«Astérix»: «Je me suis senti entrer dans le Panthéon de la caricature», confie Séguéla

INTERVIEW Le célèbre publicitaire prête ses traits au méchant du «Papyrus de César», le nouvel album d’Astérix qui sort ce jeudi…

Propos recueillis par Clio Weickert
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Le publicitaire français Jacques Séguéla
Le publicitaire français Jacques Séguéla — BALTEL/LAMACHERE AURELIE/SIPA

Un communicant au service d’un empereur. Ce jeudi, les fans de nos irréductibles Gaulois vont pouvoir découvrir leur 36e aventure dans un album intitulé Le Papyrus de César. Au côté du célèbre romain, qui s’apprête alors à publier sa Guerre des Gaules, les lecteurs découvriront Bonus Promoplus, son conseiller et éditeur. Créé par le duo Ferri-Conrad, le nouveau « méchant » d’Astérix a emprunté ses traits à Jacques Séguéla, le fameux « fils de pub » et fondateur de l’agence Euro RSCG (devenu Havas Advertising), que 20 Minutes a contacté par téléphone pour l’occasion.

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Quel effet ça fait d’avoir inspiré le nouveau méchant d’Astérix ?

J’ai été très honoré, je me suis tout à coup senti entrer dans le panthéon de la caricature ! Et quand on voit mes illustres prédécesseurs… Jean Marais, Lino Ventura, Jean Gabin… Bien entendu, je n’arrive pas à leur cheville, mais comment ne pas être honoré ! Et puis ce qui me touche le plus, c’est que la bande dessinée, c’est le nec plus ultra de la com. Si Mao disait qu’une image vaut mille mots, une caricature vaut mille images ! Et puis, c’est de la publicité puisque la bande dessinée parle en onomatopées, en slogans, en formules.

Et ça ne vous dérange pas d’être le méchant ?

Pas du tout et c’est normal de jouer le jeu. Moi je suis le méchant de l’histoire, celui qui est de toutes les saloperies, de toutes les crasses… Mais surtout, je dis chapeau aux communicants [de l’album], ils sont vraiment meilleurs que moi. Car au lieu de venir me trouver pour faire une campagne mondiale, ils m’ont pris pour faire leur pub gratuitement. Je suis l’arroseur arrosé, et je suis ravi de l’être !

C’est donc important selon vous de savoir se moquer de soi-même ?

Bien sûr. Quand on est, hélas, une grande gueule comme moi, c’est la moindre des choses de ne pas se prendre au sérieux.

Le personnage de Bonus Promoplus porte vos traits mais aussi les caractères d’Henri Guaino et Patrick Buisson comme l’avaient confié les deux auteurs au Huffington Post. Que pensez-vous de cette association ?

J’aurais préféré d’autres modèles (rires) ! Il y en a un que j’exècre, et l’autre que j’aime bien, mais je ne me reconnais pas tellement en lui…

C’est-à-dire ?

Je pense que Buisson aurait mieux fait de ne jamais exister, Sarkozy aurait peut-être été réélu. Et je pense que Guaino est un homme d’un énorme talent et avec beaucoup d’intelligence mais je le trouve impénétrable, même si je suis très admiratif. C’est mon contraire. L’un est la réflexion, la rigueur imaginative, il est posé et calme… L’autre est de l’extrême droite et moi, personne ne veut le croire, mais j’ai le cœur à gauche et le portefeuille à droite. Comment puis-je me retrouver dans ce personnage ! Mais c’est le jeu de la caricature. Et caricature, ça veut dire charger les gens, ce n’est pas fait pour les montrer au meilleur d’eux-mêmes, mais au pire !

Est-ce la consécration de devenir un personnage de BD ?

N’exagérons rien. Je ne pense pas que je mérite la moindre consécration. Mais c’est formidablement sympathique car ce n’est pas moi qui suis choisi, c’est la pub.

Justement, pensez-vous que Jules César, personnage central de ce 36e tome, était un bon communicant et sa « Guerre des Gaules » un sacré coup de com ?

Tous les dictateurs sont des communicants parce qu’ils arrivent par la force de séduction et par leur qualité de tribun. Ce sont des communicants qui feraient mieux de faire de la pub plutôt que de la politique ! Mais sans la Guerre des Gaules, que serait César ? Et pour les Gaulois, c’est parce qu’ils ont résisté que César est César.

Enfin, pensez-vous que si à 50 ans, on n’a pas son menhir, on a raté sa vie ?

Un menhir au poignet, c’est quand même un tour de force, et il n’y a que Schwarzenegger qui pourrait le faire !