Delphine de Vigan: «Plus que jamais, le pouvoir de la littérature doit être célébré et reconnu»

INTERVIEW Déjà lauréate du Renaudot, l’auteure de «D’après une histoire vraie» vient de recevoir le prix Goncourt des lycéens. Elle réagit à chaud pour «20 Minutes»…

Annabelle Laurent

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Le jury du Prix Goncourt des Lycéens, ce mardi 1er décembre à Rennes. Lancer le diaporama
Le jury du Prix Goncourt des Lycéens, ce mardi 1er décembre à Rennes. — DAMIEN MEYER / AFP

« L’intelligence du roman », la « réflexion sur la frontière entre la fiction et la réalité » mais aussi le « suspense » ont fait pencher leur vote. Au nom des 2.000 jeunes de l’opération, les jurés du Goncourt des lycéens ont fait de Delphine de Vigan leur lauréate 2015, ce mardi à Rennes. 

Ils emboîtent ainsi le pas aux jurés du Renaudot, comme déjà l’an dernier pour David Foenkinos. et promettent un avenir encore plus radieux à D’après une histoire vraie (Lattès). Avec 425.000 exemplaires vendus, le roman dépasse déjà les ventes moyennes d’un Goncourt .

Pour 20 Minutes, Delphine de Vigan réagit à chaud.

A lire : Pourquoi les lycéens ont couronné Delphine de Vigan

Après les honneurs du Renaudot, ceux des lycéens. Que représente ce prix pour vous ?

Les lycéens m’ont appelée quand j’étais au CNC [où elle préside la commission d’aide à l’écriture et à la réécriture (dite soutien au scénario)] et j’en saurais plus ce soir en les rencontrant ! C’est formidable, évidemment, car c’est un public très particulier. J’ai participé plusieurs fois au prix, et j’ai pu constater dans les rencontres et les lectures comme c’est un public exigeant, qu’il est en tout cas inutile de chercher à séduire. Par ailleurs, au-delà de leur âge, c’est une autre génération que la mienne, qui n’a pas les mêmes codes, et j’ai hâte d’échanger avec eux pour savoir ce qui leur a plu.

Quelle lectrice étiez-vous à leur âge ?

La littérature a été un refuge. Plus que ça : un espace d’évasion. Je lisais beaucoup de littérature classique, ce n’est que plus tard que j’ai découvert la littérature contemporaine, vers mes 20 ans. A leur âge, j’adorais Maupassant, je lisais beaucoup les Russes, Dostoïevski, Gogol, qui correspondaient à mes attentes d’adolescente. Il y a aussi eu cet été pluvieux où j’ai dévoré un Agatha Christie par jour! 

La remise du Prix a été reportée après les attentats du 13 novembre. Quel rôle la littérature peut-elle tenir pour la jeune génération ?

On sait à quel point la littérature et la culture en général sont importants dans ce qu’elles offrent d’évasion, de réflexion, et de transgression. Une transgression qui doit aider la jeune génération à développer son esprit critique, sa capacité à ne pas être d’accord. Plus que jamais, le pouvoir de la littérature et de la fiction doit être célébré et reconnu. Mais ça, les jeunes le savent. Ils savent que c’est par la culture que quelque chose peut se passer.

Dans votre roman, la narratrice, une écrivaine, est sous l’emprise de « L », qui veut qu'elle abandonne la fiction. Dans une période aussi difficile que celle que nous traversons, n’avez-vous pas envie d’écrire sur le réel ?

C’est vrai, oui. Le réel nous appelle, nous interpelle. Mais il y a 1.000 façons d’essayer d’élucider ce qui se passe autour de nous et la fiction reste un formidable moyen.

A lire : Notre interview de Delphine de Vigan en août dernier

Vous êtes auréolée de deux prix. Quels autres romans de la rentrée littéraire auriez-vous envie de recommander ?

J’ai beaucoup aimé Il était une ville, le livre de Thomas B.Reverdy, qui aborde un sujet très social et sociologique [la crise financière à Detroit] à travers la fiction, ou le formidable livre de Nathalie Azoulai qui a depuis reçu le Prix Médicis. Et chez mon éditeur - mais cela va sembler corporate - les livres d’Isabelle Monnin, Les gens dans l’enveloppe, et d’Isabelle Sorente, La Faille.

Après « Rien ne s’oppose à la nuit », ce succès renouvelé va-t-il vous porter pour l’écriture de votre prochain roman ?

L’écriture a pour moi un rythme quasi chrono biologique. J’ai des temps de maturation assez longs, jusqu’au moment où cela s’impose. Il va falloir que je m’éloigne de ce livre-là et de la magnifique aventure que cela a été, et une fois que je l’aurai assimilée… Nous verrons.