Trafic de drogue: «Breaking Bad», «Sicario»... La fiction est-elle proche de la réalité?

TEMOIGNAGE Dans « Infiltré, au cœur du narcoterrorisme », Edward Follis raconte son passé au sein de la Drug Enforcement Administration (DEA). « 20 Minutes » lui a soumis cinq films et une série. Réalistes ou pas ?

Joel Metreau

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Bryan Cranston dans Breaking Bad.
Bryan Cranston dans Breaking Bad. — Ursula Coyote/AMC

Le trafic de drogue n’a pas de secrets pour l’ancien agent fédéral Edward Follis. Dans Infiltré, au cœur du narcoterrorisme (Flammarion, 21 euros), l'ancien numéro 2 de la Drug Enforcement Administration (DEA) raconte trente ans de sa carrière à débusquer les trafiquants. 20 Minutes l’a rencontré pour lui demander si la fiction était proche de la réalité.

La fascination des spectateurs pour le trafic de drogues

On ne compte plus les œuvres, films, livres ou séries, qui traitent du trafic de drogue. Pourquoi cette appétence du public ? « Le trafic de drogues est un voyage à l’intérieur de notre part sombre, indique Edward Follis. Et les gens aiment les drogues pour différentes raisons : pour s’évader, pour ne plus rien ressentir, pour augmenter leur créativité ou leurs performances physiques et sexuelles. Et d’autres les aiment parce qu’elles rapportent de l’argent, encore plus que le pétrole. De plus, le trafic de drogues n’obéit à aucun contrat social, on peut faire du business de la manière dont on veut. Certes, il y a des gentlemen et d’autres sont des tueurs nés. »

Traffic de Peter Soderbergh

« La plupart des films sur le trafic de drogue ne sont pas réalistes, mais le plus vraisemblable c’est Traffic de Peter Soderbergh, avec mon grand ami Benicio Del Toro. Le film est juste dans la description des méthodes du cartel de Juarez. Du côté américain, c’est ce que je faisais: essayer de fournir à la justice de quoi poursuivre des criminels, notamment des cartels de drogue qui opèrent sur le sol américain. »

Savages d’Oliver Stone

« J’ai travaillé sur le script et j’ai été conseiller sur le contenu et les dialogues du film, raconte l’ancien agent. J’ai ramené des assassins, des trafiquants et d’anciens otages en Colombie pour parler avec Salma Hayek, Benicio del Toro, John Travolta et Blake Lively afin qu’ils préparent leurs personnages. » Savages était une adaptation d’un roman de Don Winslow. Autre roman de cet auteur, La Griffe du Chien. Edward Follis estime que « c’est un des meilleurs livres sur les cartels mexicains ». D’ailleurs, il est en train de lire Cartel, sa suite tout juste publiée aux Etats-Unis.

Sicario de Denis Villeneuve

Le film vient de sortir en salles cette semaine. « Un film complètement irréaliste mais amusant. Le FBI n’utiliserait jamais un mercenaire pour assassiner des gens. Si le meurtre était la panacée, alors on les tuerait tous et on laisserait à Dieu le soin de les juger. Mais ce n’est pas ainsi qu’on travaille dans les pays occidentaux. On obéit à des lois, sinon c’est le chaos. » A-t-il lui même été dans une zone grise ? « Je marchais jusqu’à la ligne jaune pour rencontrer le diable, et parfois je me penchais au-dessus de cette ligne, mais je ne l’ai jamais franchie. On peut danser avec le diable, mais pas le ramener à la maison. »

American Gangster de Ridley Scott

« Une grande partie du film était assez réaliste. Durant les années 1970, il y avait beaucoup d’entrepreneurs noirs-américains qui ont capitalisé sur un appétit grandissant pour l’héroïne et l’importaient du sud-est de l’Asie. Frank Lucas qu’incarne Denzel Washington était cependant moins important que Nicky Barnes. Mais le cinéaste a choisi de se concentrer sur Frank Lucas qui était atypique, beaucoup moins flamboyant. Et il agissait seul. »

Scarface de Brian de Palma

« Pour moi, c’est le film de référence, avec ce Cubain qui commence à partir de rien et devient un homme extrêmement riche. Le trafic de drogue, c’est un employé qui met tout le monde à égalité. Homme ou femme, noir ou blanc, riche ou pauvre, vous pouvez avoir du succès. Le trafic ne fait pas de discriminations, contrairement à la société, mais elle fauche des âmes au passage. La manière dont Tony Montana devient corrompu par son propre succès, ça arrive à plein de trafiquants de drogues. Ils deviennent imbus d'eux-mêmes tout gonflés et comme des tiques. »

La série Breaking Bad de Vince Gilligan

« La méthamphétamine est en droit de voler l’âme du milieu de l’Amérique, soupire Edward Follis. Techniquement, la série est très bien faite, et précise dans les noms des produits chimiques. Mais dans la réalité, Walter White aurait été arrêté en un mois. Les quantités produites, leur engagement avec les clients, leurs sources, l’aurait fait coffrer très vite. C’est pour ça que les gros laboratoires de méthamphétamine sont au Mexique. J’ai vécu à Albuquerque pendant quatre mois. On ne peut pas ouvrir le moindre stand de tacos sans que la police ne soit au courant ! »