Attentats à Paris: «Je ne peux plus me moquer de Hollande comme avant»

INTERVIEW L’humoriste explique à « 20 Minutes » comment elle a vécu la soirée de vendredi, alors qu’elle jouait sur scène, à Paris, non loin des lieux des attentats…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Anne Roumanoff, le 16 juin 2015.
Anne Roumanoff, le 16 juin 2015. — PJB/SIPA

Aimons-nous les uns les autres… Le titre du seule-en-scène à succès d’Anne Roumanoff prend tout son sens après les attentats qui ont ensanglanté Paris vendredi. Ce soir-là, l’humoriste était sur la scène de l’Alhambra, dans le 10e arrondissement où sont survenues plusieurs attaques. Jointe par 20 Minutes ce lundi, elle revient sur cette soirée particulière et sur la manière dont elle envisage désormais de faire de l’humour après le drame.

Vous étiez sur scène, vendredi soir, au moment des attentats. Comment avez-vous appris ce qu’il se passait ?

J’ai fait mon spectacle en toute innocence jusqu’à 22h45. Le directeur de l’Alhambra, Jean-Claude Auclair, et le régisseur ne m’ont rien dit. Je fais les rappels, tout va bien, c’était une super soirée. Ensuite, dans les coulisses, le régisseur m’annonce que quelque chose de grave se passe. Jean-Claude Auclair a alors parlé au public en disant que plusieurs attentats avaient eu lieu, qu’il fallait rester dans la salle et éviter tout mouvement de panique. Il est resté très serein. Heureusement qu’il était là car il a tout très bien géré. Quelqu’un a même cru qu’il s’agissait d’une blague.

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Vous êtes donc restée dans la salle ?

On est resté quand on a appris l’attaque au Bataclan. On a distribué des bouteilles d’eau au public. Vers minuit, Jean-Claude Auclair a commencé à faire sortir les spectateurs par l’issue de secours donnant sur le boulevard Magenta. Il avait vérifié que les lieux étaient sécurisés. Les gens partaient par groupe de trois. On est parti les derniers, quand on était sûr que tous les spectateurs pouvaient rentrer chez eux ou être hébergés. Un spectateur avait sa voiture garée boulevard Richard-Lenoir [dans le périmètre des attaques], par exemple. Chacun avait une problématique particulière.

Vous avez eu peur ?

Sur le coup, j’étais surtout préoccupé par la sécurité du public. C’est le lendemain que j’ai eu le contrecoup. Je n’ai pas pu écrire ma rubrique hebdomadaire pour le Journal du dimanche, je ne savais pas quoi écrire, c’est trop tôt. Je manque de recul.

Vous avez annulé la représentation de samedi…

Samedi, le directeur et moi avons pris la décision d’annuler, mais on n’était pas obligé. J’étais très choquée. Je fais de l’humour connecté au réel. J’ai pourtant joué le soir du 7 janvier, à Londres, et le soir du 11 septembre 2001, à Bobino [une salle parisienne]… Ce n’est pas une question de savoir si les spectateurs seraient venus ou non samedi, mais je ne sais pas si je serais arrivée à les faire rire samedi. Cela aurait été indécent.

Quand rejouerez-vous ?

Je retournerai jeudi à l’Alhambra. Des mesures de sécurité supplémentaires seront prises. Le public n’attendra plus devant la salle, dans la rue, mais dans le bar du théâtre, par exemple.

Allez-vous modifier le contenu du spectacle ?

Je pense modifier plein de choses. Mercredi, je jouerai à La Rochelle (Charente-Maritime), cela sera une première prise de contact. Je verrai l’état de l’opinion, ce qu’il faut que je change. J’enlèverai le moment où je me moque des services de renseignement [dans un sketch, elle plaisante sur le fait que le renseignement affirme, après qu’un projet d’attentat a été déjoué, que les terroristes avaient été bien identifiés au préalable]. Cela peut-être drôle si l’on parle de l’attentat déjoué du Thalys, mais aujourd’hui, on ne peut pas rire de ça. François Hollande est désormais le chef de guerre, celui qui est censé nous protéger… Je ne peux pas me moquer de lui de la même manière que je le faisais avant dans mon spectacle. Je verrai ce qui passe ou pas auprès du public.