«Je ne me retrouve dans aucune musique»

A Saint-Nazaire, Benjamin Chapon

— 

En 2007, Natacha Atlas vient pour la seconde fois aux Escales de Saint-Nazaire.
En 2007, Natacha Atlas vient pour la seconde fois aux Escales de Saint-Nazaire. — DR

Pour la première fois dans l’histoire des Escales, une artiste est invitée à faire un second passage par Saint-Nazaire. Natacha Atlas incarne parfaitement le mélange des cultures que promeut le festival. Fille d’une mère anglaise et d’un père égyptien, elle a également des origines maghrébines. Elle a su mêler rythmes électro et chants traditionnels dès le début des années 1990 avec le groupe Transglobal Underground (également présent aux Escales cette année.) Depuis plus de dix ans, en solo, elle a enregistré sept albums et est considéré comme la Björk du Moyen-Orient. Son dernier album, «Mish Maoul», est une déclaration d’amour aux chants traditionnels romantiques du Caire et à des musiques venues d’ailleurs. Interview.

Avec cet album, vous allez encore plus loin dans le mélange des cultures avec notamment des sambas et des bossa novas. Comment vous est venu cette idée?

J’aime la musique latino-américaine, mais je ne parle ni espagnol, ni portugais, alors j’ai fait une bossa nova en arabe. Voilà. Ça vient naturellement.

Vous chantez également pour la première fois des chants soufis… Pour vous réconcilier avec votre arabité?

C’est plutôt lié à mon âge grandissant… Je parle davantage de spiritualité parce que j’ai découvert récemment le soufisme, mais aussi l’hindouisme, qui m’ont permis de gagner en confiance, de mieux m’exprimer.

Vous avez reçu la Victoire de la Musique en tant qu’artiste féminine de l’année en 2000. Vous étiez alors apparue très surprise et sans voix. Vous vous en êtes remise?

Oui et non. J’étais très étonnée et heureuse, mais je ne me sens pas très à l’aise avec ce genre de récompense, de concurrence et de jugement. Je ne fais pas ça pour être reconnue ou pour changer le monde, mais parce que beaucoup de gens comme moi, issus de plusieurs cultures, ne se retrouvent dans aucune musique.

Quels sont vos projets?

Oh… Je dois écrire un album de fusion latino-américaine. Et puis je vais aussi aller enregistrer à Bombay. J’ai également fondé un nouveau groupe, un orchestre de chambre. Mon manager m’a demandé si je pouvais créer un spectacle pour des petites salles avec des places assises, pour un public plus âgé en somme.

Vous en avez marre des jeunes?

Pas du tout, mais j’ai pris de l’âge moi-même, j’ai mûri.

Qu’est-ce que cela a changé pour vous, pour votre musique?

J’ai accepté d’être différente. Quand on est jeune, on veut être accepté. Aujourd’hui, j’assume d’être au milieu, un mélange entre plusieurs cultures.

Vous n’êtes plus triste ne pas avoir autant de succès en Egypte qu’en Europe?

J’ai du succès là-bas aussi, sans être une star. Mais c’est compliqué d’y organiser des concerts, techniquement. C’est moins important pour moi d’aller là-bas aujourd’hui. Et puis, je suis bien en France.

Il paraît que vous allez vous installer ici?

Oui, j’ai acheté une maison dans le Gers.

Pour le climat?

Non, pour la nourriture.