Attentats à Paris: Le «Paris est une fête» d'Hemingway brandi en symbole

CULTURE En réaction aux attentats du 13 novembre, «Paris est une fête», l'hommage d'Hemingway au Paris des années folles est relu, cité, recommandé et s'arrache dans les librairies... 

Annabelle Laurent

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Le roman d'Hemingway
Le roman d'Hemingway — nico2mille/instagram

Le livre a été déposé entre les fleurs et les bougies, devant les vitres criblées de balles du CarillonParis est une fête. 


Paris restera debout, Paris ne sombrera pas dans la peur et peuplera les terrasses, les restos, les concerts, encore et encore. Certains l’ont dit avec leurs mots - en français, en latin, en toutes les langues - d'autres avec leurs crayons. D’autres encore s'en remettent à Hemingway et son hommage joyeux à Paris, publié trois ans après le suicide de l'écrivain, en 1964. En quelques jours, The Moveable Feast a ressurgi. Le livre s'arrache dans les librairies parisiennes, et les libraires ne cessent de réclamer qu'on les approvisionne, affirme David Ducreux, attaché de presse de Folio qui publie le texte de l'écrivain américain.

Un roman réconfort, n°1 des ventes de biographie sur Amazon

Dès vendredi soir, dans le choc des fusillades qui viennent de se produire, Hemingway est cité: 


Au cours du week-end, le roman est de plus en plus mentionné. Lundi, certains le lisent à midi, pendant la minute de silence. Sur Instagram, les lecteurs montrent l'exemplaire qu'ils viennent d'extraire de leur bibliothèque, ou d'acheter: 

 

Never been so true #old #book #hemingway #truth #neverforget #reading #standing #paris #attacks #champselysees #

Une photo publiée par Camille / Mila (@milasks) le 17 Nov. 2015 à 3h55 PST


D'autres exemplaires du roman s'ajoutent aux parterres de fleurs en France, sur les lieux de recueillement. Le livre jonche le sol, devant le Bataclan. Une septuagénaire s'en émeut lundi, au micro de BFM TV. Cette «Mamie» déjà star d'Internet, écoutée plus de 130.000 fois sur YouTube, qui assène, implacable: «C’est très important de voir, plusieurs fois, le livre d’Hemingway, Paris est une fête, parce que nous sommes une civilisation très ancienne et nous porterons au plus haut nos valeurs, et nous fraterniserons avec les 5 millions de musulmans qui exercent leur religion librement et gentiment.»


Ce mardi matin, tandis que le roman est en bonne place sur le hashtag #mardiconseil qui rassemble des conseils de lecture, Paris est une fête est n°1 des ventes de biographie, sur Amazon: 

Les meilleures ventes des biographies sur Amazon, mardi 17 novembre. 

En janvier, l'engouement pour Voltaire 

L'engouement rappelle celui que suscitait le Traité de la Tolérance de Voltaire, en janvier dernier. Déposé au milieu des bougies à une rue du siège de Charlie Hebdo où s'était déroulé la tuerie, l'appel formulé par le philosophe en 1763 s'était arraché en librairie, Folio avait dû procéder à une réimpression après avoir vendu 120.000 exemplaires, tandis que certains historiens rectifiaient, estimant que les Français se trompaient de référence

En 1920, les terrasses sont à Montparnasse

Pour Hemingway, la référence n'est pas politique. La résonnance du titre est suffisante, pour beaucoup. Pour d'autres, c'est l'hommage à un Paris vibrant de culture et de fête, sorti groggy des années noires de la Première Guerre mondiale, qui touche. 

Celui qu'on surnommait «Papa» écrit ces lignes entre 1957 et 1960, en souvenir de son séjour passé à Paris dans les années 1920, en compagnie de sa première femme Hadley qu'il a épousée en 1922 à son retour du front italien en tant qu'ambulancier. 

En 1922, Montparnasse est en train de l’emporter sur Montmartre, le couple traîne à la Coupole, à la Rotonde, au Select: c’est là qu’on picole, à l’époque.

Hemingway et Hadley sont « très pauvres et très heureux ». C'est que « Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez ».



«Midnight in Paris» et le Paris carte postale 

Paris est une fête et sa folle galerie de personnages, Gertrude Stein, Francis Scott Fitzgerald, James Joyce, inspirait Woody Allen en 2011: l’année de Midnight in Paris. Rythmées par le jazz cher au coeur de Woody, les premières images du film sont aussi apparues sur Twitter et Facebook.

Un Paris de cartes postales, fantasmé, tellement cliché au goût des Parisiens. Mais important pour certains étrangers souhaitant exprimer leur solidarité.


Sans parler des extraits d’Amélie Poulain ou de Paris, je t’aime, également apparus sur les réseaux sociaux.

Il y aura toujours Humphrey Bogart


Et puis il y a, dans les références cinématographiques, cette phrase culte d’Humphrey Bogart, Rick Blaine dans Casablanca (1942). En exil à Casablanca où il tient le Rick’s Café Américain, il y retrouve son amour de jeunesse, Ilsa Lund, la fabuleuse Ingrid Bergman. Pour sauver le mari de celle-ci, le héros de la résistance Victor Laszlo, il va renoncer à l’amour, pour ne garder qu’un souvenir, celui de leur séjour à Paris. Et lui promettre alors: « We’ll always have Paris ».


Le film de Michael Curtiz est aussi réapparu pour sa Marseillaise, entonnée dans le monde entier depuis vendredi. Et ici, au Rick's Café Américain: