«Dragon Quest» et «One Piece» cuisinés à la sauce «muso» pour le jeu vidéo

JEU VIDEO Typiquement japonais, les jeux d'action «à la Dynasty Warriors», ou « muso » en VO, séduisent de plus en plus de joueurs occidentaux. Mais de quoi s'agit-il?

Joel Metreau
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Les personnages de One Piece : Pirates Warriors 3.
Les personnages de One Piece : Pirates Warriors 3. — Namco Bandai

On le dit en voie d’essoufflement. Pourtant, depuis la rentrée pas moins de trois jeux vidéo de ce type sont sortis. Ses détracteurs le qualifient de bourrin et de répétitif tandis que ses aficionados mettent en avant son aspect stratégique. Au Japon, on les appelle « muso » ou « musou », en Occident, on les qualifie de titres « à la Dynasty Warriors », du nom du jeu qui a fondé le genre. « Le premier Dynasty Warriors sur PlayStation était un jeu de baston à la Tekken, raconte Johann Wippler, rédacteur pour le site spécialisé Dynasty-Samurai Warriors, entièrement consacré au genre. Puis, en 2000, avec la PlayStation 2, démarre véritable la saga des Shin Sangoku Musou sous le nom de Dynasty Warriors 2 en Occident ». Le point commun de ces beat them all, ils sont édités par le japonais Koei et la plupart du temps développé par son studio Omega Force.

Des hordes d’adversaires sur un champ de bataille

Principe commun aux Dynasty Warriors : le joueur contrôle plusieurs personnages pour livrer une sucession de batailles dans des zones limitées, avec embranchements, carrefours et points de sièges ou goulots d’étranglement. Seulement, il ne va pas affronter une poignée d’adversaires, mais une masse d’ennemis. Pour se faire une idée, sur un seul niveau, on peut réaliser jusqu’à 9.999 K.O. ! Ce qui donne parfois le sentiment d’une confusion à l’écran, mais offre aussi le plaisir jouissif d’envoyer valser des hordes de combattants dans les airs. N’empêche, il existe aussi un intérêt stratégique. « On peut taper en répétition pendant plusieurs minutes. Mais il faut aussi être réactif, être prêt à aller à l’autre bout de la carte pour contrer un assaut », pointe Grégoire Hellot, directeur de collection des éditions Kurokawa et spécialiste de la pop culture japonaise.

« Une approche mécanique du jeu »

« Les Japonais ont une approche mécanique du jeu, estime Grégoire Hellot. Ça ne va pas forcément déranger les gamers de tourner en rond pendant des heures pour saisir la chance d’obtenir un objet très rare. » Si un muso peut se terminer plus ou moins rapidement, les plus assidus vont essayer d’exploiter son léger aspect jeu de rôles qui consiste à débloquer tous les personnages, à les faire tous monter à leur niveau maximum et à personnaliser le plus possible leurs armes.

 

Samurai Warriors 4-II. - KOEI

 

« Il ne s’agit pas seulement de foncer dans le tas, renchérit Johann Wippler du site Dynasty-Samurai Warriors. Quand on regarde en profondeur le jeu, on s’aperçoit aussi qu’il y a toute une histoire avec des personnages qui ont réellement existé. » Les Dynasty Warriors prennent pour cadre la période dite des « Trois Royaumes » en Chine, qui dure de 220 après la chute de la dynastie Han pour se terminer en 280 avec la réunification du pays par la dynastie des Jin occidentaux. Une autre licence réalisée par Omega Force, Samurai Warriors, s’appuie sur les guerres que se livraient les Daimyō, de puissants gouverneurs durant le Japon féodal. Le dernier opus Samurai Warriors 4-II (sur PC, PS3, PS4 et PS Vita) est sorti en début de mois.

One Piece : Pirates Warriors 3. - Namco Bandai

Les cross-overs pour attirer un nouveau public

Un moyen d’attirer de nouveaux venus pour Koei, c’est de mettre les filets sur une grosse licence, afin de réaliser avec elle un cross-over avec le « muso ». Depuis 2012, le studio Omega Force s’est associé à One Piece, la plus grosse vente actuelle de mangas en France comme au Japon. Les pirates loufoques créés par Eiichirō Oda viennent de faire l’objet d’une troisième adaptation avec One Piece : Pirate Warriors 3 (sur PC, PS3, PS4 et PSVita), qui reprend l’histoire de la saga depuis le début, en proposant un large casting de personnages. L’an dernier, c’est une autre saga célèbre de Nintendo, la Légende de Zelda, qui était passée au traitement muso avec Hyrule Warriors, sur la Wii U.

Dragon Quest Heroes. - Square Enix

 

Vendredi dernier, c’est au tour de Dragon Quest licence fameuse du jeu de rôles japonais d’être révisée par Omega Force. Dragon Quest Heroes : Le crépuscule de l’arbre du monde reprend les personnages d’Akira Toriyama (le créateur de Dragon Ball) pour une aventure délicieuse, pleine d’humour et d’action, avec une animation parfaitement exécutée. Le prochain cross-over verra The Heroic Legend of Arslân, de la mangaka Hiromu Arakawa (en cours chez Kurokawa), auteure de Full Metal Alchemist. L’histoire se prête bien : un prince qui enchaîne les batailles afin de reconquérir son trône. Arslân : The Warriors of Legend, déjà en vente au Japon, débarquera en France l’année prochaine.

Et ce phénomène du cross-over pourrait bien continuer. Début octobre, le producteur Hisashi Koinuma, figure historique de l’éditeur Koei, avait confié au magazine Dengeki PlayStation qu’il rêvait de créer un muso avec les personnages de Star Wars. Ne reste plus qu’à convaincre Disney. Et ça, ce n’est pas gagné.