La télépathie, c’est tout un art

ART CONTEMPORAIN L’artiste Fabrice Hybert propose une expérience de télépathie dans une exposition au Centre Pompidou Metz…

Benjamin Chapon

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Vue de l'exposition Cosa Mentale au Centre Pompidou Metz Lancer le diaporama
Vue de l'exposition Cosa Mentale au Centre Pompidou Metz — Benjamin Chapon

Cabotin, Régis dessine une pipe. Dans la cabine en face de lui, Alizée dessine une pomme. Raté. « Mais non, pas raté, s’emporte Fabrice Hybert. L’important n’est pas le résultat mais l’expérience, le fait de tenter, d’essayer. » L’artiste a installé plusieurs expériences de télépathie en conclusion de l’exposition Cosa Mentale actuellement présentée au Centre Pompidou Metz (jusqu’au 28 mars 2016). Sous-titrée « Les imaginaires de la télépathie dans l’art du XXe siècle », l’exposition déroule un siècle de création artistique inspirée par la transmission de pensée, de Kandinsky à Edvard Munch, Odilon Redon ou Fabrice Hybert.

Vue de l’exposition Cosa Mentale au Centre Pompidou Metz - Benjamin Chapon


« La télépathie, ce mode de transmission directe de la pensée et des émotions a notamment accompagné la naissance et le développement de l’abstraction puis de l’art conceptuel », explique Pascal Rousseau, commissaire de l’exposition. L’installation de Fabrice Hybert clôt le parcours et propose plusieurs expériences télépathiques à réaliser seul ou avec un autre visiteur.

L’expérience de la frustration

Comme on n’avait pas d’autre cobaye lors de notre visite, on a pioché parmi les régisseurs occupés à finir l’installation de l’exposition. Pas la peine d’être médium pour comprendre que la plupart avaient autre chose à faire et une furieuse envie de nous envoyer paître. « Mmm, ok, vite fait alors… »

 

D’une cabine à l’autre, il s’agit de deviner ce que l’autre personne a choisi entre un carré noir ou blanc, puis quel geste il a fait, puis quel mot il a écrit… Ce qu’on n’avait pas vu venir c’est que notre bougre allait prendre la fuite au milieu de l’expérience. « Ce n’est pas le plus important d’avoir des résultats », insiste Fabrice Hybert devant notre désarroi. L’expérience peut aussi se faire seul en essayant de deviner ce que des téléviseurs, fixés écrans tournés vers le mur, diffuse. Là encore, on n’a pas la réponse… « Il y a une part de frustration, c’est vrai. Mais c’est assez beau les écrans retournés… »

Moins télépathe qu’une souris

Fabrice Hybert est connu pour ne pas expliciter son travail ni en donner les clés ou la justification. La télépathie le passionne depuis des années. « La télépathie, c’est un état de conscience augmentée. Le mot est un peu moche à cause du côté mystique qu’il véhicule, je préfère l’expression « communication sans codage ». La vie est plus forte que les codes. Ça n’a pas à voir avec le cerveau, enfin pas uniquement avec le cerveau mais avec tout le corps. Et d’autres choses aussi, la lumière, l’état d’esprit. Les résultats varient si on se sent dans un état de bien-être ou de stress. » Pour donner une image de « comment ça marche », l’artiste affirme : « Une vague, ça bouge parce que la mer bouge. »

Un autre régisseur compatissant daigne retenter l’expérience. Résultat : échec sur toute la ligne à part un geste, vaguement deviné (il a dressé le poing façon Superman, j’ai « vu » un doigt levé comme à l’école). Même l’expérience consistant à choisir entre 1 et 0 s’est soldée par une mésentente. Fabrice Hybert note que des expériences menées sur des souris montrent pourtant que la télépathie est une réalité. Difficile de ne pas le prendre personnellement.

Là où la science renonce

Quant à justifier la présence d’une expérience télépathique dans un musée d’art contemporain, Fabrice Hybert ne voit pas le problème. « J’ai toujours cherché à décloisonner le principe d’exposition. Il faut redéfinir la notion d’œuvres d’art comme un mode de communication sans codage, sans règle, sans forme lourde. L’art est partout. » Par ailleurs « les artistes sont de bons télépathes, et s’influencent les uns sur les autres sans se parler. »

« Les scientifiques ne travaillent pas sur le sujet parce que les expériences ne sont pas réitérables. Les militaires ou la CIA s’y intéressent, forcément, mais pas la science. Chaque expérience est singulière et personnelle, c’est l’inverse de l’expérience scientifique, c’est une expérience artistique. »