« Par bonheur, le lait » : Comment Boulet a plongé dans l'univers décalé de Neil Gaiman

JEUNESSE Le dessinateur français de bande dessinée a illustré un délicieux conte pour enfants de l'écrivain britannique de fantasy...

Joel Metreau

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La couverture de Par bonheur, le lait, illustré par Boulet.
La couverture de Par bonheur, le lait, illustré par Boulet. — Gilles Roussel / Au Diable Vauvert

Si les vaches n’existaient pas, leurs talents ne se seraient pas conjugués. Célébré pour ses œuvres de fantasy souvent sombres, Neil Gaiman est aussi un auteur de contes fantastiques pour la jeunesse. De son côté, Gilles Roussel, alias Boulet, est devenu l’un des auteurs français de bédé les plus appréciés grâce aux séries Raghnarok et Donjon, mais aussi à son blog illustré. C’est lui que la maison d’édition Au Diable Vauvert est allée chercher pour mettre en images le dernier conte de l’auteur britannique Par bonheur, le lait (12,50 euros).

« La pop culture de l’aventure »

Du lait certes, mais pas de vaches en fait. Tant pis. Leur absence est compensée par une soucoupe volante, des « wompires », un ptéranodon… Par bonheur, le lait, c’est le récit d’un père à ses enfants de son périple extraordinaire, tout ça pour une bouteille de lait. « C’est un livre inclassable, affirme à 20 Minutes, Marion Mazauric, fondatrice de Au Diable Vauvert. Il peut aller dans les rayons bédé, jeunesse ou science-fiction car c’est un hommage à la pop culture de l’aventure. »

>> A voir : Le Web selon Boulet, dans « Mon Internet à moi »

Des contes, Boulet se rappelle avoir lu « un million de fois La maison qui s’envole de Claude Roy, à 5 ou 6 ans » puis « en boucle, L’histoire sans fin de Michael Ende ». De Neil Gaiman, il avait lu De bons présages, coécrit avec Terry Pratchett, American Gods et Neverwhere. Leur premier contact indirect avait été établi sur la couverture de Tous malades ! (édité par Bragelonne), un recueil de poèmes sélectionnés par Neil Gaiman.

Un conte, trois illustrateurs

Mais Boulet et Neil Gaiman ne se sont jamais rencontrés, pas même après que l’écrivain a accepté que le dessinateur s’empare du conte. Boulet raconte à 20 Minutes : « Par bonheur, le lait contient tous les fantasmes de la littérature pour enfants : des monstres, des vampires, des dinosaures… » Un régal pour le dessinateur, une commande qui l’occupe le mois de juillet dernier « tous les jours sans interruption ». Mais il n’était pas le premier illustrateur à travailler sur ce même texte de Neil Gaiman.

>> Neil Gaiman : « Mon enfance n’était supportable qu’à l’idée que j’allais devenir adulte »

 

Skottie Young, auteur chez Marvel Comics, a travaillé pour l’édition américaine. Chris Riddell, caricaturiste pour The Observer, sur celle britannique. « Pour la couverture du livre, on voulait quelque chose qui ressemble aux deux autres, pour se placer dans la continuité », explique Boulet. Soit le père, un stégosaure et une bouteille de lait. Ce n’est pas gênant de passer après deux autres illustrateurs ? « Au contraire, je trouve que c’est une très belle idée, comme si un musicien demandait à plusieurs groupes de reprendre sa chanson. » Pour 20 Minutes, Boulet commente quelques-unes de ses interprétations.

« Le rattacher à mon passé »

Illustration de Par bonheur, le lait, par Boulet - Gilles Roussel/Au diable Vauvert

 

« C’est un livre qui parle de l’enfance et d’un père qui raconte une histoire à ses enfants. Le meilleur moyen de le rendre crédible, c’était de le rattacher à mon passé. La scène du début fait référence à ma propre enfance, avec cette table en formica qu’il y avait chez mes grands-parents. J’y ai représenté ma propre famille avec mon neveu et ma nièce. J’ai dessiné le papa avec le visage de mon frère, sans savoir qu’il serait le personnage principal ! »

« Mes grandes récréations »

« Les portraits de tous les personnages ensemble constituaient mes grandes récréations, c’était le plus agréable à dessiner, en imaginant des gueules tordues et les plus bizarres possibles pour les pirates, les vampires et les extra-terrestres.

« Je me suis inspiré de Calvin et Hobbes »

« J’avais lu la description de Gaiman de cette machine temporelle, mais peu d’images me venaient en tête. Que voulait-il dire ? Ça m’a rappelé les jeux des enfants où on prétend qu’un carton est une machine. Je me suis donc inspiré de la boîte en carton de Calvin et Hobbes, leur « transmogrifeur ». Du coup, c’est une grosse boîte en carton molle, pas vraiment un objet high-tech. »

« Des dinosaures qui font un selfie »

« Des dinosaures qui font un selfie avec le papa, c’est facile à décrire pour un écrivain, mais plus compliqué à dessiner. J’ai dû me poser la question de savoir comment les dinosaures pouvaient porter des costumes. »