De Vigan reçoit le prix Renaudot: «Apparemment, mes lecteurs m’attendaient»

CULTURE La romancière a été récompensée ce mardi du prix Renaudot pour « D'après une histoire vraie », un roman troublant qui a déjà conquis le public…

Annabelle Laurent

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Delphine de Vigan, lauréate du prix Renaudot 2015, le 3 novembre 2015 au restaurant Drouant
Delphine de Vigan, lauréate du prix Renaudot 2015, le 3 novembre 2015 au restaurant Drouant — FRANCOIS GUILLOT / AFP

« Comment avez-vous appris la nouvelle ? », « Ce prix, ça va changer votre vie ? » Delphine de Vigan affichait un grand sourire en se prêtant au jeu (répétitif) de l’interview post-consécration, ce mardi chez Drouant. Le prix Renaudot est pour elle. Exit le favori Laurent Binet. A 49 ans, la romancière est sacrée pour D’après une histoire une vraie, son huitième roman qui s’était instantanément hissé en tête des ventes à sa parution fin août.

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L’un des plus gros succès de cette rentrée

Depuis, plus de 107.000 exemplaires ont déjà été écoulés, soit l’un des plus gros succès de la rentrée littéraire. Et cela ne devrait que s’accélérer. Une réponse directe aux angoisses de l’auteure/narratrice du roman, « Delphine », qui est paralysée à l’idée de décevoir son public : son précédent roman a connu un succès immense, et depuis, c’est la panne. « Pendant presque trois années, je n’ai pas écrit une ligne », confie « Delphine » en ouverture. Une lectrice, la charismatique « L. » va alors proposer de l’aider à regagner confiance, jusqu’à la vampiriser et emmener le roman sur les traces de Stephen King… Un roman troublant et captivant, avec lequel l’auteure des Heures Souterraines (2009) a su rebondir après le bouleversant Rien ne s’oppose à la nuit (2011).

« Un hommage à la littérature »

« C’était pour moi un pari périlleux, assez différent de ce que j’ai écrit jusqu’ici, confiait Delphine de Vigan ce mardi. Le roman explorait une forme nouvelle, et j’espère, rend hommage à la lecture et la littérature contemporaine. On a la chance d’être dans un pays où la littérature contemporaine prend des formes très différentes : d’autres auteurs ont ouvert la voie, et il s’agissait ici de jouer avec les formes, les codes, les mêler à d’autres. »

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Un Goncourt élitiste, un Renaudot plus grand public ?

« Quand j’écris, j’ai une petite voix qui revient pour me dire, " c’est mauvais, ce que tu fais " », confiait l’auteure à 20 Minutes fin août, à la parution du roman. Le public a répondu présent et elle doit bien le reconnaître, « ça fait 4 ans que je n’avais pas publié, et mes lecteurs apparemment, m’attendaient », se réjouit-elle.

La reconnaissance des critiques s’ajoute à celle du public, puisque c’est bien la particularité du Renaudot : un prix attribué par dix journalistes et critiques littéraires, depuis 1926, en complément assumé du Goncourt.

Le Renaudot peut même « réparer les éventuelles injustices du prix Goncourt », lit-on iciDelphine de Vigan avait été écartée de la deuxième sélection cette année, soit exactement au même moment critique qu’en 2011, quand Rien ne s’oppose à la nuit disparaissait de la shortlist alors qu’il faisait figure de favori. Est-ce cette injustice-là que répare le Renaudot ce mardi? 

Frédéric Beigbeder, Jérôme Garcin, Franz-Olivier Giesbert et les autres ont en tout cas davantage pensé au grand public que les jurés du Goncourt, qui en sacrant Mathias Enard et son exigeant Boussole, roman-enquête sur les traces des orientalistes, garantissent une lecture ardue à tous les Français qui le recevront à Noël.