Kaaris: «Je ne vais pas rapper jusque 40 ans, c'est sûr»

MUSIQUE A l’occasion de la sortie de sa mixtape « Double Fuck », ce vendredi, le rappeur de 35 ans a rencontré « 20 Minutes »…

Propos recueillis par Joel Metreau

— 

Le rappeur Kaaris.
Le rappeur Kaaris. — Fifou

A l’occasion de la sortie de sa mixtape Double Fuck, ce vendredi, et de son concert au Zenith de Paris, le 9 novembre, le rappeur français de 35 ans a rencontré 20 MinutesKaaris revient sur son enfance, son parcours, sa foi et ses attaches africaines…

Bonjour Kaaris, quand t’étais gamin, ton entourage écoutait quoi comme musique ?

Ma mère écoutait des chanteurs ivoiriens, Gadji Celi et Luckson Padaud, François Lougah, mais aussi ce mec du Nord qui est mort, Pierre Bachelet. Starmania, elle aimait beaucoup, Daniel Balavoine… Et puis Michel Berger, c’était quelque chose, même moi je kiffe.

Comment tu décrirais ton enfance ?

Joyeuse, même si on n’avait pas grand-chose. On habitait à Duroc, à Paris, dans une chambre de bonne, on était huit. J’ai de vagues souvenirs, je prenais ma douche dans la rue, à l’arrière d’un restaurant. Il y avait un robinet, on mettait l’eau dans un seau et je me lavais là. Je me souviens aussi qu’il y avait un vieux monsieur qui habitait dans un appart plus grand, en haut. Un jour il est parti, peut-être à l’hôpital, son appart n’était pas fermé, nous, on a pensé qu’on pouvait vivre dedans, on était tout content. On a commencé à préparer nos affaires et le vieux monsieur, il est revenu. On était dégoûté. On ne voulait pas voler ou frauder, on aspirait juste à un truc plus grand.

Joyeuse malgré la pauvreté ?

Il y avait plein de cafards partout dans la cuisine, mais on était joyeux, on mangeait tous dans le même plat à cinq ou six, j’ai un souvenir que ma mère avait cuisiné un plat de riz en sauce. Une de mes sœurs aimait trop le sel, le couvercle s’est retiré, tout s’est versé dedans. Vu qu’on n’avait pas beaucoup de moyens, ma mère quand elle est rentrée, elle était énervée, elle nous a dit : « Vous allez le manger » et on a l’a fait.

A partir de quel moment, tu t’es dit « Je veux devenir artiste » ?

Je l’ai toujours été dans l’âme. J’ai l’impression que je suis la personne dont on se rappelle le plus à l’école. Peut-être parce que j’étais le boute-en-train et que j’avais toujours le mot pour faire rire. Bon, je n’étais pas un très bon élève, j’allais souvent chez le CPE. A partir de 15 ans, j’ai essayé de faire de la danse, j’ai essayé de faire de la coupole, je regardais les clips de NTM. Vers 17-18 ans, j’étais un jour à Châtelet, j’ai vu des jeunes qui faisaient une ronde, c’était des freestyles, ils rappaient. Je suis rentré dedans et j’ai commencé à faire un freestyle. A l’époque, c’était des improvisations. Je n’étais pas trop mauvais. Je revenais souvent. Un gars est venu me voir en me disant qu’il connaissait quelqu’un qui faisait une compil, il s’appelle Niroshima, il était dans 2 Bal 2 Neg. Il me l’a présenté, on s’est bien entendu et j’ai posé mon premier morceau en 2000.

Gamin, tu n’avais pas un métier en tête ?

Je n’y ai jamais pensé. Je suis croyant, je crois en Dieu. Bien sûr, si tu te donnes les moyens de faire quelque chose, tu vas y arriver. Pour quelqu’un qui est athée ou ne croit pas, se dire que tout est écrit et prédéfini, c’est quand même triste. Mais moi, je pense que oui, tu deviens ce qui est écrit.

Croyant ? De quelle confession ?

Musulman. Après je ne mélange pas la religion avec ce que je fais, car c’est paradoxal. Je fais du rap hardcore. Les gens vont se dire : « Ah bah voilà ce que sont les musulmans ». Mais je pense que l’artistique n’a rien à voir avec la foi personnelle. J’aspire à être meilleur.

Les gens peuvent faire la part des choses entre le personnage que tu interprètes et…

Oui mais on est en France, et il y a beaucoup de tensions dans ce pays.

La foi, tu l’as ressentie tôt ?

Je suis né dans une famille chrétienne, ma mère est très croyante, elle va à l’église tous les jours. Quand je suis arrivé à Taverny, mes voisins c’était des camerounais musulmans, ce qui est rare. Et ils avaient fait de leur salon une mosquée. Les gens venaient y prier. J’avais 6 ans, j’allais tout le temps là-bas, je faisais la prière avec mon frère. Ma mère, ça ne l’a jamais dérangé, que je sois chrétien ou musulman, surtout qu’on est des bons garçons, enfin on essaie.

Ton Zenith, le 9 novembre, on peut en attendre quoi ?

Kaaris sur scène, c’est une explosion, faut s’attendre à beaucoup d’énergie, beaucoup de morceaux, beaucoup d’intervenants, du show. Un truc lourd. Beaucoup d’artistes se sont cassé les dents sur le Zenith, c’est une salle un peu grande, des fois on a les yeux plus grands que le ventre. Ça représente un bon challenge, mais ce n’est pas une fin en soi.

Ta mixtape Double Fuck sort à peine un an après ton album. Pourquoi ?

J’essaie de rattraper le temps. Je suis arrivé tard dans cette musique. Si je faisais de la variet, à 30 ans, ce n’est pas grave, mais dans le rap, c’est un peu tard. Il y a des plateformes d’écoute musicale où 100 sons sortent par jour, tu peux très vite te faire oublier. Et puis j’ai 35 ans, je ne vais pas rapper jusque 40 ans, c’est sûr.

Et après ?

Je vais vivre comme tout le monde, frère.

Toi qui es né en Côte d’Ivoire, c’était comment le concert que tu as donné le 14 mai dernier à Abidjan ?

C’était dans le palais de la Culture, à côté de la lagune, c’était bien. J’étais arrivé une semaine avant pour faire des radios et des télés. C’était rempli, il y avait 5.000 personnes. Le public était réceptif.

Tu t’es rendu dans ton quartier natal de Cocody ?

Je vais un peu partout, mais surtout à Yopougon, un quartier populaire, où j’ai une maison.

A Yopougon, tu as traîné dans les maquis ?

Non, je ne suis pas quelqu’un qui sort trop. A une période je sortais beaucoup, mais maintenant que j’ai beaucoup de concerts et de shows le week-end en boîte de nuit, alors ça me suffit. Je ne suis pas un fêtard, ce genre de personne qui sort du show, qui enchaine sur une boîte et qui s’amuse jusqu’à plus d’heure. Je me fais vieux, peut-être.

Tu es déjà allé à Yamoussoukro ?

Oui, à la Basilique, il y a très longtemps avec ma mère. C’est grandiose. Yamoussoukro, la capitale, est pleine de belles rues, mais pas beaucoup d’habitants.

Tu considères avoir des attaches fortes avec la Côte d’Ivoire ?

Oui, je connais beaucoup de gens. Bon, ça va faire un peu prétentieux, mais quand je marche là-bas beaucoup de gens me reconnaissent un peu dans la rue. Donc me promener comme avant, ce n’est pas évident.

Où d’autres es-tu allé en Afrique ? 

Les seules fois où je suis allé c’était pour les concerts, le Sénégal, Congo, Kinshasa et Brazza, et le Maroc. Kinshasa, c’était cette année et de la folie, les gens sont chauds, ils veulent faire la fête. Brazza c’est plus calme, on a fait le stade Félix-Eboue. J’en garde un souvenir magnifique. A un moment, j’ai fait une erreur, on en fait parfois, je me suis jeté dans le public, ils ont cassé les barrières de sécurité et j’ai vu ma vie défiler.

Mais pourquoi t’as fait ça ?

A la fin, j’étais dans le truc, je suis descendu, je voulais serrer des mains. Les gens étaient surexcités, ils ont cassé les barrières, il a fallu que les militaires calment un peu la foule. Beaucoup de monde venait sur moi et c’était chaud.

Un autre pays dans lequel tu aimerais te rendre ?

Dans tous ! Au Gabon, au Cameroun, au Mali, partout ! Les pays francophones en tout cas.

Tu as un rôle au cinéma, dans le prochain film de Julien Leclercq, Braqueurs. Mais ce n’est pas ton premier film.

Le premier avec Thomas Ngijol, c’était une apparition, il était fan d’un rappeur et j’étais là. Mais là, j’ai un véritable rôle.

Le milieu du cinéma, tu en penses quoi ?

Dans le cinéma, quand tu vois un acteur que tu ne connais pas, il te fait la bise, il te parle comme s’il t’avait connu depuis tout petit. Dans le rap, ce n’est pas ça, c’est froid, les mecs sont toujours sur leurs gardes, même moi. La dernière fois, j’ai rencontré Tahar Rahim, j’y ai cru, quand je suis rentré chez moi, je me suis dit « Ouais c’est mon pote ! » Très gentil d’ailleurs.

Y a-t-il des films qui ont une importance particulière pour toi ?

Si je devais en choisir deux aux antipodes, ce serait Equalizer avec Denzel Washington, et puis In the Mood For Love. Bon, mais je ne vais plus au cinéma. C’est les jeunes qui vont au cinéma, ils savent que je suis dans la salle, tu ne peux pas apprécier le film, pendant le film ils te demandent des photos, il n’y a plus de limites : « Hé ! on fait des selfies ! »

Le cinéma, ok, et le doublage jeu vidéo, ça te dirait ?

Ah là, je suis en train de terminer un de mes jeux préférés, Metal Gear Solid. Mais je n’ai pas le temps de jouer tous les jours. Mon jeu préféré c’est Street Fighter, je suis le meilleur joueur au monde. Mouloud Achour, il est venu, je lui ai mis des perfect ! Je ne suis pas bon aux jeux de foot, de toute façon je ne suis pas bon au football, même si j’ai joué à l’AS Sevran en minimes.

Tu lis ?

J’ai lu des livres, mais je ne vais pas les citer, ce n’est pas des livres de référence. Si tu cites juste Paulo Coelho, tu n’es pas quelqu’un qui a lu. Dostoïevski, j’ai commencé, j’ai essayé de lire un des livres de ce mec-là, mais au bout de la troisième page, je ne savais plus qui était qui. Donc, j’ai lâché l’affaire. Je sais que je passe pour un con en disant ça, pourtant je m’intéresse à beaucoup de choses, je regarde la télé, je regarde des films à l’ancienne en noir et blanc, des westerns, des Clint Eastwood.

Et le manga ?

En anime, oui, One Piece. Et des Naruto à l’époque.