«Fargo»: L’esprit des frères Coen souffle encore sur la deuxième saison

SERIES Si la deuxième saison s’est éloignée de la trame du long-métrage de 1996, le mélange d’humour, de maladresse et de tragédie cher aux Coen demeure plus que jamais…

Joel Metreau

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Kirsten Dunst, coiffeuse dans la deuxième saison de Fargo.
Kirsten Dunst, coiffeuse dans la deuxième saison de Fargo. — Mathias Clamer/FX

Le pari du showrunner Noah Hawley était insensé : réaliser la deuxième saison d’une série dont la première décalquait avec brio un film culte et glanait des Emmy Awards après sa diffusion. La saison 1 de Fargo avait repris la trame du long-métrage réalisé en 1996 par les frères Joel et Ethan Coen. Dans la saison 2, dont la diffusion a commencé le 12 octobre aux Etats-Unis sur la chaîne FX, ne figure aucun des personnages imaginés par les Coen. Pourtant leur esprit demeure. Comment ? Evidemment, si vous souhaitez conserver la surprise, vous arrêterez votre lecture ici.

Autre temps, autres mœurs

Ted Danson dans Fargo. - Chris Large/FX

 

Les Frères Coen voyagent volontiers dans le temps : Leur prochain film, Avé César !, se déroule dans les années 1950Inside Llewyn Davis était enraciné dans les années 1960, No Country for Old Men ensanglantait l’année 1980. Avec la deuxième saison, la série Fargo a fait ses adieux à l’année 2006. Bienvenue en 1979, année du deuxième choc pétrolier, année où le Washington Post relatait comment le président Jimmy Carter s’était fait attaquer par un lapin, année où un ancien acteur de seconde zone entame une campagne présidentielle… La saison 2, qui se veut une préquelle, rend compte de ces années avec une précision dans les détails, par exemple les costumes et les voitures. L’utilisation du split-screen achève de donner à l’ensemble un ton délicieusement vintage. Autre époque peut-être, mais entre les deux saisons, un point commun, c’est encore l’hiver.

Une Amérique bien profonde

Jesse Plemons dans Fargo. - Mathias Clamer/FX

 

On ne change pas de région en revanche, Fargo saison 2 s’inscrit dans le Minnesota enneigé, symbole d’une amérique flippée. Sur Fargo saison 2 se promène un ovni comme dans The Barber : l’homme qui n’était pas là, le long-métrage des frères Coen. Un ovni pour souligner la crédulité des habitants de cet Etat ? Sans doute. En tout cas, le showrunner Noah Hawley explique dans Variety : « Les années 1950 et 1970 sont similaires dans le fait que ce sont deux époques de paranoïa majeure aux Etats-Unis. » Dans une autre interview, donnée à Slashfilm, Noah Hawley précise l’état d’esprit de ce Minnesota. « La région, définie de plusieurs manières dans le film des frères Coen, est un lieu où les gens ont vraiment beaucoup de mal à communiquer des informations basiques entre eux. » Ce qui engendre évidemment de malheureux concours de circonstances.

Mafia familiale contre PME du crime

Jean Smart dans Fargo. - Mathias Clamer/FX

 

Depuis leurs débuts avec Sang pour sang (Blood Simple en VO), les frères Coen n’ont jamais cessé de fricoté avec le film noir. La saison 2 de Fargo commence dans un bain de sang et voit s’amonceler les cadavres au fil des épisodes, comme dans No Country for Old Men. La raison : un affrontement entre deux factions. Un gang familial est menacé par la mafia de Kansas City qui veut étendre ses affaires. Dans le sillage de ces meurtres un personnage de bon flic mène l’enquête. Interprété par un brillant Patrick Wilson, cet ex-vétéran du Vietnam est interloqué par des explosions de violence qu’il imaginait cantonné hors des frontières de l’Amérique. Il s’agit du père de l’héroïne de la première saison.

Un humour à cueillir très froid

Patrick Wilson dans la série Fargo. - Chris Large/FX

 

Du sang qui coule dans le milk-shake, un bout de phalange qui s’égare sous un meuble, une femme qui prépare à dîner avec un cadavre dans son garage… L’humour noir, relevé par des dialogues incisifs, imprègne toute la deuxième saison de Fargo. Un humour à la limite de l’absurde tant certaines situations sont incongrues. « La tension qui naît de l’anticipation de la violence et la tension dans l’anticipation d’un rire sont à peu près identiques », estime Noah Hawley dans le New York Times.

Des losers magnifiques et pathétiques

Bokeem Woodbine, Brad Mann et Todd Mann dans la série Fargo. - Chris Large/FX

 

Un des personnages principaux meurt peu après qu’un épisode lui a été consacré. Un vrai raté comme il s’en ramasse à la pelle dans les films des frères Coen : loser magnifique (Jeff Bridges dans The Big Lebowski) ou loser pathétique (Steve Buscemi dans Fargo). Les plus beaux losers de cette saison sont interprétés par Kirsten Dunst et Jesse Plemons, mariés à l’écran. Lui, boucher de métier, rêve de racheter l’établissement pour lequel il travaille et d’avoir des enfants. Elle, coiffeuse, voudrait un horizon qui dépasse celui du Minnesota. Mais après avoir commis une bourde - un événement qui s’est vraiment déroulé en 2003 -, elle fait prendre son couple en étau entre les deux gangs. Un grain de sable grippe la machine et les personnages les plus ordinaires commettent les choses les plus atroces.