Abd Al Malik a visité le Musée de l’Homme

ANTHROPOLOGIE Le rappeur a répondu à l’invitation de « 20 Minutes »…

Benjamin Chapon
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Abd Al Malik visite le Musée de l'Homme en compagnie d'un anthropologue, le 21 octobre 2015 à Paris.
Abd Al Malik visite le Musée de l'Homme en compagnie d'un anthropologue, le 21 octobre 2015 à Paris. — A. Delaunoy / 20 Minutes

« Bonjour, moi, je m’occupe des squelettes. » Alain Froment, responsable des collections d’anthropologie au Musée de l’Homme accueille Abd Al Malik. Le rappeur, qui a récemment sorti un nouvel album, Scarifications, a accepté l’invitation de 20 Minutes à visiter le tout nouveau musée de la place du Trocadéro. Dans l’atrium, l’anthropologue explique rapidement l’histoire du muséum d’histoire naturelle, le pourquoi de sa restauration et son originalité : « être un musée laboratoire qui accueille de nombreux chercheurs et une école doctorale. »

 

D’abord un peu timide, mais attentif, Abd Al Malik demande si le musée « accueille aussi des chercheurs du monde entier. » Cinquante chercheurs étrangers sont invités en ce moment au Musée de l’Homme, explique Alain Froment qui, lui-même, encadre un étudiant camerounais qui travaille sur les Pygmées. Tout en entrant dans la galerie de l’Homme, l’espace d’exposition permanente du musée, la conversation entre les deux hommes glisse sur la situation actuelle à Brazzaville, « ça chauffe ». Entre l’artiste et l’anthropologue, ça colle tout de suite. Le journaliste qui tient le stylo et la chandelle n’aura plus besoin d’intervenir durant toute la visite.

« On est tous en résonance »

« Ici, on est humain, explique Alain Froment. Il n’y a pas de hiérarchie entre les cultures parce que l’Homme, c’est un tout dans l’histoire et dans le temps. » Devant les grandes vitrines et objets hétéroclites, Abd Al Malik écoute, observe, relance, réagit. « On partage 30 % de notre ADN avec le pétunia », annonce le chercheur. « C’est formidable, on est tous en résonance », s'enthousiasme le rappeur.

 

La visite continue jusqu’à l’exposition de crânes trépanés selon une pratique ancestrale consistant à pratiquer un trou dans la boîte crânienne pour soigner, dans certaines sociétés, l’épilepsie, assimilée à une forme de possession mystique. Abd Al Malik s’interroge : « Et ça marche ? ». « Ça marche », confirme le chercheur.

Sacrés humains !

A la question posée par le premier niveau du musée, « D’où venons-nous ? », Alain Froment pose un préalable : « On n’adopte pas le point de vue des religions, nous avons une démarche scientifique et matérialiste visant à comprendre comment la vie a pu s’organiser durant des milliards d’années. » Une approche qui ne choque pas le croyant Abd Al Malik : « Au contraire ! Ce musée montre que nous sommes un tout. Nous sommes un. J’y vois le sacré. Chacun participe à l’unité. »

 

Insatiable curieux, Abd Al Malik veut tout savoir aussi bien sur la phrénologie, « c’était la science des bosses du crâne, ça n’a pas donné grand-chose », que sur la momie qui a inspiré Munch pour Le cri. Devant le fameux mur des langues qui propose d’entendre des dizaines de langues et patois du monde entier, Abd Al Malik demande : « Il est où l’alsacien ? » Plus loin, dans un espace qui propose de reproduire la marche de l’Australopithèque en mettant vos pas dans les siens, Abd Al Malik remarque « c’est presque un pas de danse, je pourrais peut-être mettre ça dans un spectacle ! On sent une connexion réelle avec ces premiers hommes. »

Émotion devant la Vénus

La visite se poursuit, rythmée par les « Passionnant ! Émouvant ! Incroyable ! » d’Abd Al Malik jusqu’à la vitrine de « la star du musée », la Vénus de Lespugue. « Là, je suis avec mes ancêtres directs, les artistes, s’émeut le rappeur. Quelle délicatesse ! » Alain Froment est ravi : « La science a toujours eu besoin des artistes. Pour la scénographie, on a fait appel à de nombreux artistes. Il faut que ce soit vivant, on n’est pas le musée du caillou. »

 

En conclusion de la visite, Abd Al Malik se promet de revenir avec ses enfants : « C’est fabuleux, je viens de visiter mon état d’esprit. Il y a un message de fraternité, une force vibratoire. Je suis très ému. » A propos de Laurent Froment, le rappeur estime que « ce sont des mecs comme ça qui devraient être des stars. Il réussit là où les politiques échouent. Il fait passer le message que le racisme est absurde. »