Oxmo Puccino: « On ne peut plus se dire rappeur en 2015 »

MUSIQUE Le chanteur sort un huitième album, « La voix lactée »…

Benjamin Chapon

— 

Oxmo Puccino sort son huitième album La voie lactée
Oxmo Puccino sort son huitième album La voie lactée — Vincent Desailly

Oxmo Puccino, vingt ans de carrière, sort son huitième intitulé La voie lactée, joyeux et bouillonnant de poésie. Voix majeure du rap français en même temps que chanteur et chantre du métissage musical entre les différents genres, Oxmo Puccino expliquait à 20 Minutes, en 2012, rester « rappeur envers et contre tout ». On prépare donc une interview sur ce thème.

Dès la première question, avant même la première question d’ailleurs, Oxmo Puccino coupe : « Je n’ai pas de problème avec le terme rappeur mais ça dépend de la perception de celui qui l’emploie… La définition du mot dépend de son affection et de sa connaissance du rap. Ce n’est pas comme le mot « bleu ». En fait, aujourd’hui, les cases ont explosé. Rappeur, c’est chanteur. Même si je continue à rapper, en 2015, on ne peut plus se dire rappeur. »

Allez. Interview sans les notes.

Oui mais alors c’est quoi le rap ?

Ma définition du rap est purement technique et se détourne de l’affect. Le rap est une chanson monotonale avec un débit et une rythmique saccadés en raison du nombre de mots prononcé, et identifiable par un rythme en 4/4.

Rapper quand on a plus de 40 ans c’est possible ?

La preuve. Durer c’est une conséquence de la passion et du travail. Mais moi, sur scène, je chante, j’échange, je parle, je slame. Rapper est une petite partie du spectacle.

Rapper accompagné d’un violoncelle c’est possible ?

Avec un violoncelliste normal, je ne sais pas. Mais avec un magicien comme Vincent Ségal, oui.

Rapper sans répondre à des questions sur les banlieues, les jeunes, la société tout ça, c’est possible ?

On me pose souvent des questions qui n’ont rien à voir avec la musique. Souvent, les réponses à ces questions sont déjà dans mes chansons. Le problème du lecteur d’un journal ou du téléspectateur de JT, c’est que son cerveau est perturbé et préparé à recevoir de mauvaises nouvelles. Alors que l’auditeur d’une chanson, il te donne son attention. J’aime beaucoup ce mot « l’attention ». C’est un truc de notre époque. Une chose que l’on cherche et que l’on donne peu.

Rapper sans soundsystem, c’est possible ?

J’ai fait une tournée en acoustique parce que ça permet de capter cette attention. Alors que la musique actuelle est forte, géante, envahissante, invasive, moi je veux faire une musique douce, créer des moments où il faut se taire pour écouter.

Rapper dans des théâtres c’est possible ?

Ça rajoute à la surprise, c’est beau de pouvoir encore surprendre. Dans ces lieux, il y a du vieux bois, des affiches d’anciens spectacles… On sent des lieux habités. Jouer dans de pareils endroits, c’est comme une cérémonie religieuse. Et puis j’y ai rencontré un nouveau public, les personnes abonnées à la programmation du théâtre qui venaient par curiosité. Ils me disent : « Je vous découvre ». Et je réponds : « Moi aussi je vous découvre. » Vivre ça après 20 ans de carrière, c’est merveilleux.

Rapper alors qu’on a déménagé dans une banlieue calme, c’est possible ?

Dès que tu passes le périphérique, c’est plus Paris du tout, même en banlieue proche comme chez moi. Je voulais me sentir plus libre, avoir un mode de vie plus doux.

Rapper alors qu’on va sans doute remporter sa troisième Victoire catégorie Musiques urbaines, c’est possible ?

La catégorie est réfutable, comme toutes les catégories. Mais je ne suis pas dans la contestation au point de refuser une Victoire de la musique.

Rapper sans être un bavard, c’est possible ?

Je déteste parler pour rien ou devoir me répéter. Si je ne sens pas que j’ai l’attention de la personne en face de moi, je préfère me taire. Les mots doivent servir à autre chose que former un bruit d’ambiance.