Les leçons de Jeff Mills pour rester un artiste futuriste

MUSIQUE Le réinventeur de la techno des années 1980 continue d’être un créateur exigeant...

Benjamin Chapon

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Jeff Mills dans son studio en 2015
Jeff Mills dans son studio en 2015 — Roberto Ty

En concert avec l’Orchestre national de Lille ou sur ses récents albums, Jeff Mills est toujours un créateur étonnant qui bouscule les attentes. Le musicien électro n’est jamais devenu une parodie de lui-même ni un artiste grand public. Il a, pour cela, suivi plusieurs règles de vie artistique

  • No Future

« Je ne suis pas un artiste futuriste dans le sens où je ne prétends pas faire la musique du futur. Tout simplement parce que je ne peux pas savoir ce dont le futur sera fait. Je vois le futur comme un concept, un idéal. Et ma musique s’inspire de cette vision-là. »

  • Techno-addict

« La technologie m’inspire énormément. Je trouve passionnant d’utiliser les nouveaux outils numériques qui permettent aux artistes de gagner en liberté. Je suis également fasciné par la révolution de la propagation de l’information. Ça a changé notre rapport à l’espace-temps et je crois que ça a un impact sur la façon dont on reçoit la musique et les arts en général. La musique doit avoir cette capacité à vous faire sortir du temps. »

« La vraie révolution, c’est la miniaturisation des outils et la démocratisation des prix. Quand une nouvelle technologie apparaît, elle est souvent chère et encombrante. Mais depuis qu’on peut brancher un miniboîtier sur son ordinateur portable pour faire du veejaying, cette pratique a vraiment évolué. Parce que pour créer, un artiste a besoin de faire beaucoup d’essais. »

  • La pédagogie

« C’est toujours important d’expliquer, même si les clichés sur la musique électronique sont moins péjoratifs aujourd’hui. J’ai fait un DVD, Exhibitionist 2 pour montrer mon travail aux gens. Je crois qu’on peut éprouver du plaisir à apprendre des choses sur la musique. Il y a la dimension divertissement de la musique mais aussi la dimension intellectuelle. Si Miles Davis ou John Coltrane avaient fait la même chose, j’aurai aimé voir ça. »

  • Créer encore et encore

« J’ai toujours pris le risque de faire des choses différentes. C’est important de changer encore et encore. Après toutes ces années, j’y trouve toujours autant de satisfaction. Mes journées ne se ressemblent pas. Eprouver la liberté de création, c’est ce qu’il y a de plus fort dans le métier d’artiste. »

  • Ne pas être nostalgique

« On m’interroge souvent sur ma période à Detroit dans les années 1980 parce qu’elle a été emblématique et semble avoir influencé beaucoup de monde. Mais je ne veux pas m’enfermer là-dedans ni ressasser mes souvenirs. Je laisse ça à d’autres qui racontent beaucoup mieux que moi. »

 

  • Ne pas voisiner avec le monde de la pop

« Je n’ai aucun mal à refuser les propositions de collaboration d’artistes pop puisque je n’en reçois jamais aucune. Il me semble qu’aujourd’hui les artistes underground sont vraiment séparés de la sphère mainstream. Il n’y a plus d’échanges. Mais je suis »