Oscars: Pourquoi «Mustang» est «suffisamment français» pour représenter la France

CINÉMA « Le Dernier loup » a été mis hors course pour la Chine, mais la France ne connaîtra pas la même mésaventure…

Fabien Randanne

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Image extraite du film «Mustang», réalisé par Denise Gamze Ergüven.
Image extraite du film «Mustang», réalisé par Denise Gamze Ergüven. — Weltkino

Le Dernier loup n’est « pas assez chinois » pour représenter la Chine à l’Oscar du meilleur film non-anglophone. Ainsi en a décidé le comité de sélection américain qui a mis la fresque historique de Jean-Jacques Annaud sur la touche. A cette annonce, 20 Minutes s’est demandé si Mustang, qui a été choisi pour porter les couleurs de la France dans la course à la statuette, pourrait être recalé à son tour.

Le premier long-métrage de Deniz Gamze Ergüven, tourné en Turquie, dans la langue locale, est un récit d’émancipation ancré dans la réalité turque. De quoi être jugé « insuffisamment français » ? Tuons le suspense : « La liste définitive des films qui concourent pour l’Oscar du meilleur film non anglophone a été éditée par l’Académie des oscars et Mustang en fait partie. Il n’y a donc aucun risque », rassure immédiatement CG Cinéma, société qui a coproduit le film. Alors, pourquoi l’un est recalé et l’autre pas ?

Tout sauf de l’anglais

Les dialogues du Dernier loup ont beau être intégralement en mandarin (à l’exception de quelques-uns en mongol), cela ne suffit pas pour représenter la Chine. Dans Mustang, les répliques s’échangent en turc, mais cela n’est pas rédhibitoire pour en faire le candidat de la France. Et pour cause : l’Académie des Oscars n’impose pas que le film sélectionné soit tourné dans l’une des langues nationales du pays en question. Il faut simplement que l’œuvre ne soit pas en anglais. Le trophée est improprement appelé « Oscar du meilleur film étranger » or, l’intitulé de la catégorie, « Best foreign language movie », est clair : il faut parler de meilleur film en langue étrangère.

Dheepan, le dernier long-métrage de Jacques Audiard, majoritairement en tamoul, était d’ailleurs l’un des candidats pressentis pour la France cette année. Et, comme le souligne la journaliste Anne Thompson sur son blog, l’Irlande a choisi de concourir avec le film Viva !, tourné en espagnol, à Cuba, sous la direction de Paddy Breathnach. Le Royaume-Uni et Israël, seront quant à eux respectivement représentés par un film en gallois et en farsi.

Productions sans frontières

L’origine de la production n’est pas non plus décisive. Si Le Dernier loup a été financé à hauteur de 80 % par la Chine, Mustang est une coproduction franco-germano-turque. Lors de la dernière cérémonie des Oscars, Timbuktu d’Abderrahmane Sissako concourait sous la bannière mauritanienne. Pourtant, quelques jours plus tôt, le long-métrage a reçu sept Césars (dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur) où il était considéré comme un film français car il était à capitaux exclusivement français. La France aurait donc tout aussi bien pu le préférer à Saint Laurent pour le représenter lors de la cérémonie hollywoodienne. Il en allait de même avec Amour de Michael Hanneke, qui, en 2013, a triomphé aux Césars mais a remporté l’Oscar à Los Angeles… pour l’Autriche.

Tout se joue aux postes clés

« Le comité américain de sélection regarde surtout le contrôle artistique du pays, explique-t-on, du côté du Centre national de la cinématographie (CNC). Dans le cas de Mustang, la réalisatrice est franco-turque et réside en France. Sa coscénariste [Alice Winocour] est française et, aux postes techniques, il y a beaucoup de Français. » En revanche, en ce qui concerne Le Dernier loup, les Américains ont jugé que les postes clés ne comptaient pas suffisamment de Chinois. L’un des scénaristes est Ecossais. L’autre scénariste, ainsi que le réalisateur – Jean-Jacques Annaud, également coproducteur – et le directeur de la photographie sont Français…

« Ils me font rigoler, ils me parlent d’une large équipe française, on était sept ! Et il y avait 600 Chinois sur mon plateau, sans parler des acteurs, et ensuite 2.000 personnes en postproduction, toutes en Chine ! », s’indigne Jean-Jacques Annaud. Avant d’enfoncer le clou : « Merci au comité de sélection de laisser entendre que nos acteurs n’ont pas d’importance créative ! Je suis sur le cul ! » Pour le réalisateur de L’Ours, les règles des Oscars sont définitivement du chinois.