VIDEO. Le duel de thé, c'est pas du gâteau

DECOUVERTE La Fédération francophone de duels de thé (FFDT) sont les premiers en France à pratiquer «les duels de thé», une noble discipline empruntée à la communauté steampunk d'outre-Manche...

Anne-Marie Enescu

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Les deux adversaires luttent jusqu'au bout pour sortir vainqueur de ce duel épique.
Les deux adversaires luttent jusqu'au bout pour sortir vainqueur de ce duel épique. — Benoît Lapray

Les deux duellistes se font face et se saluent. Aucun témoin ne les seconde, mais deux juges les accompagnent et président l’affrontement. Après que le maître-tasse (premier juge) dispose les armes sur la table, deux tasses remplies de thé — de préférence du Ceylan — et six biscuits petits-beurre, chaque participant s’installe puis choisit avec soin les trois biscuits qui seront baignés dans le thé chaud. Enfin, le maître de collation donne le signal de trempage : « A vos marques, à la baille ! » Les biscuits sont plongés rapidement et attendent d’être ressortis au second signal du juge, 3 à 5 secondes plus tard…

« Une fois les biscuits imbibés, le réel match commence : sera déclaré vainqueur celui qui arrivera à manger son biscuit après son adversaire et en une seule fois. Il ne peut plus rien en subsister après cette première et unique bouchée », raconte Bina Holmes, l’un des deux fondateurs de la Fédération francophone de duels de thé (FFDT), introducteurs de cette illustre discipline venue tout droit de Grande-Bretagne.

« Splatch », « splat », « splotch », « nom »

Le but est d’éviter évidemment que le biscuit ne s’effondre avant qu’il ne soit avalé. Et chaque « accident » porte un nom évocateur. S’il tombe dans le thé c’est un « splatch ». Sur la table, on l’appelle « splat ». Lorsqu’il tombe sur les vêtements, on dit « splotch ». Enfin, si le biscuit est mangé, on prononce « niome » (qui s’écrit « nom »). Les « noms » sont appréciés selon la beauté du geste et le temps d’attente avant que le biscuit ne soit avalé. « Il y a trois types de "noms” pour moi : le “noms” de merde, quand on mange son gâteau tout de suite après le trempage, le “noms” tout court, quand on mange son biscuit car l’adversaire a cassé le sien, et le “noms” parfait, quand le nom est fait après celui de son adversaire », détaille Bina Holmes.

« Au début, on se demande quand même qui sont ces illuminés qui trempent des biscuits dans du thé et qui en font même des concours, mais au final, on se prend vite au jeu », plaisante de son côté Claire, championne 2015 du duel de thé.

Un duel pour tuer… le temps

Le but de la manœuvre, pour cette activité née au sein de la communauté steampunk (ou vaporiste), était de trouver une activité amusante pour s’occuper et à partager en salon, festival ou convention. « Dans l’univers steampunk, il n’y a pas de jeux. On est très imaginatif pour raconter des histoires, créer des univers… On voulait une activité ludique pouvant être présentée sur un stand, qui dure pas longtemps, qui soit drôle et qui donne envie de participer », raconte Bina Holmes. C’est ainsi que lui et son compère « Démo » tombent sur cette invention de deux steampunks anglais, Doctor Geof et Tinker.

Un jeu absurde auquel on devient accro

« En combat libre, le gagnant ne gagne rien. Mais depuis que nous avons un sponsor, le fabricant de thé bio Le Chapelier Fou, on peut offrir des coffrets de thés », nous précise Colombe, une juge, tombée dans la théière il y a deux ans.

Il s’agit de « faire les choses sérieusement, mais surtout sans se prendre au sérieux », insiste Bina Holmes pour qui le duel de thé doit rester un sport de gentleman steampunk dans un esprit « so british » qui rappellerait un peu l’humour des Monty Python. « Ce sport est absurde. Je trouve toujours drôle les duels improbables qui se sont déroulés sous mes yeux, comme celui en armures du XVe siècle ou le duel confrontant deux personnes déguisées en Batman et Superman… », relate amusée Colombe.

Hier les steampunks, demain le monde

La FFDT est née du succès des compétitions au sein de la communauté steampunk et de la possibilité dès lors de créer des visuels qui organisent et exportent le concept pour des événements qui ne soient pas seulement destinés aux steampunks. Ainsi, pour le HeroFestival, qui se tient à Marseille les 7 et 8 novembre prochains, la Fédération aura peut-être même passé le cap, en devenant une association loi 1901.

Battle de thé, mode d’emploi

  1. Six biscuits identiques, petits-beurre ou spéculoos, sont arrangés sur la table pour former diverses figures. Une dizaine de figures existent (voir dans les règles).
  2. Deux tasses de thé de Ceylan (ou tout autre thé) pas trop chaud, pas trop froid, posées face à face.
  3. Les deux adversaires se préparent au « combat » en prenant un biscuit par le coin (ou oreille) entre le pouce et l’index.
  4. On positionne les biscuits au-dessus de la tasse et on attend le signal de départ.
  5. Quand vient le top, on plonge rapidement le biscuit dans le thé et on le ressort lorsque le juge nous le demande (entre 3 et 5 sec).
  6. Le dernier qui mange son biscuit, en faisant un « nom », à savoir en le dégustant en une seule fois, a gagné.
  7. On perd dans plusieurs cas : si le biscuit se casse et tombe dans la tasse (splash) ; si le biscuit casse et termine sa chute sur la table ou par terre (splat) ; si le biscuit casse et sa chute est arrêtée par le participant (splotch) ; quand les deux adversaires font un « nom », le dernier participant à le faire perd. Si aucun participant ne réussit à faire un « nom » après deux manches, sera déclaré vainqueur à la 3e et dernière manche, le dernier à effectuer un « splash », « splat » ou « splotch ».