VIDEO. Les Japonais de World Order taillent des costards

MUSIQUE Le groupe japonais aux chorégraphies « robotiques » sera ce week-end à Paris dans le cadre du festival Moshi Moshi Nippon...

Mathias Cena
— 
Le clip de «Have a nice day» du groupe japonais World Order.
Le clip de «Have a nice day» du groupe japonais World Order. — World Order

De notre correspondant à Tokyo,

World Order aime surprendre. Loin de l’image lisse parfois renvoyée par les groupes de pop japonaise ou « J-pop », les sept danseurs en costume-cravate, qui préfèrent d’ailleurs se définir comme un groupe de « danse et musique électronique », exposent à travers leurs vidéos apparemment inoffensives une vision lucide du monde. Tout l’art du groupe réside dans un subtil dosage entre la légèreté des messages positifs, des chorégraphies « robotiques » filmées en pleine rue devant des passants ébahis, et un regard cru sur la société.

>> A lire aussi : La musique japonaise en France, encore une affaire de niche

« Dès le début, l’idée était d’évoquer les problèmes de notre époque, les questions de société », explique à 20 Minutes Genki Sudo, assis au milieu du groupe au grand complet, rencontré à Tokyo après une répétition. A 37 ans, cet ancien kick boxeur et combattant de mixed martial arts (MMA), qui jouit d’une grande notoriété au Japon, est le leader charismatique, l’auteur des textes et le producteur de World Order.

« Faire sourire »

Sa critique récurrente de l’impérialisme américain et du capitalisme, symbolisé par ces danseurs-robots en costume-cravate, s’exprime notamment dans les titres de chansons : Machine Civilization, Permanent Revolution, ou Last Dance, filmé en partie devant la centrale nucléaire de Fukushima. Le dernier titre du groupe, Multipolarity, dont le clip a été tourné dans le quartier chinois de Yokohama, près de Tokyo, évoque lui « les dynamiques intéressantes du monde actuel », résume le fondateur du groupe.

Mais dans le monde de World Order, bipolaire lui aussi, tout est loin d’être sombre. Le groupe, dont le but premier est « de faire sourire », dit son leader, propose avant tout du spectacle : des chorégraphies millimétrées pour des clips hyper-travaillés qui portent parfois des noms plus neutres comme Welcome to Tokyo ou Have a nice day. Sur son compte Twitter, Genki-san, comme l’appellent les autres membres, mêle également sujets légers et critiques de la politique du gouvernement japonais, notamment la loi controversée sur les prérogatives de l’armée nipponne, qui a fait descendre des dizaines de milliers de Japonais dans la rue ces dernières semaines.

De ce point de vue, estime-t-il en soulignant le caractère exceptionnel de ces protestations, « les Français ont une plus grande maturité politique. Pour eux, il est presque normal de manifester pour défendre leurs convictions. Au Japon, où l’on a plutôt l’habitude du conformisme et de la politique de l’autruche, il y a une culture d’obéissance à ses aînés et ses supérieurs, enracinée depuis des siècles ».

Peut-être pour ne pas perpétuer ce qu’il dénonce, le sempai (« aîné »), dont le charisme a tendance à effacer les six autres membres du groupe, envisage de se concentrer sur son rôle de producteur afin de laisser ses camarades occuper le devant de la scène et « raconter leurs propres histoires ». Et qui sait, bousculer « l’ordre du monde ».

Festival Moshi Moshi Nippon, les 3 et 4 octobre au Trianon, à Paris

C’est la neuvième édition de ce festival itinérant de pop culture japonaise, qui passe en France pour la première fois. Au programme : événements gastronomiques, lifestyle et concerts. Samedi 3 : Charisma.com, Tempura Kidz, CAPSULE, Yasutaka Nakata. Dimanche 4 : Cheeky Parade, Charisma.com, Tempura Kidz et World Order. Places à partir de 36,20 euros.