« Le Crime du comte Neville » : Amélie Nothomb bon chic, bons genres

RENTREE LITTERAIRE Est-ce un thriller, un conte de fées, un drame romantique, un roman fantastique ?…. Dans « Le Crime du comte Neville », Amélie Nothomb emprunte à tous les genres…

Stéphane Leblanc

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Amélie Nothomb au Salon du livre en mars 2015 à Paris.
Amélie Nothomb au Salon du livre en mars 2015 à Paris. — EREZ LICHTFELD/SIPA

Amélie Nothomb signe des romans courts et c’est aussi pour ça qu’on l’apprécie, Car avec sa plume alerte, elle a bien du talent pour ménager ses effets en deux temps et déployer son intrigue en tout juste trois mouvements. Cette fois, elle joue avec les différents genres de la littérature.

Le conte de fée

Le comte Neville est noble et possède un château, ce qui est idéal pour un héros de conte de fées. Sérieuse, sa dernière fille, fait une fugue nocturne et se retrouve à dormir dans la forêt humide et froide des Ardennes belges. Un peu comme Blanche Neige…

Le thriller

Comme l’indique le titre du livre, l’intrigue tourne autour d’un crime annoncé au début du livre : le comte Neville va assassiner un de ses invités lors de sa prochaine réception. Et cette prédiction vire à l’obsession : vaut-il mieux préméditer ce crime et choisir l’invité à abattre ou laisser le sort s’en charger ?, se demande sans relâche le vieux comte.

Le fantastique

Tout est fait pour qu’on ne croit pas à cette histoire. Par quel hasard la voyante est-elle tombée sur Sérieuse, en pleine nuit dans la forêt ? D’où vient sa prédiction et pourquoi le comte Neville y croit-il dur comme fer ? Et puis sérieusement, quelle idée de prénommer sa fille Sérieuse !

La tragédie

Les deux aînés du Comte Neville s’appellent Oreste et Electre. La petite dernière s’appelle Sérieuse. Encore adolescente, elle est sans doute la plus tragique des trois puisqu’elle se propose à son père, en guise de solution, un remake du crime d’Agamemnon envers sa fille Iphigénie, pas moins !

Le drame romantique

Sérieuse est décrite comme une jeune fille « morne, timorée, solitaire, dépourvue d’élan vital ». Son infinie mélancolie rappelle celle des héroïnes romantiques, jeunes filles en fleur qui se laissaient consumer pour un rien au XIXe siècle…

Le drame tchékhovien

En sous-texte, c’est de la fin d’une époque dont il s’agit. Une certaine noblesse qui s’éteint. C’est La Cerisaie de Tchekhov, avec cette histoire de propriété à vendre pour sauver ce qui peut encore être sauvé, à commencer par sa réputation. Tout cela dans un style concis, habile et non dénué d’humour, qui rappelle l’auteur russe.