Dave Gahan & Soulsavers: «Au plus profond du blues, il y a un sens de l’humour assez ironique»

MUSIQUE A l’occasion de leur concert à Paris et de la sortie de leur album « Angels & Ghosts », « 20 Minutes » a rencontré Dave Gahan et Rich Machin, membre du groupe Soulsavers…

Joel Metreau

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Dave Gahan et Rich Machin de Soulsavers.
Dave Gahan et Rich Machin de Soulsavers. — Columbia / Sony

Dave Gahan a désormais l’habitude de faire des échappées de Depeche Mode : deux albums solo et deux autres avec les Britanniques de Soulsavers. Sur leur dernière collaboration, Angels & Ghosts enchaîne en neuf morceaux les balades romantiques sombres. Pas d’électronique ici, mais du blues, du rock et un zeste de gospel. Le lendemain de leur concert à Paris, Dave Gahan et Rich Machin se confient à 20 Minutes.

Le concert de leur vie ?

Dommage, vous avez raté le concert de votre vie. Du moins de la leur. Car à entendre Dave Gahan et Rich Machin, cette soirée du lundi 2 novembre dans la salle parisienne de La Cigale est à marquer au fer rouge. « On était connectés musicalement, tous les musiciens étaient à fond dedans, chacun a eu ses moments, ça ne se passe pas toujours ainsi », assure Dave. De son côté, Rich, qui a eu du mal à s’endormir après à cause de l'« énergie » et de l'« adrénaline », évoque « un des meilleurs concerts » dont il se souvienne. On y a même entendu deux chansons de Depeche Mode, tirés de l’album Songs of Faith and Devotion (1993) : Walking in my Shoes et Condemnation. « De ce morceau, Je n’ai jamais fait une interprétation aussi meilleure que ce soir », affirme Dave Gahan. On est vraiment désolés pour ceux qui assisteront aux dates suivantes.

Il a appelé sa fille, écouté sa femme

Ils étaient serrés les uns contre les autres, ces dix musiciens sur la petite scène. Et l’équilibre entre chœur, chant et musique était parfait. « On n’avait pourtant pas beaucoup répété en groupe, confie Dave Gahan. Juste quelques jours ensemble à Los Angeles, avant le premier concert qu’on a fait là-bas. » Mais il était ravi ce 2 novembre, si bien qu’il a appelé sa fille pour lui dire : « C’est probablement la première fois que je me suis senti aussi bien sur scène. Juste un moment où je me suis mis à réfléchir, le temps d’un vers dans une chanson, puis je me suis replongé. » Aussi parce qu’il a suivi les conseils de Jennifer Sklias, sa femme actrice, quand après avoir appris son texte, elle essaie de leur donner du sens. « En live, il faut se familiariser autrement avec les chansons », observe Dave Gahan.

De Martin Gore à Rich Machin

Dave Gahan a l’habitude des créations ping-pong, d’abord avec Martin Gore, l’autre pilier de Depeche Mode. Avec Soulsavers, Rich Machin a pris le relais. Angels & Ghosts est d’abord un aboutissement de télétravail, puisqu’ils ont échangé à distance. « C’est même plus facile, pointe Rich Machin. On a tous les deux des home studios et il n’y a pas de pression, on fait ça naturellement, quand on est d’humeur. » Dave Gahan fournit un exemple : « Quand il m’a envoyé le morceau Shine, avec ce son blues et ce glissé de guitare, j’ai tout de suite répondu, c’était instantané, je ne pouvais pas m’empêcher de fredonner la mélodie. » Parfois, quelques mots déclenchent l’imaginaire de Gahan. « You Owe Me par exemple, j’avais cette expression en tête quand Rich m’a envoyé des sons. Parfois je m’assieds pour écrire vaguement des choses qui me viennent à l’esprit mais elles ne font pas sens tant qu’il n’y a pas un morceau de musique auquel je puisse m’adosser. »

Toute la musique qu’ils aiment

Présents à la Cigale, le trio de choristes noirs est exactement le même qui donne ses intonations gospels à l’album. « On fait de la musique assez sombre, alors le gospel lui permet de s’élever spirituellement, tout comme le blues-rock », explique Rich. Le dernier album de Depeche Mode, Delta Machine, portait aussi la tendresse qu’éprouve Dave Gahan pour le blues. Pourquoi c’est toute la musique qu’il aime ? « Au plus profond du blues, il y a un sens de l’humour assez ironique. Par exemple, une chanson sur quelqu’un qui en a tué un autre, j’adore ça, et la manière dont cette musique se perpétue encore aujourd’hui, comme chez Nick Cave. »

Des anges et des fantômes

Le nom de l’album, à rendre Mylène Farmer jalouse, est tiré d’une chanson qui a finalement été recalée, parce qu’elle ne trouvait pas sa place dans l’ensemble. La chanson s’envole, les anges et les spectres restent. « Les anges, ce sont les gens avec qui je travaille, ma famille, ceux avec qui je peux vraiment partager une part de moi-même et avec qui je me sens en sécurité », explique Dave Gahan, en pécheur repenti, qui a trouvé la rédemption. « Pour moi, Angels & Ghosts, ça reflète le contenu de l’album, c’est informatif, poursuit-il. Aujourd’hui, je suis plus conscient de ce que je suis ou ce que j’essaie d’être. Pour moi, les fantômes n’ont rien de sinistre. » Pour quelqu’un qui a tutoyé la mort à de multiples reprises, après des overdoses, on veut bien le croire.