Les festivals de bande dessinée sont-ils condamnés à être chiants?

FESTIVAL Plusieurs événements franciliens tentent de réinventer le genre…

Benjamin Chapon

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Une planche de Emmanuel Bellegarde
Une planche de Emmanuel Bellegarde — Emmanuel Bellegarde

Faire la queue, acheter son billet d’entrée. Faire la queue, acheter une bande dessinée. Faire la queue, obtenir une dédicace. Faire la queue, voir une expo de planches. Faire la queue, manger un sandwich… Solitaire, voire onaniste, selon les clichés, le fan de BD n’est pas franchement aidé par les festivals de BD qui, dans l’ensemble, donnent assez peu envie de sortir du confort douillet de son salon.

Trois événements franciliens tentent en ce début d’automne de rebattre les bulles : Formula Bula, Auvers BD et We Do BD. Le premier, né à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), se déroule cette année à Paris intra-muros du 25 au 27 septembre 2015. Si la liste des auteurs en dédicaces (une grosse cinquantaine) reste l’argument principal, le festival organisé par Les requins marteaux, maison d’édition BD iconoclaste, ose des événements décalés.

Des bateaux et des enfants

La sempiternelle exposition est ici conçue comme une installation-performance. L’auteur Emmanuel Bellegarde a conçu un « dispositif sensitif où le son et l’image sont indissociables ». Les habituelles séances de dédicaces se transforment en « dédicroisières ». Lecteurs et auteurs sont embarqués sur une péniche qui remontera le canal de l’Ourcq. A bord, dédicaces bien sûr, mais aussi musique et rencontres. Globalement, Formula Bula cherche à rapprocher visiteurs et auteurs au travers d’animations et discussions.

Auvers BD, qui se déroule également les 26 et 27 septembre, à Auvers-sur-Oise (Val-d'Oise), a la même ambition. Christophe Goffette, nouveau directeur artistique de l’événement veut « aller un peu à l’encontre des tendances marquées et remarquées ces dernières années, qui veulent que les auteurs de BD ne deviennent que de la viande à dédicace. » Autour des deux invités d’honneur, Hermann et Druillet, plusieurs auteurs plus ou moins célèbres participeront à des rencontres et ateliers. Certains organisent même un tournoi de babyfoot auteurs-lecteurs.

Les lecteurs de BD, parfois cantonnés, dans l’imaginaire collectif, à la catégorie des ados attardés, sont malgré tout parfois parents. Pour eux, le festival Auvers BD a imaginé un espace pour les 4-6 ans avec initiation à la lecture.

Numérique et parité

A l’instar du festival Formula Bula dont le sous-titre est « Bande dessinée et plus si affinités », le festival We Do BD, qui aura lieu à Paris les 10 et 11 octobre, s’affirme comme « le festival qui fait bouger les lignes ». Anciennement intitulé Festiblog, We Do BD reste le rendez-vous de la bande dessinée numérique. Depuis dix ans, son équipe invente sans cesse de nouvelles formes pour rendre sa formule plus conviviale. L’originalité principale de la formule consiste dans les créations de BD en direct. We Do BD promeut également la bande dessinée interactive, la parité, les expérimentations numériques…

Avec trois événements en quinze jours, et alors que les fans se plaignent souvent du manque de festival en Ile-de-France, ces festivals démontrent que BD et convivialité peuvent, en théorie, rimer.