Harper Lee, le retour d’un mythe américain

ROMAN L’auteure du livre préféré des Américains a sorti un deuxième roman qui bat des records de vente…

Benjamin Chapon

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A Monroeville, Alabama, une statue représente les enfants héros du roman d'Harper Lee, Ne tirez pas sur l'oiseua moqueur
A Monroeville, Alabama, une statue représente les enfants héros du roman d'Harper Lee, Ne tirez pas sur l'oiseua moqueur — Andrea Mabry/AP/SIPA

L’histoire du roman actuellement, et depuis trois mois, en tête des ventes aux Etats-Unis est édifiante. Va et poste une sentinelle est le second roman d’Harper Lee, auteure mythique aujourd’hui âgée de 89 ans. En 1960 paraissait Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, prix Pulitzer 1961 et élu par les Américains « roman qui a le plus changé votre vie » (juste derrière la Bible). Le livre suivait l’histoire d’Atticus Finch, vue par les yeux de sa fille, avocat ayant choisi de défendre un noir accusé du viol d’une jeune fille blanche dans une petite ville d’Alabama dans les années 1930. Le roman a ému des générations de lecteurs par sa poésie, sa force et les valeurs d’humanisme qu’il véhicule.

Dans Va et poste une sentinelle, la fille d’Atticus Finch a grandi, elle a désormais 26 ans et revient voir son vieux père. L’homme a bien changé et est devenu un raciste obtus. A moins qu’il ne l’ait toujours été. S’il a choqué ou déçu de nombreux critiques, le livre ne s’en est pas moins arraché et sort aujourd’hui en France. L’histoire d’Harper Lee et ses romans semblent concentrés tous les mythes créatifs américains.

Tuez le père

Ça ne vous rappelle rien ? Comme dans Star Wars, le duo de roman d’Harper Lee est une saga familiale avec des enfants unis pour sauver un père défaillant autrefois révéré. Et le tempo de sortie des œuvres également. Tout comme George Lucas prétendait avoir imaginé sa prélogie en même temps que la trilogie sortie entre 1977 et 1983, Harper Lee aurait écrit Va et poste une sentinelle (qui se déroule dans les années 1950) avant Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (qui se déroule dans les années 1930).

Le héros déchu

Tous les grands héros américains connaissent un jour un injuste opprobre, même les super-justiciers Batman ou Superman. Qu’Atticus Finch soit passé, entre les deux romans, de héros de la lutte pour les droits civiques à réactionnaire pathétique dépassé par son époque, a surpris et choqué mais est finalement un procédé narratif assez commun.

L’auteur reclus

Harper Lee ne donne pas d’interview, n’apparaît jamais en public et semble même vivre recluse. La liste des auteurs américains refusant l’exposition publique est longue et a suscité de nombreuses études sur la figure de l’écrivain aux Etats-Unis. On peut citer J.D. Salinger, Thomas Pynchon ou encore Bill Watterson mais aucun d’entre eux n’a le statut de légende vivante dont bénéficie Harper Lee.

Le mythe du manuscrit perdu

Si on en croit les éditions Harper Collins, le manuscrit de Va et poste une sentinelle a été redécouvert de manière fortuite avant que l’auteure n’accepte de le remanier. La mythologie du manuscrit spectaculairement réapparue parsème l’histoire de l’édition. On a ainsi retrouvé Paris au XXe siècle de Jules Verne, Le premier homme d’Albert Camus…

Un complot derrière la saga éditoriale

La sortie mondiale de Va et poste une sentinelle, dans 70 pays, avec un premier tirage à plus de deux millions d’exemplaires, a tout du gros coup éditorial fomenté par des stratèges sans scrupule. De nombreux amoureux de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur n’ont pu s’empêcher de remarquer que l’annonce de la sortie d’une suite est intervenue quelques mois après la mort d’Alice Lee, sœur de l’auteure qui veillait à ses intérêts depuis cinquante ans. Au fil des mois, l’avocate d’Harper a plusieurs fois varié dans son récit de la redécouverte du roman oublié. Cette confusion a entretenu les procès en manipulation, par Harper Collins d’une dame âgée.

Même ce dernier point, pourtant peu glorieux, entretient la légende de Va et poste une sentinelle dans un pays où les grandes aventures éditoriales et commerciales sont au moins aussi dignes d’intérêt que les aléas créatifs. Le magazine Forbes notait que sur 78 % des milliers d’articles écrit sur le sujet dans les médias américains concernés le travail de l’éditeur pour faire sortir le roman plutôt que le roman lui-même.