Preview BD: Bob Morane s'offre une seconde jeunesse

BD Les éditions Le Lombard et 20 Minutes vous présentent les premières planches de la « renaissance » du héros créé en 1953 par Henri Vernes…

Olivier Mimran

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« Bob Morane - Renaissance » (montage)
« Bob Morane - Renaissance » (montage) — L. Brunschwig, A. Ducoudray, D. Armand & éd. Le Lombard 2015

Si Bob Morane est, à l’origine, le héros d’une série romanesque (en plus de 230 volumes), il a aussi brillé dans le 9e Art : 128 de ses aventures ont déjà été adaptées en bande dessinée et se sont vendues, au siècle dernier, à plus d’un million d’exemplaires ! Rien d’étonnant, donc, à ce que les éditions du Lombard aient récemment décidé de « rendre vie » à un personnage aussi populaire. La condition ? Moderniser une figure que certains considèrent désormais un peu « has been ». C’est ce à quoi se sont attelés le dessinateur Dimitri Armand et un duo de scénaristes composé de Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray. Ce dernier a raconté à 20 Minutes la difficulté d’un tel exercice. Retrouvez son témoignage à la suite de la preview ci-dessous. Bonne lecture !

Résumé : Nigeria, 2012. Le jeune lieutenant Morane fait partie d’un groupe de casques bleus en patrouille lorsqu’un enfant désemparé vient les supplier de l’aider. Son père est en train de se faire mutiler par un groupe d’insurgés. Mais les ordres sont clairs : interdiction d’intervenir ! Bob Morane ne peut s’y résoudre. Seul un géant écossais, le sergent Bill Ballantine, sort du rang à son tour. Les deux hommes ne se connaissent pas encore mais avancent côte à côte vers le danger. C’est le début d’une amitié indestructible, et d’une aventure qui changera la face du monde…

Une mise en place

Après Ric Hochet et Corto Maltese, c’est donc au tour de Bob Morane de faire son retour ! Et pour une renaissance, c’en est une ! Les fans les plus hardcore risquent d’ailleurs de grincer des dents, tant le nouveau Bob Morane n’a plus grand chose à voir avec son modèle « classique » : exit le baroudeur séducteur, bagarreur et hyper intègre et place à un Robert Morane plus fragile, ambigu, parfois maladroit… « C’est volontaire », précise Aurélien Ducoudray. « Soit on le posait tout de suite comme un héros, soit on montrait comment il devient un héros. C’est cette seconde option que nous avons choisie. Du coup, ce premier tome – comme celui qui suivra – est une sorte de mise en place générale ».

Ne vous attendez donc pas à une confrontation directe avec L’Ombre Jaune (qui n’apparaît qu’en fin d’album), pas plus qu’à un exotisme qui était un peu la marque de fabrique des albums de BD précédents. Ici, on découvre un jeune homme moderne confronté à des problèmes très actuels. « L’album est effectivement très axé sur la géopolitique et les nouvelles technologies », concède Aurélien Ducoudray. « Mais c’est parce que si on veut faire de ce personnage un aventurier à l’échelle du monde, il faut qu’il se pose les questions du monde d’aujourd’hui. »

D’un cycle à l’autre

De fait, l’Aventure avec un grand A ne débute vraiment que dans les dernières pages. « Ça aussi, c’est volontaire. On veut faire des cycles de deux albums avec une ouverture à la fin de chaque cycle qui nous permet d’enchaîner avec un suivant. Là, on réfléchit, Luc et moi, aux quatres premiers cycles, dont aux huit premiers albums de cette renaissance. Disons que tout ce dont on parle dans les deux premiers volumes aura des répercussions dans les six suivants ».


L’intention est respectable… n’empêche que le rythme général de ce premier volume est peu soutenu. « Les premières réactions sont pourtant globalement très positives », précise Aurélien Ducoudray. « Bien sûr, on s’attend forcément à ce que des fans soient déçus. C’est le jeu. Mais on n’avait pas envie de travailler en mode 'respect naphtaline', on voulait vraiment réinventer l’univers de Bob Morane. Luc et moi trouvions trop évident, trop facile de mettre en scène, dès les premières pages, un type droit dans ses bottes. Son cheminement interne, en revanche, est plus intéressant, et c’est ce à quoi s’attache ce premier album ».

Chacun se fera son opinion, probablement en fonction de sa connaissance (ou méconnaissance) du personnage. Henri Vernes, le créateur du personnage, a, par exemple, confié à 20 Minutes qu’il n’avait pas apprécié cette « renaissance ». « Je peux me mettre à sa place et comprendre sa réaction, c’est un personnage qui l’a porté durant toute sa vie », reconnaît Aurélien Ducoudray. « Après, nous, on nous a demandé un reboot, pas une reprise. Et on ne voulait surtout pas accoucher de quelque chose de tiède. J’espère qu’on n’offensera pas monsieur Vernes, mais pour la santé du personnage, on ne tiendra pas compte de son avis, même s’il est légitime ».

Bob Morane - Renaissance t1 « Les terres rares », de Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray & Dimitri Armand – éd. Le Lombard, 13,99 euros