Dans l'intimité d'une brodeuse érotique

portrait Avec les créations érotiques d'Olga Mathey, l'image poussièreuse de la broderie est détricotée...

Clara Carlesimo

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L'artiste Olga Mathey est une sorte de pin-up des temps modernes.
L'artiste Olga Mathey est une sorte de pin-up des temps modernes. — Olga Mathey

On imagine aisément son atelier bruxellois décoré comme un boudoir. Un cabinet de curiosités dans lequel se côtoient poupées vaudous, dentelles abîmées, rideaux voluptueux et objets chinés lors de ses rencontres et de ses voyages. Depuis quelques années déjà, Olga Mathey brode, surpique, coud, dessine des images qui hantent ses pensées depuis sa tendre enfance.

« J’ai appris à coudre à dix ans grâce à ma grand-mère et à des amies de ma mère », explique l’artiste. Sur ses œuvres, pas de papillons ni de fleurs mais des dessins érotiques où les corps se meuvent, se transforment, s’assemblent. « Mes créations ont toutes quelque chose de bestial, décrit Olga Mathey. Je brode de l’érotisme délicat, des fantasmes, des rêves. J’explore l’humain et ses travers, je questionne la mort, la religion, le rapport à la nudité. »

Olga brode aussi bien des coussins que des abat-jour ou des tableaux. - Olga Mathey

 

Sur les objets qu’elle crée, les poses sont lascives et les personnages dissimulés derrière des masques d’animaux ou des squelettes. Le plus souvent, ces dessins sont accompagnés de phrases sensuelles qui ne laissent aucune place au doute : « envoie-moi en l’air », « mon lit est un banquet », « cette nuit j’ai vu le loup ».

L’aiguille comme une pénétration

« Le rapport entre broderie et érotisme est venu tout seul à mon esprit, raconte Olga Mathey. Le fait de transpercer le tissu avec une aiguille, c’est une forme de pénétration. Lorsque je couds, je me pique, je saigne. C’est un acte viscéral. » L’artiste a commencé par broder des coussins. « C’est un objet intime, avec lequel on passe beaucoup de temps. Il reçoit de nombreux fluides, comme notre salive ou des secrétions. Le coussin, c’est la masturbation. »

Depuis, elle a étendu ses créations à toutes sortes d’objets de « chambre », comme des abat-jour ou des tableaux. Ses créations ne sont pas réfléchies en amont. « Je suis fascinée par l’érotisme depuis toujours, avoue-t-elle. Je passe beaucoup de temps à penser et à lire. Tous les gens que je rencontre par hasard ouvrent mon univers et me donnent des idées. » Les matières qu’elle choisit ne le sont pas non plus sans raison. De la soie, des dentelles, des napperons, elle « cherche des tissus qui ont vécu, qu’on ne trouve plus et qui ont des histoires à raconter ».

Mon fil, ma bataille

Après des études d’arts appliqués et de design, cette Toulousaine de 25 ans a enchaîné les stages chez des créateurs de lingerie et des costumières. C’est comme cela qu’elle a commencé ses créations, d’abord vendues sur les marchés de créateurs. Elle reçoit aujourd’hui des commandes personnelles qu’elle facture entre 80 et 1.000 euros en fonction du travail fourni, parfois même 18 euros pour des plus petites pièces.

 

Les créations d’Olga Mathey sont colorées par touches. - Olga Mathey

 

« Je n’en vis pas, admet Olga Mathey. Mais je ne sais pas si j’ai envie d’en vivre. C’est avant tout une passion et je crois que l’on ne vit pas d’une passion. » Pour arrondir ses fins de mois, elle est modèle nue pour des cours de dessins. L’artiste, qui revient de plusieurs mois au Mexique, explique que son travail évolue en même temps qu’elle. « Chacun voit dans mes créations ce qu’il a envie de voir. Beaucoup ne les trouvent pas seulement belles et douces mais perçoivent une vraie signification », raconte Olga Mathey.

Entre pornographie imagée et rêveries infantiles, elle parle de ses œuvres comme d'« un acte féministe ». « Je suis une femme forte, révoltée et viscérale, à l’imaginaire sans borne mais pourtant ancrée dans la réalité », juge la timide brodeuse, qui ne se dévoile pas facilement. Et de conclure sur son univers : « Ce n’est pas qu’esthétique. Ce sont avant tout des images rituelles qui questionnent notre réalité. »