Les licornes inspirent encore les créateurs

BD Le musée de Cluny a invité de jeunes auteurs de bande dessinée à imaginer des récits autour de « La Dame à la licorne »…

Benjamin Chapon

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Dessin d'Adèle Verlinden pour l'ouvrage BD collectif La Dame à la licorne
Dessin d'Adèle Verlinden pour l'ouvrage BD collectif La Dame à la licorne — Adèle Verlinden. © Futuropolis / musée de Cluny 2015

Les licornes existent, plus que jamais. Les jouets à leur effigie seront, selon une récente étude, l’un des musts have de Noël 2015. Elles sont utilisées dans une vidéo virale pour vanter les mérites d’un marchepied aidant à bien déféquer. Elles désignent également les start-up dont la valorisation dépasse le milliard de dollars. Elles sont omniprésentes sur les réseaux sociaux, qu’il s’agisse d’évoquer l’enthousiasme, la naïveté, les trips sous influence ou une extrême fatigue émotionnelle.

Le musée de Cluny, qui dispose dans ses collections du chef-d’œuvre La Dame à la licorne a demandé, avec le soutien des éditions Futuropolis, à seize étudiants de l’école Estienne d’imaginer de courts récits dessinés autour du thème de la licorne. L'exposition de leurs oeuvres et dessins préparatoires est ouverte jusqu'au 29 février 2016. « C’est un cliché girly, c’est vrai, admet Adèle Verlinden, l’une des participantes. Les licornes arc-en-ciel, c’est très drôle mais pas très inspirant quand il s’agit d’écrire une bande dessinée. » La jeune auteure et ses camarades se sont donc « recalibrés sur l’imaginaire médiéval qui est tout de même plus intéressant. »

Licorne en poudre

Michel Pastoureau, historien spécialiste du Moyen-Âge, estime que la symbolique de la licorne est encore très présente dans la société contemporaine : « On a cru très tard à l’existence de la licorne, alors même que la médecine ou les sciences naturelles avaient fait des grands progrès. Il y a, aujourd’hui encore, des pharmacies qui s’appellent « A la licorne » en référence aux vertus médicinales que l’on prêtait à la poudre de corne de licorne. » Pour Michel Pastoureau, il n’est pas étonnant que la licorne fascine encore, « elle endosse plusieurs symboles liés à la pureté, la naïveté, tout ce qui disparaît, s’évanouit quand on le cherche sans en être digne. »

Louise Smith, autre auteure ayant participé à l’ouvrage, confesse qu’elle « ne s’intéressait pas particulièrement au médiéval » mais à ressenti un choc à la découverte du musée de Cluny. « L’expérience était assez forte et la nouvelle présentation de La Dame à la licorne est vraiment puissante. » Avant cela, elle voyait les licornes, « comme un truc un peu kitsch et enfantin ». Son récit s’appuie sur ce « choc visuel même sans bagage culturel » que procure La Dame à la licorne. Son récit rejoint ainsi la symbolique de la « chasse fortuite » qu’évoque Michel Pastoureau, « la licorne, c’est l’animal qu’on découvre quand on s’y attend le moins. »

La licorne comme moyen de transport

Adèle Verlinden s’est beaucoup documentée sur l’esthétique médiévale occidentale avant de « s’affranchir de tout ça. J’ai découvert des enluminures persanes et je me suis inspiré du mythe de la jument Bouraq qui a conduit Mahomet au ciel. » Là encore, la jeune créatrice a rendu hommage à la symbolique médiévale de la licorne selon laquelle « cet animal biblique était un passeur entre les mondes, explique Michel Pastoureau. Non seulement d’un point de vue mystique mais aussi géographique. Le commerce des prétendues cornes de licornes favorisait des échanges culturels inédits et intenses avec la zone Arctique, où vivaient les Narvals. »

Tout comme les internautes revivifient, sans le savoir, la symbolique de la licorne quand ils l’associent au WTF, cette « étrangeté familière » selon Michel Pastoureau, les seize étudiants de l’école Estienne ayant participé à l’ouvrage collectif donnent leurs interprétations d’un chef-d’œuvre dont les plus grands médiévistes n’ont jamais pu réellement percer les mystères.