VIDÉO. «Les Guignols de l’Info»: Le retour est-il réussi ?

TÉLÉVISION L'émission satirique de Canal+ a fait sa rentrée ce lundi soir. Débriefing...

Fabien Randanne

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«Les Ch'tis vs les Marseillais», un sketch des «Guignols de l'info» du 14 décembre 2015.
«Les Ch'tis vs les Marseillais», un sketch des «Guignols de l'info» du 14 décembre 2015. — Les Guignols de l'info - Canal+

« Ainsi font, font, font, Trois p’tits tours et puis s’en vont »… Et s’en reviennent. Les marionnettes de Canal + font mentir la comptine enfantine et ceux qui ont cru un temps qu’elles ne réapparaîtraient jamais sur la chaîne. Trois mois après tout le monde, elles ont fait leur rentrée, ce lundi soir après Le Petit Journal. Rendez-vous était donné à 20h50… et en crypté. Les non-abonnés pourront rattraper l’émission sur Dailymotion, mais 20 Minutes livre son mémo à ceux qui ne redoutent pas les spoils.

  • PPD a reçu une promotion dans un placard

PPD ne présente plus le JT… Il a été nommé rédacteur en chef. Il débarque dans la salle de rédaction – l’un des nouveaux décors de l’émission avec la machine a café et le plateau du journal customisé – où il retrouve Eric Zemmour, Elise Lucet, Yann Barthès et Jean-Pierre Pernaut. David Pujadas, lui, pleure dans son coin : « Je pensais faire l’interview de Marine Le Pen et j’ai dû faire celle de Xavier Bertrand. » Sans transition, passage devant la machine à café où PPD assure qu’il est content d’avoir plus de temps à consacrer à sa « véritable passion ». « Le photocopiage des bouquins ? », lui lance Pierre Ménès.

  • Pas de journalistes stars au JT

Sans transition, c’est l’heure du JT parodique. « Vous regardez un journal en plus de 140 caractères », devrait s’imposer comme le nouveau gimmick des deux présentateurs… qui n’incarnent aucun journaliste connu. Barbara et Clément, allusion aux duos interchangeables des chaînes d’info en continu, enchaînent les sujets : résultats des régionales, COP 21, murs anti-migrants et tirage au sort de la Ligue des champions sont au sommaire. Un menu très franco-français alors qu’on nous promettait davantage d’actu internationale.

  • Y’avait de quoi rire

Parmi les sketches, on retiendra François Hollande hilare devant Le Dîner de cons, que programmait TF1 dimanche après la soirée électorale. « C’est des films comme ça que tu devrais faire », suggère-t-il à son interlocutrice, « Juju », hors-champ… Autre morceau marquant, la parodie frontiste de la téléréalité de NRJ 12, Les Ch’tis vs les Marseillais. Les « Nordistes » Marine Le Pen et Steeve Briois s’opposent aux « Sudistes » Jean-Marie Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen. « Dans le Sud, (…) on n’aime pas les bougnoules et on le dit », clame le patriarche. Sa fille tape du poing sur la table : « Papa, je ne te permets pas de remettre en cause ma xénophobie. Nous, dans le Nord, on dit qu’on n’aime pas les immigrés, nuance ! » Et une voix-off de conclure : « Chez les Le Pen, il n’y a que la distance qui les sépare. »

  • L'interview politique d'Elise Lucet

Sans transition. Elise Lucet, « journaliste depuis 1983, carte de presse numéro 17.654 », interviewe un Nicolas Sarkozy « mauvais perdant », refusant de reconnaître que son parti, Les républicains, a conquis plusieurs régions avec l’aide des voix d’électeurs de gauche. « Ce n’est pas passe moi-le chausse-pied, je t’envoie la tartiflette », balaye le double en latex de l’ex-chef de l’Etat.

Sans transition. On retrouve un PPD solitaire qui, nostalgique, regarde l’une de ses prestations de 2014. Cyril Hanouna débarque : « Je te prends dans Touche pas à mon poste ! (…) T’as déjà une perruque, ça fera un super-happening ! » Sans transition, c’est le générique de fin.

  • Bilan sans transition

Malgré les changements, il n’y a pas de quoi chambouler les repères des fidèles de l’émission satirique. La nouvelle marionnette de Cristina Cordula n’a fait qu’une apparition subliminale. Hormis Zlatan Ibrahimovic, aucune autre personnalité étrangère n’a surgi à l’écran. Les tant annoncés Justin Bieber et Kim Kardashian attendront encore un peu dans leur placard.

Côté imitations, ce n’est pas tout à fait ça. Elise Lucet est campée en journaliste pugnace et donc, clichés obligent, « hommasse », ce qui est loin d’être élégant, pour ne pas dire plus. La marionnette de Steeve Briois ressemble à n’importe qui, sauf au maire FN d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Et même si les auteurs ont changé, l’humour « Guignols » reste peu ou prou le même.

L’idée de ce retour était peut-être de ne pas trop brusquer le téléspectateur mais, si le nouveau montage est plus dynamique, il n’empêchera peut-être pas certains de vouloir, très vite, reprendre une activité normale.