Comment les profs préparent-ils leurs sorties culturelles?

PEDAGOGIE Des centaines de professeurs ont répondu présent à l'invitation de Culture au Quai, vendredi dernier à Paris…

Benjamin Chapon

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Le festival Culture au Quai, à Paris, permet aux institutions culturelles parisiennes de présenter leur programmation
Le festival Culture au Quai, à Paris, permet aux institutions culturelles parisiennes de présenter leur programmation — Culture au Quai

Pour la première fois, le festival parisien Culture au Quai consacrait une journée entière aux instituteur (trice) s et professeur(e) s. Depuis huit ans, ce rendez-vous permet aux principales institutions parisiennes – musées, théâtres, salles de concert… - de présenter leurs saisons culturelles. Vendredi, c’était un peu jour de marché culturel pour les profs.

Dans le cadre des « parcours d’éducation artistique et culturelle », de nombreux professeurs et instituteurs cherchent des sorties culturelles adaptées. « La difficulté, c’est de trouver des musées ou des théâtres qui puissent nous accueillir, explique Marie, professeure d’Histoire en collège. Avec plusieurs collègues, on a une thématique transversale sur l’art en temps de guerre. C’est assez large. Je pensais au musée d’Orsay mais finalement, le musée du moyen âge de Cluny m’a fait meilleure impression. »

Artistes de chair et de sang

Jocelyn, professeur d’arts plastiques et de musique dans un collège du Val d’Oise, est lui aussi venu « prendre la température » auprès de différents musées. « Je connais déjà les expositions auxquelles je pourrai amener une ou deux classes, mais je voulais voir les types d’animations prévues pour les scolaires. Certaines expositions sont formidables sur le papier mais pas conçues pour les groupes. Il faut anticiper tout ça. »

Violaine est, elle, à la recherche d’un théâtre qui lui permettrait de faire dialoguer ses élèves avec les comédiens avant la représentation : « J’avais envie de montrer à mes élèves que ce sont des êtres humains normaux, qui exercent un métier comme un autre. » Pour cette professeure de Français, la confrontation avec une œuvre d’art n’est pas la panacée. « Ils sont en permanence en contact avec l’art, même s’ils ne s’en rendent pas forcément compte. Toute l’année, on leur rebat les oreilles avec des notions abstraites comme l’inspiration, la beauté… Mais les artistes auxquels l’école les expose sont soit morts, soit lointains. »

Confronter les élèves au monde extérieur

« La plupart de mes collègues sont persuadés que c’est tout simplement impossible de sortir du collège, et préfère ne même pas y penser », rigole Jean-Pierrre venu à Culture au Quai « évidemment » sur son temps libre. Les difficultés budgétaires et le plan Vigipirate renforcé rendent les sorties très compliquées, mais possibles. « On voudrait pouvoir se concentrer sur le contenu pédagogique de la sortie, l’accompagnement didactique, la préparation, le suivi… Mais en réalité, on passe surtout du temps à s’arracher les cheveux sur l’organisation et la paperasse. C’est comme ça. »

L’actualité extrascolaire rattrape également les profs quand il s’agit de choisir les spectacles. « Il y a des sujets sensibles mais incontournables, soupire Michel devant le stand du Mémorial de la Shoah. Une sortie, c’est déjà assez compliqué comme ça. Si en plus ça provoque des débats sans fin, c’est trop. Le racisme ou l’antisémitisme, je préfère aborder ça en classe. » L’instituteur a préféré opter pour une présentation de l’Orchestre national de France à la Maison de la Radio. « En plus, on pourra y aller à pied. »

Tristan au contraire s’intéresse à des musées loin de son école du 13e arrondissement de Paris : « Il y a déjà de nombreux ateliers organisés par la mairie de Paris ou des associations de quartiers. Du coup, moi, j’essaye de faire un peu sortir mes élèves de notre arrondissement. C’est bien de les confronter à de grosses institutions dont ils entendent parler sans les avoir jamais visitées. » Sortir de son arrondissement, c’est bien. Et pourquoi pas traverser le périph' ? Aux stands des théâtres de banlieue, très peu de profs venaient, hélas, prendre des renseignements.