Vous avez peur des rats? Voici le livre qu’il vous faut

PARIS Après la lecture de ce captivant roman-enquête consacré à nos amis les rats, vous les craindrez toujours autant. Mais vous serez savants... 

Annabelle Laurent

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Ratatouille recommande très probablement Dans les murs, de Zineb Dryef (ed.Don Quichotte)
Ratatouille recommande très probablement Dans les murs, de Zineb Dryef (ed.Don Quichotte) — Montage 20Mn

Leur museau pointu, leur queue nue, leurs dents tranchantes. La seule lecture de ces mots vous donne des frissons d’angoisse. Vous avez peur des rats, vous n’allez quand même pas vous farcir un livre entier sur eux. Erreur ! Car parler de rats, c’est sonder l’origine de cette peur si répandue et sa symbolique, revenir à la fin du XIVe siècle en pleine peste noire, débarquer en 1870 quand le siège de Paris réduit les dîners chics à mettre du rat au menu, visiter les égouts et l’institut Pasteur, rencontrer la valeureuse « police des rats »… Pour découvrir un sujet passionnant raconté par plus « musophobe » que vous : Zineb Dryef, une journaliste qui tient l’animal en horreur et se persuade que son appartement en est infesté. Paranoïa ? C’est le point de départ de Dans les murs, paru le 8 octobre (ed. Don Quichotte). En le refermant, non content d’avoir gagné en expertise sur un sujet insoupçonné, on se balade dans Paris différemment, car le livre, truffé d’anecdotes, nous fait voir d’un autre oeil certaines adresses. En voici quatre.

Les Halles : Le paradis des rats

Les travaux des Halles vous paraissent interminables ? Cessez de vous plaindre, au moins vous n’avez pas à craindre l’invasion qui menaçait Paris en 1969. Les Halles Baltard devaient être détruites, et le marché envoyé à Rungis. Depuis des années, les rats y avaient la belle vie. Démarrer le chantier, c’était courir le risque d’avoir 200.000 rats enragés dans Paris, avait alerté la chef du « laboratoire du rat » de l’époque. Décidée à exterminer jusqu’à la dernière colonie, la préfecture donna l’assaut en 1969, mais le premier bilan fit état de 18 cadavres de rongeurs. « Où étaient les 199 982 autres ? ». Comment étaient-ils allés jusqu’à Rungis ? En métro par la ligne 4 ? Les journalistes de l’époque étaient « captivés par cette bataille », raconte Zineb Dryef, et on les comprend.

Près de la Porte Maillot : Le ratodrome

Difficile de l’imaginer aujourd’hui mais la Porte Maillot mangée par le périph fut « joyeuse » et pleine de vie. C’est là qu’un certain Gustave Krouet, chasseur de rats, installa le premier « ratodrome » qui fut dans les années 1910 célèbre dans tout Paris. Le spectacle que l’on venait y voir, en bleu de travail comme en manteau de vison, et pour 0,50 francs : « des chiens qui coursaient des rats, jusqu’à ce que mort s’ensuive ». On applaudissait la mise à mort à tout rompre. En 1913, pendant quelques semaines avant qu’un décret ne l’interdise, ce sont même des hommes qui se battaient contre des rats, «avec leurs dents pour seule arme». Vous avez bien lu.

Chien : 1, rat : 0.

8, rue Froissart : Le laboratoire du rat

La prochaine fois que vous allez boire une bière rue Oberkampf, ayez une pensée pour Michel, l’agent de l’UPNA rencontré par Zineb Dryef. UPNA ? Unité de prévention des nuisances animales, connu auparavant sous le nom de laboratoire du rat, créé en 1920 et locataire du 8, rue Froissart. Où l’on apprend qu’il existe à Paris celle que l’on surnomme la « police des rats »… Les agents sont flics, et leur mission n’est plus de disséquer ni de piéger les rats, mais de chercher l’origine de l’infestation dans une ville où la légende veut qu’il y ait un rat par habitant. On ne vous dira pas qu’on a lu sereinement la mission dans le 20e où l’auteure accompagne « Michel », mais c’était palpitant.

173 boulevard Haussmann : Le boucher Deboos 

Il n’est plus seulement question de rats quand le livre nous emmène dans la période fascinante du siège de Paris, en 1870. On manque de tout, la viande se fait rare. C’est là que les « cuisines parisiennes, qu’elles soient ouvrières ou bourgeoises, basculent dans l’extravagance », raconte Zineb Dryef. Les jardins des Plantes et d’Acclimatation livrent leurs bêtes aux bouchers, qui se mettent à servir du paon et du lama, puis de l’ours, du chameau, et même… Castor et Pollux, les deux éléphants du Jardin des Plantes que le boucher Deboos, 173 boulevard Haussman, achète pour 27.000 francs ! C’est aussi à cette époque que l’on mange du chat, et – on y revient – du rat, dont le directeur du jardin d’Acclimatation vante le goût délicieux. Il écrit : « Il suffit d’avoir mangé une fois ce nouveau gibier pour en vouloir en goûter encore. » Mais bien sûr, on s’y précipite.

Castor ou Pollux, en très mauvaise posture, pendant le siège de Paris. Crédit : Mary Evans, SIPA.
 

De l’éléphant à l’échalote au menu. Au secours.
 

  • Les rats au cinéma ? Ratatouille a bien des prédécesseurs.

Crédit : T.Lemoine, 20 Minutes.

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