Fanzines, la discrète success-story

Lecture Le fanzine s'achète et s'échange depuis plutôt bientôt cent ans, avec une popularité qui ne s'essoufle pas...

Coralie Lemke

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Les fanzines adoptent toutes sortes de formats.
Les fanzines adoptent toutes sortes de formats. — Voler Zimmermann

Popularisé avec le mouvement punk, porté par la bande dessinée et plébiscité aujourd’hui par toute une génération de graphistes, le fanzine a la particularité de sans cesse se transformer. Petite revue gratuite et publiée en peu d’exemplaires, ce format perdure face aux magazines et aux livres classiques des grandes maisons d’édition.

« On en avait marre de toujours lire la même chose dans les journaux. Alors avec ma sœur et une copine, on a décidé de créer Galante », explique Zoé Chauvrat, la co-créatrice de ce fanzine érotique et féministe. Après des études de graphisme, la jeune femme ne trouve pas de travail qui lui plaît et décide de créer sa propre petite revue à faible tirage.

« On les photocopiait la nuit en secret »

« On écrivait les textes et on les photocopiait la nuit en secret avec l’imprimante de mon père » sourit-elle. Elle travaille aujourd’hui dans une épicerie bio pour gagner sa vie et planche sur le sixième numéro de Galante. De trois, l'équipe est passée à sept membres. Et les techniques de production ont bien évolué. Elles ont acheté une imprimante laser et travaillent dans leur atelier à Montreuil. « Mais il reste un important travail fait à la main. Découper, coller, agrafer », explique la jeune parisienne.

 

Une photo publiée par @sabrina_gaga le 10 Nov. 2015 à 2h30 PST

« C’est vrai que quand on voit des publications très sophistiquées, avec des trous, pliées en accordéon par exemple, on se dit que les auteurs sont malades de faire un truc pareil à la main», sourit Marie Bourgoin, documentaliste à la fanzinothèque de Poitiers, un des rares endroits en France où les fanzines sont en libre-consultation. 

Avant d'être entourée par 50.000 publications, elle-même a commencé par créer un fanzine en 1982, le Laocoon, une revue qui traitait de la culture punk. Le Laocoon s’est éteint au bout de quelques années. « Ca prenait trop de temps, on s’est rendu compte qu’on ratait beaucoup de concerts. Et puis on a décidé de créer une newsletter pour informer nos lecteurs de manière plus succincte », explique-t-elle.

De la revue lycéenne à l’œuvre d’art

Si le fanzine peut prendre toutes les aspects, ce format doit néanmoins garder du sens pour exister. « N’oublions pas que le fanzine est né dans les années 30 aux Etats-Unis en popularisant le genre de la science-fiction, puis dans les 40 il a permis de diffuser des bandes dessinées pour adultes. Dans les années 50-60 en France, le fanzine était réservé aux fan-clubs du genre Les amis de Johnny Halliday. Et puis ensuite il a suivi le mouvement punk », détaille la spécialiste.

« Aujourd’hui, le fanzine peut aller de la petite revue de lycéens à une publication d’artiste super connu, tirée à 100 exemplaires sur un papier luxueux », explique Bastien Contraire. Il est l’auteur de Papier Gaché depuis 2008, un fanzine graphique qui ne contient que des illustrations. Il fait également partie de l’organisation du festival Fanzines qui a lieu tous les ans à la médiathèque Marguerite Duras à Paris.

Les fanzines ne sont soumis à aucune règle de format ni de contenu. - Volker Zimmermann

 

« Beaucoup d’artistes émergent grâce au fanzine. Le support permet de montrer ce que l’on sait faire. Il y a d’ailleurs beaucoup de passerelles entre l’art contemporain et le fanzine ». Des magazines qui contiennent parfois uniquement des photos, des dessins ou des créations, sans titres et sans texte explicatif. Et qui ressemblent plus à un portfolio qu’à une revue.

« Dans tous les cas, le but, c’est de casser les codes. Nous avons à cœur de ne jamais mettre de publicité dans Galante. Et la plume est beaucoup plus spontanée et libérée que dans la presse classique, qui est très codifiée », insiste la co-fondatrice.

Un jeu de piste pour le trouver

Les moyens pour se procurer un exemplaire sont totalement bousculés aussi. Les fanzines se dénichent dans certaines librairies partenaires. Sinon, il faut s’informer auprès de la rédaction afin de savoir où se procurer le prochain numéro. Galante, par exemple, est disponible à la caisse du Passage du désir, une boutique érotique du centre de Paris et chez certains commerçants qui veulent bien jouer le jeu. « Pour notre numéro sur le poil, nous aimerions en laisser quelques exemplaires chez des coiffeurs », sourit Zoé Chauvrat.

Une distribution parcellaire, variable et qui ne répond à aucune demande préalable. « Au départ, il n’y a pas de public pour un fanzine. C’est son créateur qui décide de donner vie à cet objet, qui décide de le faire exister », analyse Bastien Contraire. Ce n’est qu’ensuite qu’un lectorat s’installe, grâce au bouche à oreille.

De quoi conforter l’opinion de Marie Bourgoin, qui a confiance en l’avenir du fanzine. « On nous a dit que le papier allait mourir face à la déferlante des nouveaux formats numériques mais en réalité, c’est l’objet-papier qui fait tout charme du fanzine. » Mettre du temps avant d’en trouver un exemplaire, le feuilleter, en découvrir les aspérités et les différentes textures, voilà pour elle tout le charme de ces quelques pages de papier.