«Les Chroniques de la science-fiction»: De «Frankenstein» à «Avatar», une Bible illustrée pour geek

SCIENCE-FICTION Un livre recense les mondes imaginaires déclinés sous forme de romans, films, séries, jeux vidéo...

Joel Metreau
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Transformers, Babylon 5 et Ghost in The Shell.
Transformers, Babylon 5 et Ghost in The Shell. — Sipa
Les geeks ont l’art de la compilation et des listes. Le cas du Britannique Guy Haley, ancien journaliste du magazine SFX, en témoigne. Entouré de collaborateurs, il a écrit Les chroniques de la science-fiction (éditions Muttpop, 35€), qui vient de sortir en France.
Epais, bourré d’illustrations, même doté d’un « mode de lecture », le livre déroule une histoire chronologique de la science-fiction. Deux défauts : Peu de bandes dessinées et un point de vue très « anglo-saxon-centré ». N’empêche, ont droit un à article Kurd Lasswitz, le Vader de la science-fiction allemande ou encore La Traversée du temps. Au sujet de ce dernier, l’auteur interviewé par 20 Minutes explique : « Cet univers a été décliné en roman, manga, série, film en prises de vues réelles… La science-fiction japonaise est très riche et profonde. »
 
Ces Chroniques recensent des œuvres, des femmes et des hommes comme le réalisateur culte Jack Arnold… A son actif, L’étrange créature du lac noir, Tarantula ou L’Homme qui rétrécit, « une métaphore sur la fin de la masculinité et une manifestation de la crainte de l’atome dans les années 1950, estime l’auteur Guy Haley. A partir des années 1990, ce sera la génétique, voyez Jurassic Park ». Son livre détaille aussi des « univers de la SF », certains devenus des franchises très lucratives : Star Wars, mais aussi Valérian et Laureline – que va adapter Luc Besson -, Judge Dredd, La Ligue des gentlemen extraordinaires… Guy Haley commente pour nous des univers que nous avons piochés dans son ouvrage.
 

Frankenstein : Un mythe moderne

Son univers va encore s’élargir avec la sortie prochaine de Viktor Frankenstein, avec Daniel Radcliffe et James McAvoy. Au cinéma, le monstre cousu créé par Mary Shelley en 1816 joue actuellement les seconds rôles dans Hôtel Transylvanie 2. Mais dans le roman original, « pas de tête plate, pas d’écrous plantés dans le cou », pointe Guy Haley. C’est le maquilleur Jack Pierce qui avait imaginé ce design pour l’acteur Boris Karloff dans le film de 1931. Un look devenu indémodable. « Frankenstein, ce n’est pas vraiment un univers cohérent comme Matrix ou Buck Rogers. C’est plutôt devenu un mythe moderne. L’histoire originale est une fable puissante sur les dangers pour l’homme de se prendre pour Dieu. C’est d’ailleurs un des thèmes de la science-fiction, celui de la mise en garde. »

 

Halo : L’apport du jeu vidéo

Mass Effect, Halo et Bioshock ont leurs articles consacrés… « Dans ce média récent qu’est le jeu vidéo, impossible de ne pas voir de multiples thèmes de science-fiction, observe Guy Haley. La saga Halo, devenue très populaire, est en partie inspirée par L’Anneau-Monde, roman écrit en 1970 par l’Américain Larry Niven. » Halo a en effet repris ces énormes structures circulaires, tournant autour d’étoiles ou de planètes. « Mais même si Halo déploie des récits épiques, il n’en reste pas moins que c’est un type qui court partout armé d’un flingue », nuance l’auteur. Reste à voir si Halo 5: Guardians, qui sort le 27 octobre, changera son impression.

Halo 5. - Microsoft

 

Babylon 5 : Kitsch et ambitieux

En cinq saisons et 110 épisodes, Babylon 5 va laissser une empreinte indélébile sur les téléspectateurs des années 1990, aussi bien par ses effets spéciaux que par les sujets abordés. « C’est une série télé un peu lente et maladroite, nuance Guy Haley. Mais elle s’est montrée ambitieuse, et a secoué le vieux modèle des séries, en proposant des arcs narratifs couvrant plusieurs saisons et pas des épisodes indépendants. »
Des vaisseaux dans Babylon 5. - REX FEATURES/SIPA

 

Batman : L’archétype du superhéros

Propriétaire de Batman, DC Comics a rebooté l’homme chauve-souris depuis 2011 dans les comics avec son opération « New 52 », qui consistait à recréer les univers de ses superhéros. Un rafraîchissement jugé indispensable face à la concurrence de Marvel. Les superhéros relèvent de la SF pour Guy Haley : « Batman n’est pas purement science-fictionnel, mais ses gadgets ou ses ennemis peuvent l’être oui ». Il suffit de regarder l’interprétation high-tech de cet univers par le réalisateur Christopher Nolan.
La batmobile dans le film Batman Begins. - SIPA

 

Le guide du voyageur galactique : Un humour absurde

En France, l’univers déjanté du britannique Douglas Adams s’appelait Guide du routard galactique dans sa première traduction, en 1982. Et puis Le Guide du Routard a commencé à regarder d’un oeil mauvais. « Je suis surpris que le Guide plaise au delà de la population anglaise, c’est un humour proche des Mython Python. » Les dauphins sont ainsi des extraterrestres qui, ayant vainement tenté de prévenir les humains d’un cataclysme, se barrent en chantant « Salut, et encore merci pour le poisson ». Mais dur de toucher à cet univers culte. L’annonce de la suite du sixième volume de la saga Guide du routard galactique par un auteur autre que Douglas Adams a suscité l’indignation. Finalement avant d’accepter de s’y coller, Eion Colfer, parlait du projet comme un « semi-outrage ».

 

Stargate : Un film, puis une série

Au départ un film de Roland Emmerich, Stargate, la porte des étoiles a essaimé dans plusieurs médias, notamment le petit écran. « Cette série télé n’avait pas vraiment de sens, avec tous ces nerds envoyés dans des missions militaires, rappelle Guy Haley. Mais c’était bien fabriqué et répondait à la demande d’évasion du public. Seulement Stargate SG-1 était tourné au Canada pour des raisons de budget. Et toutes les planètes extraterrestres ressemblaient au Canada ! »

 

La série Stargate SG-1. - INTERFOTO USA/SIPa

Transformers : Des jouets devenus phénomène

Des jouets devenus un phénomène planétaire. Hasbro a eu le même flair en lançant G.I. Joe. « Jai une relation bizarre avec les Transformers, raconte Haley. J’étais jeune ado quand je regardais la série d’animation. C’était un monde épique, très moral. Cela dit, des robots aliens qui se transforment en voitures, ce n’est pas très convaincant. Mais si on ferme les yeux sur ce point, on se laisse emporter par le bruit et la fureur. » Au cinéma, le réalisateur Michael Bay s’amuse avec les robots comme un enfant avec ses jouets. La boucle est bouclée.
Transformers : L’Âge de l’extinction. - Lilo/Sipa