Heureux qui comme Ulysse a fait un voyage authentique

A Saint-Nazaire, Benjamin Chapon

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Le groupe Mazaher, aux Escales de Saint-Nazaire, le 3 août 2007.
Le groupe Mazaher, aux Escales de Saint-Nazaire, le 3 août 2007. — DR

Les Escales de Saint Nazaire se sont ouvertes vendredi soir autour du thème des «Autres mers». Des artistes venus de l’Adriatique, de la Mer noire et la Mer rouge se sont succédés jusque tard dans la nuit sur les différentes scènes de la base navale.

Dans le public, les origines sont moins variées et un spectateur parisien fait ici office de touriste exotique. En quinze ans, les Nazairiens ont vu défiler la crème de la world music. Ils attendaient donc de pied ferme (de marin) le spectacle très attendu de Tony Gatlif, «Vertiges». Chants et violons tsiganes, percussions du Maghreb, danses flamencos. Le réalisateur de «Gadjo Dilo» mêle joyeusement les genres. Le succès est incontestable. Un groupe cependant discute un peu fort pendant un solo de castagnettes. Un jeune homme qui leur demandait de faire silence se fait rabrouer: «Pfff, le flamenco, c’est pas ça. Ça se danse dans les tavernes, ça gueule et ça picole dans le public. On n’est pas à l’église.» Le groupe s’éloigne, à la recherche d’authenticité. Peine perdue.

Sur la scène du port, le oudiste Abdulatif Yagoub est accompagné par un DJ. En face, sur la scène du pont levant, les jeunes nantais de Zmiya mêlent kora et accordéon, oud et vielle à roue dans un mix entre culture traditionnelle égyptienne et dub français… «Moi, je suis allé plusieurs fois en Egypte, explique Hervé. Eh bien, je n’ai jamais entendu autre chose que de la dance et de la variété arabe. Comme quoi, pour entendre de la bonne musique, mieux vaut rester à Saint-Nazaire.»

Un avis que ne partage pas un bénévole du stand galettes/saucisses. «C’est parce que vous voyagez avec le Guide du Routard. Les concerts sont bons ici, mais dénaturés.» En effet, les amateurs de sirtaki en seront pour leur frais avec la grecque Kristi Stassinopoulo, qui chante une pop psychédélique. Les adeptes de violon tsigane auront droit à des valses de Bartok et des tangos argentins avec les roumains du Iacob Maciuca 4tet. Et les amoureux du belo cante sont restés sans voix devant le jazz électro de l’Italien Nicola Conte.

Pour les autres, nombreux, la soirée a été fructueuse. «J’en reviens pas d’avoir entendu tant de choses en une soirée, sourit Anaïs. Je me méfie des personnes qui recherchent l’authenticité à tout prix. La pureté n’existe pas en musique, seul le mélange la fait vivre.»
On retrouve le groupe de hauts parleurs fans de flamenco «authentique» en pleine méditation pendant le concert de Mazaher, groupe qui fait revivre la tradition du Zâr, rituel de guérison chanté par des femmes. «Voilà, ça c’est vrai, martèle Monique. On ne triche plus et, moi, là, je voyage.» Après une heure de transe méditative, Monique ira tout de même finir la nuit et se dégourdir les jambes en dansant sur les mixs électro transculturels de DJ Click. Authentique.