Marre d’offrir le Goncourt? Des libraires nous ont livré leurs coups de cœur de 2015

LISTE DE NOEL 7/7 Quel roman, polar ou livre de SF offrir à Noël? Cinq libraires nous livrent leurs coups de cœur restés, selon eux, trop confidentiels cette année…

Annabelle Laurent

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Sept coups de coeur de libraires à offrir à Noël
Sept coups de coeur de libraires à offrir à Noël — Montage 20MN

Attention, challenge de Noël: ne pas offrir le Goncourt, ni le Renaudot, ni le Médicis ni aucun livre couvert d'un prix littéraire majeur. Votre mère a déjà lu Delphine de Vigan et Boualem Sansal, et votre frère n’a pas lu Mathias Enard mais n’y tient pas; on le sait, ils nous l’ont dit. Laissons parler l’esprit de Noël et intéressons-nous plutôt aux livres oubliés. Ils sont légion. Parmi les 589 romans de la rentrée littéraire de septembre, 49 ont «émergé» en figurant au moins une fois dans le palmarès hebdomadaire des meilleures ventes, a calculé Livres Hebdo. Plus de 90 % des romans sont donc passés relativement inaperçus.

A cinq libraires, 20 Minutes a posé la question suivante : « Quel fut votre coup de cœur de l’année, celui que vous n’avez pas arrêté de conseiller à vos clients, et qui n’a pas eu, à vos yeux, l’attention qu’il méritait ? ». Voici leurs réponses. Puissent-elles inspirer vos achats de cadeaux de dernière minute.

>> Retrouvez toute la rentrée littéraire 2015 par ici

1. BOOMING, Mika Biermann (ed. Anarchasis)

Conseillé par David Bonnand, librairie L’Arbre du Voyageur, Paris 5e arrdt.

Le pitch : « C’est un western qui joue sur les codes. On a deux personnages, l’un qui ressemble à Don Quichotte, l’autre à Sancho Panza, un grand maigre et un petit gros. En total décalage avec le milieu du Far West, les deux arrivent à Booming, une ville où le temps est littéralement suspendu… »
Son coup de cœur, parce que… « C’est une écriture extrêmement drôle, jouant sur l’absurde… Le grand type ne fait que parler de la Renaissance italienne, par exemple. Le texte est court, 140 pages, mais on peut s’y égarer, car il y a plusieurs niveaux de lectures. D’un auteur allemand qui vit à Marseille, c’est un texte surprenant que j’ai beaucoup conseillé, et les retours ont toujours été très bons ! »
A qui l’offrir ? « A des gens qui aiment le roman américain. A ceux qui ont aimé le western revisité qu’était Faillir être flingué de Céline Minard. Et à tous ceux qui veulent une histoire bien construite, et un pastiche piquant. Plutôt des adultes, car c’est aussi un livre sur le temps qui passe, aux dialogues à la Beckett, et qui fait allusion à Don Quichotte et autres récits fondateurs. »
Août 2015, 144 pages, 15 euros.

2. NEVERHOME, Laird Hunt (ed. Actes Sud)

Conseillé par Sylvie Loriquer, librairie L’Attrape-Cœurs, Paris 15e arrdt.

Le pitch :
 «Pendant la guerre de Sécession, une femme quitte sa ferme à la place de son mari à la constitution plus fragile pour rejoindre les rangs de l'armée de l'union, la fleur au fusil (qu'elle manie très bien), et défendre ses idées, travestie en homme... » 
Son coup de cœur, parce que… «C'est un très beau court roman qui nous touche de façon durable, peut-être du fait de son côté universel et humain. On s'attache très vite à Constance, devenue Ash, qui va traverser les champs de cadavres, se battre parmi les hommes, vivre le chaos avant d'entamer le retour vers son foyer et l'être aimé, à jamais changée, comme tout homme (femme) ayant été confronté à la guerre». 
A qui l’offrir ? « A tout le monde, femme, homme, ado, adulte. Et pas forcément aux adeptes de roman américain et de fictions historiques. C’est très touchant, superbement écrit et très réussi. »
Septembre 2015, 272 pages, 22 eurosGrand prix de littérature américaine (1ère édition). 
 

3. LES NUITS DE LAITUE, Vanessa Barbara (ed. Zulma)

Conseillé par Christine Forestier, Librairie Hisler Even, Metz.

Le pitch :
 « Un couple vit dans la même maison d’un petit village depuis un demi-siècle, avec les mêmes rituels immuables. La dame va mourir et en se retrouvant seul, l’homme se met à regarder autour de lui, et découvre les personnages truculents du village. »
Son coup de cœur, parce que… « Signé d’une jeune auteur brésilienne, c’est un premier roman très bien écrit qui ne séduit pas tant par l’intrigue que par le mélange de ses personnages : un préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires des médicaments, un facteur qui confond systématiquement et volontairement ses destinataires, une femme à chihuahuas hystériques… »
A qui l’offrir ? « A tout le monde ! Je l’ai davantage conseillé aux femmes dans la trentaine mais il n’y a pas de lecteur cible. Quelqu’un qui cherche un roman accessible, pas prise de tête et qui sort du lot de tous ces romans ayant trait à la guerre ou au deuil… »
Août 2015, 224 pages, 17,50 eurosPrix du premier roman étranger


4. LA VILLE DES MORTS, Sara Gran (ed. Le Masque)

Conseillé par Kim Dagron, du rayon polar de la librairie Ombres Blanches, Toulouse.

Le pitch : « Ça se passe à la Nouvelle-Orléans, après l’ouragan. Pour retrouver son oncle qui a disparu dans la tempête, un jeune homme appelle une détective privée qui s’autoproclame comme la meilleure du monde. Celle-ci arrive dans une ville dévastée. Des orphelins y rôdent, l’atmosphère est presque fantomatique. »
Son coup de cœur, parce que… « C’est très drôle et piquant, et le personnage de la détective est loufoque, décalé. Quasi mystique, même, parce qu’elle n’hésite pas à utiliser des moyens peu orthodoxes, et des drogues hallucinogènes… Un vrai mystère plane autour d’elle. »
A qui l’offrir ? « Plutôt pour les gens qui lisent du roman noir, car ça peut être assez déroutant. Et pour d’assez bons lecteurs. Les dialogues sont très bien écrits, l’enquête est prenante et l’intrigue très bien ficelée. »
Janvier 2015, 352 p, 20 euros.

5. LES ASSASSINS DE LA 5e B, Kanae Minato (ed. Seuil Policiers)

Conseillé par Kim Dagron, du rayon polar de la librairie Ombres Blanches, Toulouse.

Le pitch :
« Ça se passe au Japon. C’est le premier roman de l’auteur qui a ensuite écrit Shokuzaï, adapté au cinéma par Kurosawa en 2013, et personne ne l’avait traduit jusqu’ici. Le roman est en cinq parties, et commence dans une scène de classe où une professeur annonce à ses élèves qu’elle démissionne. Sa fille a été retrouvée noyée dans la piscine du collège, mais ce n’est pas un accident. C’est un meurtre, dont elle accuse deux de ses élèves. »
Son coup de cœur, parce que… « La construction du roman est remarquable. Les parties suivantes donnent le point de vue du délégué de classe, des deux coupables puis de la mère. Chaque partie nous apprend quelque chose de différent. »
A qui l’offrir ? « A des amateurs de thriller et de roman noir, car c’est assez glauque et noir. C’est assez court, ça se lit très vite et on en apprend beaucoup sur le Japon, l’importance de l’honneur, l’absence de père, le modèle éducatif. »
Mai 2015, 256 p, 21,50 euros.
 

6. LA MENAGERIE DE PAPIER, Ken Liu (ed. du Bélial)

Conseillé par Julien Cespedes, librairie La dimension fantastique, Paris, 10e arrdt.

Le pitch : «
 C’est un recueil de nouvelles qui touche autant à la science-fiction qu’à la fantasy et au fantastique. Toutes sont aussi surprenantes, et bien écrites, avec tous les stades d’émotion. La nouvelle qui donne son titre au recueil se lit comme un conte, dans lequel des animaux en papier s’animent. Né en Chine et installé aux Etats-Unis, Ken Liu est vraiment un auteur à suivre. Son premier roman devrait être bientôt publié, et il est aussi traducteur. Il a traduit le prix Hugo de l’année, The Three Body-Problem. »
Son coup de cœur, parce que… « Même la plus mauvaise des nouvelles est au-dessus du lot de nombreux romans du genre, c’est un de nos gros coups de cœur de l’année ! »
A qui l’offrir ? « Cela peut-être bien pour un néophyte du genre qui veut s’initier, parce qu’il y a beaucoup plus de fantastique que de fantasy, ce qui est le plus simple. Pour un ado, à partir de 16 ans. Et jusqu’à 77 ans. »
Avril 2015, 448 pages, 23 euros
 

7. ROCHE-NUEE, Garry Kilworth (ed. Scylla)

Conseillé par Julien Cespedes, librairie La dimension fantastique, Paris, 10e arrdt.

Le pitch :
« Dans un village qui vit sur un rocher, on suit l’histoire d’Ombre, un personnage né avec une malformation, ce qui aurait dû lui valoir d’être jeté du haut d’un rocher, comme le sont les enfants comme lui. Son frère lui a sauvé la vie mais ne l’envisage que comme une ombre, que l’on ne regarde pas, à laquelle on ne parle pas… »
Son coup de cœur, parce que… « D’un auteur britannique qui a publié de la SF à partir de 1975, c’est un titre qui était épuisé depuis les années 1990 et vient enfin d’être à nouveau disponible grâce à la toute petite maison d’édition attachée à la librairie Scylla. C’est de l’ethno-science-fiction. On découvre les coutumes d’un village, où le lien du sang est très fort, les familles sont incestueuses. Et sans jamais vraiment que l’on sache où l’on est : sur Terre ? Dans le passé, le futur ? C’est un roman d’immersion, court, dense, agréable à lire.
A qui l’offrir ? « Pas vraiment pour un néophyte. Pour un fan de SF, curieux. Pas à un ado, ça ne lui plairait pas du tout ! »
Avril 2015, 15 euros.