«Je chante pour le salut de mon âme»

A Saint-Nazaire, Benjamin Chapon

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Emmanuel Jal, star montante du hip-hop africain, au festival les Escales de Saint-Nazaire, le 3 août 2007.
Emmanuel Jal, star montante du hip-hop africain, au festival les Escales de Saint-Nazaire, le 3 août 2007. — DR

Emmanuel Jal est la star montante du hip-hop africain. Il a été un des seuls artistes noirs invités au Live 8 de 2005, il a fait la une du «Times» et son histoire a fait le tour de la planète. En évitant soigneusement la France…

«C’est ma première fois que je viens en France, explique-t-il. J’adore le hip-hop français. Parce que, même si je ne comprends pas les paroles, je comprends le flow. L’esprit du rap est universel parce que la compréhension passe par la respiration. La musique et la respiration viennent du cœur.» Son coeur à lui est «plein de douleurs», comme il le chante avec un inimitable mélange de rap et de gospel. «Mon histoire, ce que je suis, n’est que douleur, colère. C’est l’essence de la soul music.»

Enfant-soldat à 7 ans

Né au Sud Soudan, Emmanuel Jal a été enrôlé, à la mort de sa mère, dans l’Armée de Libération du Peuple Soudanais… à 7 ans. A 9, il livre ses premiers combats et manie des mitraillettes, «un AK47 plus grand que moi». Les cadavres, les pillages, les viols, rien ne lui est épargné. Il sera sauvé par une humanitaire britannique.
«Je raconte la réalité des choses, mon histoire, la guerre, la pauvreté, ma jeunesse, mais aussi mes espoirs. Je chante une musique positive parce que je suis optimiste, c’est ma réalité. Il n’y a que pour les histoires d’amour que je me permets quelques licences poétiques… Tout ce que je raconte ne m’est pas vraiment arrivé.»

Star au Soudan et en passe de le devenir aux Etats-Unis, il porte un regard sévère sur la scène hip-hop américaine. «Aujourd’hui, le hip-hop s’est décrédibilisé avec ses histoires de grosses voitures, de gangsters vulgaires et leurs tenues bling-bling. Les rappeurs américains glorifient les armes, ils rêvent de combats, c’est ridicule. On ne peut pas s’amuser avec une arme. Croyez-moi!»

Séduire les filles

S’il a commencé à chanter dans une église, il explique avoir baigné dans la musique hip-hop dès son plus jeune âge. Emmanuel Jal prend alors deux bouteilles qu’il entrechoque en rythme et se met à scander un air traditionnel. «C’est comme ça qu’on séduisait les filles dans mon village. On se mettait à la fenêtre de la fille et on chantait, en priant pour que son père ne passe pas par là… Si elle aime, c’est bon. Donc, c’était important de savoir chanter. Aujourd’hui, il suffit d’aller en discothèque et de leur demander leur numéro de téléphone.»

Emmanuel Jal suit l’actualité du Soudan sans fatalisme. «La paix peut revenir.» Mais il reste très inquiet pour le statut des femmes et des enfants. «La guerre a cassé le système. La valeur des femmes a été dépréciée. Il y a beaucoup d’esclavage sexuel, les armées ont violé les filles dans les villages pendant tant d’années… Quand on est soldat, on n’est plus un homme. Moi, j’aspire à devenir un homme bon, avec ma foi et ma sueur. Je ne chante pas pour avoir une chouette voiture et une chouette gonzesse. Je chante pour le salut de mon âme.»