Bob Morane par William Vance
Bob Morane par William Vance — W. VANCE & éd. Le Lombard 2015

CULTURE

Comment Bob Morane est devenu éternel

À l'occasion de la sortie de son «reboot» en BD, retour sur l'empreinte laissée par Bob Morane dans la pop culture…

Avec 234 romans écoulés à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde et 128 albums de bande dessinée tirés de ses aventures, l’aventurier Bob Morane siège désormais en bonne place au Panthéon des personnages « cultes » de la pop-culture. « Je suis conscient d’avoir créé un héros populaire, mais c’est arrivé malgré moi », sourit son créateur Henri Vernes, qui a accordé un entretien à 20 Minutes le jour de ses 97 ans. « Vous savez, on provoque parfois un raz-de-marée en jetant un caillou dans l’eau. Bref ; j’ai beaucoup travaillé sur ce personnage, mais sans jamais penser – ni même espérer – qu’il deviendrait à ce point célèbre ! ».

Déclinaisons multiples

Créé en 1953, l’aventurier « mi-justicier, mi-barbouze » a d’abord passionné plusieurs générations de lecteurs guettant fébrilement chacune de ses nouvelles apparitions romanesques au format poche. Parmi ceux-ci, le réalisateur Christophe Gans (Le pacte des loups, La belle et la bête) qui se souvient de ses premières lectures de romans, alors qu’il était encore enfant. « Je dévorais littéralement les romans parus chez Marabout Junior », confie-t-il à 20 Minutes. « Le premier que j’aie lu, c’était Opération Atlantide (1956) ». Puis vinrent les premiers albums de bande dessinée, dès 1960, un film en 1961 (dont les bobines originales ont brûlé dans un incendie) et une série tv en 1965. De quoi capter un très large public à l’époque.


« Le héros s’appelle… Bob Morane ! »

Mais les années passant, le succès - bien que remarquable - avait tendance à s’éroder… jusqu’à ce que le groupe Indochine, encore inconnu, se mette à cartonner dans les charts avec son (futur) tube « L’aventurier ». « J’ai vraiment été touché de découvrir cette chanson », confie Henri Vernes, « Car elle reprenait les titres de plusieurs de mes romans. Elle a fait beaucoup de bien au personnage en le remettant au goût du jour… et en relançant les ventes des livres et des albums de bande dessinée ». De fait, même les adolescents d’aujourd’hui connaissent le nom de Bob Morane. « Ça n’en fera pas forcément des lecteurs », reconnaît Henri Vernes, « mais à moi, ça fait plaisir ».

Un chevalier blanc

Christophe Gans a même failli tourner, en 2001, un nouveau long-métrage consacré à Bob Morane. « Après le succès du Pacte des loups, j’ai enfin eu la possibilité de réaliser un rêve de gosse. Mais des problèmes de production ont hélas tout fait capoter ». Regrettable, d’autant qu’en « fan inconditionnel », Gans aurait certainement rendu à Morane ses titres de noblesse. « Je voulais exprimer combien il représente une époque où l’aventure était essentiellement vécue d’une manière physique. Bob brave le danger sans autre moyen que son intelligence et ses aptitudes physiques. Alors aujourd’hui, il apparaît assez 'daté' à cause de ça, parce qu’on assiste à un regain d’intérêt pour le high-tech, le hardware etc. Mais je pense que le concept de chevalerie - car c’est un chevalier blanc, défenseur de la veuve et de l’orphelin - ne se démodera jamais. Et de ce point de vue, Bob Morane reste un héros moderne ».

Même les intellos

Si ce film avait pris forme, Bob Morane serait certainement redevenu le personnage populaire qu’il a été durant près de trois décennies. « Une de mes plus grandes fiertés », déclare Henri Vernes, « c’est que ce personnage, que j’ai souhaité très lisible, très universel, ait séduit des lecteurs de toutes extractions : parmi ses fans, j’ai compté une majorité de gens « simples », mais aussi des intellectuels ou de soi-disant « hauts personnages ». Par exemple le Prince de Ligne, aujourd’hui disparu, m’a un jour avoué qu’il était un inconditionnel de la série ! ». Christophe Gans, lui, n’a de cesse d’évoquer un héros sans lequel il ne serait pas « l’homme et l’artiste » qu’il est aujourd’hui.

Un désaveu

Le reboot initié par les éditions du Lombard saura-t-il re-populariser la « mythologie » Bob Morane ? Henri Vernes n’en est pas convaincu, qui n’a pas apprécié le premier volume de la série : « Je n’ai pas été consulté car j’avais vendu les droits de Bob Morane après la mort de mon épouse. En tout cas, j’ai trouvé le résultat médiocre. Les personnages ont trop changé : Bob Morane a l’air d’un voyou des barrières, Bill Ballantine devient une sorte de brutasse à barbe rousse, Miss Ylang Ylang et Sophia Paramount sont maintenant des jeunes filles si quelconques qu’on ne les regarderait même pas dans la rue etc. Bref, comme toujours, ce sera le public qui tranchera… ». Un public qui, jusqu’à présent, a toujours manifesté son amour pour un personnage qu’il considère désormais comme éternel. Après tout, n’est-ce pas là l’essentiel ?