VIDEO. «Star Wars»: Philo, psy, robotique... les chercheurs décryptent la saga

CULTE La philo selon Yoda, le complexe d’Œdipe chez les Skywalker, R2-D2 et l’intelligence artificielle, les scientifiques éclairent autrement l'œuvre de George Lucas...

Anne Demoulin

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La philosophie de Yoda s'inspire des grands maîtres zen japonais.
La philosophie de Yoda s'inspire des grands maîtres zen japonais. — LILO/SIPA

La saga de George Lucas inspire de nombreux ouvrages. « Quelle est la philosophie selon maître Yoda ? », se questionne le philosophe. « Comment le mignon Anakin Skywalker est devenu l’impitoyable psychopathe Dark Vador ? », s’interroge le psychanalyste. « Pourquoi R2-D2 est-il si malin ? », se demande le spécialiste en intelligence artificielle. Tandis que sort ce mercredi 16 décembre Star Wars : Le Réveil de la force, la saga décryptée par les chercheurs.

Que la philo soit avec Yoda

De Yoda à Platon, il n’y a qu’un pas ? Dans Star Wars La philo contre-attaque (Le passeur éditeur, 18,90 euros), l’agrégé de philosophie Gilles Vervisch décrypte la philo selon maitre Lucas au travers neuf répliques cultes de la saga. Du destin à la politique, en passant par le bien et le mal, la guerre, la politique ou la technique, la saga pose « les questions philosophiques fondamentales », soit autant de potentiels sujets de dissert de philo au bac !

« C’est ton destin » pose la question « Sommes-nous libres ou déterminés ? ». Quand Yoda lance « Personne par la guerre ne devient grand », il fait référence à la pensée du philosophe allemand Emmanuel Kant, pour qui la guerre est « un tissu de folies, de vanité infantile, souvent même de méchanceté et de soif de destruction puériles ».

La question politique « du cycle infernal qui voit un Empire remplacer une République » est particulièrement d’actualité. Lorsque le Sénat de la République galactique plébiscite le chancelier suprême Palpatine et lui octroie tous les pouvoirs dans dans La revanche des Sith, Padmée déclare : « C’est ainsi que meurt la liberté sous des tonnerres d’applaudissement », ou comment, quand on a besoin de sécurité, on abandonne sa liberté pour des moyens répressifs ?

Si l’auteur cite Platon, Descartes, Jung, Epicure ou encore Freud, l’essayiste estime que Star Wars tient plus de la sagesse orientale que de la philosophie occidentale. Le jidai-geki, soit le film de samouraïs, a inspiré le mot « Jedi » et le début de Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir se calque sur La Forteresse cachée d’Akira Kurosawa, explique l’auteur. La Force n’est pas du côté du bien ou du mal, elle est ambivalente. La philosophie du sabre peut donc se résumer ainsi « Le maître n’est pas celui qui domine les autres, mais plutôt celui qui se domine lui-même… ». Bref, que la Force soit avec toi, et zen, tu seras.

Ecran d'accueil de la 21e Minute consacrée aux fans de «Star Wars» - S. BAHALA / 20 MINUTES

Que la psychanalyse soit avec les Skywalker

Les Skywalker sur le divan. Dans Star Wars, un mythe familial Psychanalyse d’une saga (ESF éditeur, 19,90 euros), Arthur Leroy, psychothérapeute à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, propose une relecture lacano-freudienne de la saga intergalactique.

La Force représente ici la libido de Freud, son côté lumineux, l’Eros ou pulsion de vie, et le côté obscur, le Thanatos, ou pulsion de mort. Dans la famille Skywalker comme dans la théorie freudienne, le complexe d’Œdipe ou le désir inconscient d’entretenir un rapport incestueux avec le parent du sexe opposé et celui d’éliminer le parent rival du même sexe, tient le rôle-titre.

Anakin pose la question « du lien fusionnel avec la mère ». Enfant, il tombe amoureux d’une fille de 10 ans son aînée, Padmé, un substitut maternel. Il la rencontre déguisée en servante, évoquant sa mère, esclave. Il la revoit en reine, une représentation parentale dans L’interprétation du rêve chez Freud.

Anakin est aussi un héros sans père physique. A Qui-Gon-Jinn, « premier substitut paternel », maître Kenobi, « second substitut paternel, trop prudent », il préférera Palpatine, « substitut parfait du père, puissant et capable d’aider Anakin à surmonter son impuissance et à sauver ses proches ». De bonnes pistes pour comprendre les névroses qui feront de lui un Dark Vador psychotique !

Luke Skywalker est élevé par son oncle Owen, qui occupe « une position paternelle, nécessaire au développement d’un enfant ». Si « Œdipe est trompé par le fait que ses parents adoptifs ne lui signifient nullement qu’il a été adopté, cette omission conduit à son destin », « Luke sait qu’il est "adopté" par son oncle et sa tante. (…) mais on lui cache le fait que son père est encore en vie et est un criminel », cette omission conduira la suite de ses aventures.

Star Wars a créé toute une mythologie autour de la main coupée, toute une série de « castrations symboliques ». Anakin perd sa main, mais ne surmonte pas le désir de la mère. Il épouse Padmé, alors qu’en tant que Jedi, il n’a pas le droit de se marier. Luke perd la sienne lors de l’affrontement final contre Dark Vador dans L’Empire Contre-Attaque et prend « conscience de sa part d’ombre ». Il coupe la main de son père dans Le Retour du Jedi. Cela lui permet d’« échapper aux tentations incestueuses par rapport à sa soeur et agressives par rapport à son père ». Sur le plan freudien, la première trilogie raconte finalement l’histoire d’un ado qui veut coucher avec sa sœur et qui pour ça, doit tuer le père !

Que la robotique soit avec R2-D2

Dans Les robots dans Star Wars (Science ebook, 14,99 euros), Jean-Claude Heudin, directeur de l’Institut de l’Internet du multimédia, étudie les droïdes de la saga, analyse leur intelligence artificielle et discute de leur statut dans la saga et dans l’histoire de la robotique.

Les mythiques R2-D2 et C-3PO ont le droit à leur chapitre, tout comme BB-8, la vedette de la nouvelle trilogie. R2-D2 et C-3PO s’inspirent du duo comique Tahei et Matashichi dans La forteresse cachée d’Akira Kurosawa et des robots du film Silent Running de Douglas Trumbull.

« Lorsque l’homme crée des machines avec des quasi-personnalités, il ne réalise jamais ce que cela implique réellement », estime Obi-Wan Kenobi dans L’Attaque des clones. R2-D2, « le robot le plus connu et le plus aimé de la galaxie », n’était au départ, qu’un « robot multifonction élaboré pour assister un pilote de vaisseau spatial ». Il deviendra l’adjuvant fidèle des héros de la saga.

Comment est-il devenu si intelligent, et a-t-il développé une telle personnalité ? Il « aurait toujours su éviter les effacements réguliers de mémoire auxquels sont habituellement soumis les droïdes. »

Inspiré par Mod II, un robot surnommé The Beast, créé en 1962 par l’université Johns Hopkins, il inspirera à son tour le robot Curiosity. De quoi pavaner jusqu’aux confins de la galaxie !