, distinction individuelle, permet malgré tout d’accroître, encore, la notoriété des restaurants de ramen en général. Dans le guide Michelin 2016, 27 autres établissements ont d’ailleurs été distingués dans la catégorie « Bib gourmand », soit un échelon en dessous de l’étoile. Et sur leurs blogs, des critiques gastronomiques spécialisés dans les ramen listent de leur côté les établissements qui méritaient tout autant, selon eux, cette distinction. « Peut-être que les juges n’ont pas encore essayé beaucoup de ramen », note le critique Hiroshi Osaki, qui dit avoir testé 11.500 restaurants à travers le pays. En 2013, la capitale japonaise en comptait à elle seule près de 4.000.