Prix Goncourt: Comment vous la raconter grâce aux «Prépondérants», d'Hédi Kaddour

LITTERATURE Il n'a pas eu le Goncourt (pfff, l'académie), mais « 20 Minutes » a tout de même trouvé une solution pour tirer avantage du livre d'Hédi Kaddour…

Florence Floux

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Hédi Kaddour a reçu le prix Goncourt pour «Les Prépondérants».
Hédi Kaddour a reçu le prix Goncourt pour «Les Prépondérants». — JOEL SAGET / AFP

Ça y est, l’académie du Goncourt a mis fin au suspens ce mardi en décernant son prestigieux prix à l'« exigeant » (on se comprend, hein) Boussole, de Mathias Enard (Ed. Actes Sud)… Vous n’avez pas eu le temps, ou même l’envie de lire ce prix Goncourt, mais vous voulez tout de même vous la jouer intello de gauche en soirée ? Pas de souci.

20 Minutes vous a trouvé une posture de choix pour briller en société : affirmer que de toute façon, c'était Hédi Kaddour, qui méritait le prix, pour Les Prépondérants (Ed. Gallimard). Voici un petit guide de conversation afin de savoir quoi dire et comment vous comporter pour faire croire que vous l’avez lu, et que c'est complètement lui qui aurait dû avoir le Goncourt. 
 

​- VOUS : Ce livre, c’est vraiment un « roman-monde », quand même (regard perdu au loin, yeux un peu plissés)
- LA PLEBE : Comme Le Seigneur des anneaux ?
- VOUS : Euh, non, pas vraiment. On est en 1922, dans une petite ville du Maroc ou de la Tunisie, sous protectorat français. Un studio hollywoodien débarque pour tourner un film dans le désert. Un séisme pour la société du coin, partagée entre le cercle des Prépondérants, un puissant lobby de colons français ultra-conservateurs et la population locale. De quoi plonger le lecteur dans le monde colonial, mais aussi, au fil des aventures des personnages, en France métropolitaine et en Allemagne au lendemain de la Première Guerre mondiale, et même de loin, aux Etats-Unis et en Indochine.
 

- VOUS : Les personnages sont tous des clichés. Enfin au début seulement, après tout bascule (mimer le basculement avec les mains, froncement de sourcils)
- LA PLEBE : Un peu comme dans les romans de Marc Lévy ?

- VOUS : (Marquez un silence, ne relevez pas l'affront) Le colon français a l'air d'un gros réac', le fils du caïd, d'un gamin trop gâté qui se la joue, l’actrice américaine d'une star américaine, la jeune veuve, d'une bigote austère, et la journaliste féministe d'une grosse frigide. Mais ça, c'est au début. Hédi Kaddour lance ces personnages types sur les chemins de son roman d’aventure et les oblige à se questionner, en se frottant aux autres protagonistes et aux circonstances historiques. Le tout réserve de belles surprises et permet de réviser un peu ses avis trop tranchés.
 

​- VOUS : On navigue constamment entre tragédie et comédie, c’est beau comme du Francis Lalanne (regard tendre, petite moue)
- LA PLEBE : Comme dans Pense à moi, comme je t’aime ?
- VOUS : Bon ok, pour Francis Lalanne, on n’est pas très sûr, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Hédi Kaddour a l’art de vous amener où il veut. Dans un souk, à une projection de cinéma en plein air, au cœur d’un monologue intérieur, dans les méandres d’une jalousie maladive, au milieu d’un combat de chameaux, d’une soirée dans un tripot ou d’une manifestation anti-Français où résonne La Marseillaise… en allemand. La langue de Kaddour s’adapte à toutes les classes, les nationalités, les personnalités, donnant lieu à des scènes comiques d’anthologie sans jamais perdre de vue le tragique d’une situation explosive et inextricable. Il fait ça peut-être, Mathias Enard ?