Poster des photos sur Instagram peut-il aider à soigner l’anorexie ?

reseaux sociaux Depuis quelques temps, les profils de jeunes filles en rémission fleurissent sur Instagram...

Clara Carlesimo

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Sur leurs profils Instagram, les jeunes filles postent des photos de leurs repas.
Sur leurs profils Instagram, les jeunes filles postent des photos de leurs repas. — tumblinbumblincrumblincookie

Comme toutes les jeunes filles de leur âge, elles ont des amis, des rêves, des soucis et elles les postent sur Internet. Elles s'appellent Ashleigh, Lin ou Amalie et sur Instagram, elles sont suivies par des milliers de jeunes gens, surtout des adolescentes. Un point commun les unit : elles souffrent de troubles alimentaires et martèlent qu'Instagram a contribué à les faire sortir de ce cercle vicieux.

« Je pense que c'est la chose qui m'aide le plus », admet Ashleigh Ponder, une Américaine diagnostiquée anorexique à 13 ans. Aujourd'hui, plus de 18 000 personnes suivent son compte « Balanced not clean ». Sur son profil, la jeune fille poste tous ses repas.

 

L'esthétique des photos postées est très travaillée. - BalancedIsNotClean

 

L'esthétique est savamment réfléchie pour que sa nourriture ne paraisse pas être celle d'une jeune fille malade. « J'ai créé mon compte avec le but d'aider les gens à ne plus avoir peur des aliments, explique-t-elle. Tant de personnes essayent de manger "sain", mais il y a tellement de définitions possibles à ce mot qu'il crée de la confusion et de la peur, surtout chez les personnes avec des troubles alimentaires. » 

Une communauté réconfortante

Depuis quelques temps, des comptes comme celui d'Ashleigh fleurissent par milliers sur Instagram. Sous les hashtags #BeatAna ou #AnorexiaRecovery, les jeunes filles ont trouvé un nouveau réseau infini d'entraide pour combattre la maladie ensemble. « Pour les adolescents qui souffrent d'anorexie, le plus important est d'en parler, explique Corinne Van Loey, psychologue spécialiste des troubles alimentaires. Ils faut qu'ils sachent et qu'ils voient qu'ils ne sont pas seuls. »

 

Les filles en rémission se retrouvent sous le hashtag beatana. - Capture d'écran

 

C'est exactement ce qu'explique Ashleigh : « Instagram me permet de discuter avec des personnes comme moi, sans me sentir gênée. » Autour de quelques comptes influents, une véritable communauté est née. Adolescentes, mais aussi jeunes garçons avec tous l'envie de s'en sortir. « La communauté, c'est la clé. La plupart du temps, on s'écoute, on discute de nos problèmes et on propose des solutions. Mais on s’amuse aussi beaucoup. La nourriture que nous mangeons nous a permis de devenir amis. » 

Un combat personnel avant tout

Le choix du réseau social n'est pas anodin non plus. En 2012, Instagram a banni définitivement les mouvements pro-ana qui pullulaient sur son site. Les comptes des anorexiques d'aujourd’hui sont définitivement esthétiques, colorés et feel-good. Sur celui de Lin, une jeune Singapourienne qui oscille entre anorexie et boulimie, la nourriture se transforme en chiots ou oursons.

 

« J'aime être créative avec mes repas parce que je pense que la nourriture est un medium que l'on peut utiliser pour s'exprimer », avoue-t-elle. Pour Corinne Van Loey, la raison qui pousse ces jeunes filles à aller sur Instagram est simple. « Généralement, elles ne se sentent pas écoutées par le corps médical, qui ne s'en occupe pas assez, explique la psychologue. Du coup, elles tournent vers un endroit où elles savent qu'elles seront comprises et moins isolées. »

131 000 personnes suivent quotidiennement les pérégrinations alimentaires de Lin, cette jeune fille d'à peine 16 ans. Si elle reconnaît que « la communauté permet surtout de montrer qu'il n'est pas compliqué de bien manger », elle admet cependant qu'Instagram ne lui a pas permis de vraiment s'en sortir. « Se soigner de troubles alimentaires c'est avant tout une question personnelle, un combat à mener contre nos obstacles mentaux, et que l'on ne peut pas faire à travers une application ou un réseau social. »

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