Qui sont les X-Philes?

Série A l'occasion de la sortie en coffret Blu-Ray de l'intégrale de la série, le 8 décembre, 20Minutes a remonté la piste des X-files addict…

Cecile Guthleben

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Des fans d'X-Files à Londres en 2008.
Des fans d'X-Files à Londres en 2008. — Thompson Rex Fea/REX/SIPA

Côte Est des Etats-Unis. 24 mars 2015. 9:30 AM. Une nouvelle se répand comme une onde de choc, affole les médias et les réseaux sociaux : la série X-Files va connaître une nouvelle saison. L'article publié par le site américain TV Line est partagé sur Facebook 243.000 fois. L’émotion des fans est intense. Mais ces passionnés ne sont pas comme les autres. « Ils ne sont pas des Lone Gunmen, vous vous souvenez, ces geeks qui aidaient Mulder », prévient d’emblée Séverine Barthes, maître de conférence à l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle. La vérité est ailleurs. Enquête à la rencontre des X-Philes.

Flash-back. France. 12 juin 1994. X-Files est diffusée pour la première fois sur M6. La série créée par Chris Carter met en scène les agents du FBI Fox Mulder et Dana Scully qui enquêtent sur d’étranges crimes, les affaires non classées. Dès les premières semaines, les téléspectateurs sont au rendez-vous. De jeunes adolescents sont devant leur poste, un peu par hasard, et tout de suite, c’est un choc. « Avec X-Files, j’ai ouvert les yeux en grand, se souvient Mathieu, fondateur du site Onlike. J’ai compris la mécanique des séries, j’ai pris conscience du travail des auteurs. » L’histoire se répète chez Aurélien Allin, rédacteur en chef adjoint de Cinéma Teaser : « J’ai tout de suite accroché, aussi bien pour son récit que pour son esthétique et sa photographie. » Nico Prat, journaliste, reste imprégné de certaines images : « Le personnage de Tooms m’a effrayé. X-Files fait partie des trois séries qui m’ont le plus marqué. » 

Une passion héritée de l’adolescence

Quand on interroge les fans de la première génération, on constate très vite leur attachement presque viscéral à la série, « il y a quelque chose de l’ordre de l’intime dans l’attachement aux séries, cela passe notamment par des personnages auxquels on s’identifie, qui nous touchent », analyse Clément Combes, sociologue. Séverine Barthes poursuit : « La série parle de nous en parlant d’un autre, c’est notamment ce qui a fait son succès. De plus, les fans ont grandi en même temps que les personnages, sur les neuf années qu’a duré la série. » Thomas Wachnicki utilise des mots très forts : « Quand la série s’est terminée, c’est un peu comme on si on perdait un compagnon de vie. »

Dès 1994, un fan-club d’X-Files a été créé en France. Il a rassemblé jusqu’à 10.000 membres. Vers la fin des années 1990 et le développement d’Internet, les passionnés se sont retrouvés sur des forums, dont le plus célèbre – et toujours en activité, La Vérité est Ici. Sur ces plates-formes, des amitiés se sont créées qui ont perduré après l’arrêt de la série. Et cela malgré le conflit qui opposaient les « Shippers » et les « Noromos » - pro ou anti relation entre Mulder et Scully. « Ce qui est remarquable, c’est que la communauté a survécu à la fin d’X-Files. Ils se sont engagés, impliqués, réappropriés l’œuvre. C’est cela qui les différencie des fans d’autres séries », analyse Séverine Barthes. Pour Thomas Wachnicki, blogueur, créateur du site SmallThings et webmaster du site La Vérité est Ici, il y a même quelque chose de l’ordre de la mission : « Le fan devient quelqu’un qui doit cultiver la flamme quand c’est fini. »

Du plaisir du spectateur à la passion du collectionneur

Mais ces amateurs ne se sont pas arrêtés au rendez-vous rituel télévisuel. Ils se sont mis à collectionner tout ce qui touchait à la série. Bien loin pourtant de Donald Addie Pfaster, ce célèbre sérial killer traqué par Mulder et Scully qui collectionnait les ongles et les cheveux de ses victimes. « Je faisais des revues de presse, je découpais des articles dans les magazines télé que je rangeais dans des classeurs. J’avais aussi des posters, des livres, le jeu vidéo et même le badge », se souvient Mathieu. Alexandra se définit elle-même comme « la plus grande collectionneuse française d’objets liés à X-Files ». Ses trésors – près de 1000 - emplissent deux bibliothèques. « J’ai à peu près tout, raconte-t-elle fièrement. J’ai commencé par les guides officiels, puis les figurines, les poupées, les Lego. J’ai même des chaussettes et un ensemble avec un bavoir et un hochet. Sans oublier, bien sûr, les DVD et les VHS. »

De la passion à la professionnalisation 

Pour Séverine Barthes, « on garde toujours un ancrage avec ce qui nous a marqué à l’adolescence ». C’est pourquoi certains ont encore prolongé d’avantage cette réappropriation de l’œuvre pointée par la chercheuse. Aurélien Allin a consacré son Mémoire de Maîtrise à la série. Au-delà de ses études, X-Files a contribué à son envie d’écrire et d’être journaliste. Dans un tout autre registre, Iris est devenue monteuse truquiste grâce à la série : « Quand j’ai découvert la série, j’était flippée mais fascinée. Je me suis très vite intéressée à l’envers du décor, aux effets spéciaux. J’achetais les guides qui parlaient des coulisses de la série. Et c’est comme ça que j’ai choisi mon métier. » Thomas Wachnicki a franchi un pas supplémentaire: depuis près de sept ans, il travaille sur un documentaire consacré aux fans d’X-Files. « Je voulais rendre hommage à ces années, à cette série qui a construit mon identité culturelle, aux fans qui sont devenus mes amis », raconte-t-il.


Nul doute que cette communauté va encore s’agrandir avec la diffusion de la dixième saison de la série en janvier 2016.