«Nanarland» livre le meilleur et le pire des «mauvais films sympathiques»

MAUVAIS GENRE Le livre « Nanarland » épluche en détail les films les plus improbables, piochés par le site éponyme. Plongée dans cinq genres forcément mineurs de nanars majeurs avec François Cau, l’un des membres de Nanarland…

Joel Metreau

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Nanarland, un livre à la gloire du navet.
Nanarland, un livre à la gloire du navet. — ankama

On dirait une cassette VHS, ce « livre des mauvais films sympathiques » (Ankama éditions, 19,90 euros), réalisé par l’équipe du site Nanarland. L’ouvrage très illustré contient essentiellement des textes inédits qui mettent en valeur la richesse des navets. Difficile toutefois de distinguer les leviers qui font des nanars. François Cau, projectionniste saisonnier à l’Alpes-d’Huez et membre de Nanarland, cite en exemple Turkish Star Wars* : « Un mélange d’acteurs qui jouent n’importe comment, d’un réalisateur qui fait n’importe quoi, d’un scénario qui ne veut rien dire, d’effets spéciaux qu’on appelle normaux, d’une bande-son chaotique et d’un montage fait pour tuer des épileptiques... » Pas de recette donc. Examinons les genres.

Les films coquins : Du nul, du cul

« Ces films d’exploitation se distinguent par une exposition très gratuite de la nudité féminine », pointe François Cau, citant Piège mortel à Hawaï. Il y avait aussi la vogue du mondo, « à l’instigation de deux réalisateurs italiens qui voulaient ramener de leurs voyages à travers le monde des images folles que les gens n’avaient jamais vu. Et ça a très vite mal viré. » Les « documentaires » ont commencé à davantage s’attacher aux courbes féminines qu’aux cérémonies religieuses.

Le doublage élève aussi le film au rang de nanar. Le brésilien Femmes en cages est ainsi un film érotique lambda datant de 1982. « Mais les doubleurs français rajoutent des blagues complètement triviales, tout le champ lexical de la pornographie y passe, alors que dans la VO pas du tout. »

Des remakes low-cost

Il suffit de jeter dans le bain quelques films à grand succès pour que les ersatz, attirés par l’odeur du dollar, affluent affamés. Après sa sortie, La Guerre des étoiles a engendré des clones avec plus ou moins de réussite. François Cau distingue deux films : « Il y a Starcrash le choc des étoiles*, film italien qu’on aime beaucoup avec une superbe apparition de David Hasselhoff et le Brésilien Os Trapalhões na Guerra dos Planetas*, un Benny Hill sous acide ». Avertissement, ce dernier rend très mal à l’aise.

Mad Max, surtout le 2, a largement été pillé. « On prend un terrain vague, une vieille bagnole qu’on va tuner un peu, des mecs qu’on va habiller en gladiateurs rétro-futuriste avec de l’aluminium et du carton, et paf ! Mad Max ! Facile » Par ailleurs, la mort de Bruce Lee, alors au sommet de sa carrière, crée un vide. « Pour combler ce vide a commencé la Bruceploitation », entraînant une myriade de films avec des sosies de l’acteur de kung-fu.

Des superhéros en toc

Italien, philippin, pakistanais, turque… De nombreux pays ont adapté les superhéros à la sauce locale. Même Spider-Man a eu droit à son traitement sentai, genre nippon de super-héros dont le plus connu en France demeure Bioman.

Mais les Etats-Unis, pays de naissance des superhéros, ne sont pas en reste. Les Quatre fantastiques* de Roger Corman restent encore un des monuments du genre. Plus proche de nous dans le temps, The Amazing Bulk vaut le détour par ses effets spéciaux, normaux pardon, réalisés avec Microsoft Paint.

Du cinéma tout à l’ego

Les films d’auteur se prennent parfois trop au sérieux. Ed Wood, par exemple, son Glen or Glenda*, qui évoque le travestissement, « un film furieusement en avance sur son époque ». Encore faut-il accepter des discours complètement fumeux. Parmi ces films d’auteurs, Nanarland suggère The Room de et avec Tommy Wiseau. « Un type dont personne ne sait d’où il venait, qui a mis en scène, écrit et produit un film dans lequel il interprète le rôle principal. Mais il a du mal à jouer et diriger en même temps, ce qui est problématique dans la plupart des scènes. »

L’horreur à petit prix

Réaliser des films d’horreur à zéro budget, c’est compliqué. Le chat tueur du Clandestin ressemble à un muppet et la peinture verte coule sur le visage zombies du Lac des morts-vivants*, film français de 1981. « Dans l’absolu, ça devrait être effrayant et ça ne marche pas du tout, et pas forcément pour des questions de budget », pointe François Cau, qui rappelle la somme modeste qu’a coûtée un classique comme Massacre à la tronçonneuse. Dans les vieux slashers movie, un aspect moral voulait que les ados qui couchent entre eux ou consomment de la drogue soient les premiers à tomber. « Parfois, cet aspect moral tombe complètement à plat, comme dans Black Roses, où la musique métal, c’est le mal. » Dans ce film, un personnage se fait même avaler par une enceinte.

Mais ce ne sont pas les seules idées bizarroïdes des nanars d’horreur. Troll 2 met en scène des goblins végétariens qui transforment les humains pour les dévorer après que ces derniers ont ingéré une substance verte. « Le gamin de la famille se lève pour pisser sur les aliments qu’ils vont manger… rigole François Cau. Mais c’est ce qu’on adore à Nanarland, c’est être surpris. Rien de pire que d’être blasé au cinéma. »

Films à voir en intégralité

Le nanar bonus : La Nuit du risque, un film français de 1986 financé par le RPR.